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Tourisme : 8 questions pour construire une stratégie RSE efficace

La chronique de Camille Le Guilloux

La RSE ne se résume pas à multiplier les actions environnementales : elle doit s’inscrire dans une stratégie globale, intégrant salariés, gouvernance, parties prenantes et territoire. Pour aider les professionnels du tourisme à structurer leur démarche, Camille Le Guilloux, experte en marketing responsable, présente 8 questions clés à se poser pour passer des bonnes intentions à une véritable trajectoire RSE.



Construire une stratégie RSE efficace, c’est avant tout regarder son entreprise dans son ensemble - DepositPhotos.com, lacheev

Construire une stratégie RSE efficace, c’est avant tout regarder son entreprise dans son ensemble - DepositPhotos.com, lacheev

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Vous avez changé vos ampoules, supprimé les bouteilles en plastique, sensibilisé vos équipes et peut-être même réalisé votre bilan carbone. Génial ! Et maintenant ?

Vous vous en doutez, une stratégie RSE ne consiste pas à cocher une liste d’actions, aussi vertueuses soient-elles. Le véritable enjeu est de comprendre comment ces initiatives peuvent s’inscrire dans le fonctionnement global de votre entreprise.

Et dans le tourisme, les sujets ne manquent pas : conditions de travail, inclusion, relations avec les fournisseurs et les territoires, impact environnemental, engagement des salariés, gouvernance, transparence… Autant de dimensions qui dépassent largement la seule question de l’environnement.

La rentrée constitue justement un bon moment pour prendre un peu de hauteur. Plutôt que d’empiler de nouvelles actions, pourquoi ne pas revenir aux fondamentaux et vous demander : comment avoir une démarche RSE réellement structurée ?

Je vous propose 8 questions fondamentales pour faire le point, identifier vos priorités et passer progressivement d’actions ponctuelles à une stratégie RSE cohérente !

1. Mission et utilité : pourquoi existez-vous ?

Avant de parler bilan carbone ou réduction des déchets, une première question doit être posée : quelle est la contribution de votre entreprise à la société ?

Tout commence par la définition de votre mission, de votre raison d’être, afin qu’elle puisse être une véritable « boussole » pour votre entreprise. Cela vous permettra de définir l’impact que vous souhaitez avoir et fédérer les équipes autour d’un projet commun !

Pour vous aider à y voir plus clair, je vous recommande de regarder le TED Talk de Simon Sinek « Start with Why » et d’associer vos parties prenantes à cette réflexion lors d’un atelier de brainstorming.

Vous pouvez par exemple vous poser les questions suivantes : Quel rôle votre agence souhaite-t-elle jouer ? Quel tourisme votre hébergement veut-il défendre ? Comment votre activité contribue-t-elle au territoire ? Comment vos offres répondent-elles aux évolutions environnementales et sociales ?

Cette réflexion vous permettra aussi de vérifier la cohérence entre ce que votre entreprise dit vouloir faire et ce qu’elle propose réellement !

Une fois votre raison d’être définie, à vous de la faire vivre au quotidien ! D’ailleurs, vous pouvez même devenir « société à mission » (loi PACTE de 2019) si votre entreprise intègre bien les enjeux sociaux et environnementaux dans vos statuts et si vous ajustez votre mode de fonctionnement pour les garantir, (pour en savoir plus : Service Public Entreprendre).

2. Éthique et transparence : jouez-vous cartes sur table ?

Deuxième question fondamentale : l’éthique et la transparence.

Une démarche RSE crédible passe par la capacité à rendre accessibles certaines informations importantes, en interne comme en externe : rémunération, gouvernance, choix des fournisseurs, pratiques commerciales ou encore engagements de l’entreprise. À vous d’identifier les risques éthiques propres à votre activité et construire des règles avec vos équipes.

- En interne, vous pouvez par exemple corédiger une charte avec vos équipes en prenant en compte différents sujets : harcèlement, discrimination, neutralité, droit à la déconnexion, rémunération, informations financières, etc.

- Pour l’externe, le rapport RSE est une bonne manière de partager les informations de manière transparente.

D’ailleurs, la transparence implique aussi de savoir dire : « nous n’en sommes pas encore là ». C’est bien tout l’intérêt d’une démarche de progrès : communiquer sur ses avancées, mais aussi reconnaître ses marges d’amélioration.

Et pour éviter tout risque de greenwashing dans votre communication, vous pouvez retrouver quelques pistes dans notre dernier article « Greenwashing : comment communiquer de façon responsable et éviter les fausses promesses dans le tourisme ? » (février 2026).

3. Parties prenantes : avez-vous pensé à tout le monde ?

Une entreprise ne fonctionne jamais seule. Dans le tourisme, elle dépend d’un écosystème beaucoup plus large : salariés, clients, fournisseurs, partenaires, mais aussi habitants, associations, collectivités et autres acteurs de son territoire.

L’enjeu est donc de comprendre les attentes et les impacts de chacun, puis d’en tenir compte dans ses décisions.

À vous de vous questionner : Qui sont vos principales parties prenantes ? Quels sont leurs besoins ? Sur quels sujets vos activités ont-elles le plus d’impact ? Et quels sont les sujets sur lesquels elles peuvent vous aider à progresser ?

Pour y voir plus clair, vous pouvez commencer par cartographier vos parties prenantes et identifier les enjeux prioritaires grâce à une matrice de matérialité RSE. Cet exemple de Décathlon peut notamment vous servir de point de départ.

Dans le tourisme, cette démarche peut prendre des formes très concrètes : échanger avec les acteurs du territoire avant de développer une nouvelle activité, recueillir les retours des voyageurs, travailler avec des associations locales, impliquer les salariés dans les décisions ou encore revoir ses critères de sélection des fournisseurs.

L’idée étant de passer d’une RSE pensée « pour » les parties prenantes à une RSE construite davantage « avec » elles.

4. Égalité, diversité, équité et inclusion : votre entreprise est-elle accessible à tous ?

La RSE comporte un volet social incontournable : l’égalité, l’équité, la diversité et l’inclusion. Quatre notions complémentaires, mais qui ne veulent pas dire exactement la même chose.

- L’égalité consiste à garantir les mêmes droits et les mêmes opportunités à chacun, notamment en matière de recrutement, de rémunération ou d’évolution professionnelle.

- L’équité va un peu plus loin : elle consiste à prendre en compte les situations et les besoins différents de chacun pour donner à tous les mêmes chances.

- La diversité vise à représenter des profils variés au sein de l’entreprise, tandis que l’inclusion consiste à créer un environnement dans lequel chacun peut réellement trouver sa place, participer et être respecté.

Dans le tourisme, cette démarche concerne à la fois les collaborateurs et les voyageurs. Côté clients, l’accessibilité des hébergements, des sites touristiques, des transports et des activités est évidemment un levier essentiel. Mais un tourisme plus inclusif commence aussi en interne.

Les politiques sociales peuvent faire une vraie différence : mettre en place des processus de recrutement limitant les discriminations (nb : 24 critères de non-discrimination à l’embauche - À compétence égale), proposer des aménagements de poste aux personnes en situation de handicap, garantir l’égalité salariale et les mêmes possibilités d’évolution, faciliter l’accès à la formation, adapter les conditions de travail aux différentes situations personnelles (parentalité, personnes aidantes, etc.) ou encore sensibiliser ses salariés à la diversité et l’inclusion !

Et évidemment pour mesurer les progrès, il est utile de suivre régulièrement quelques indicateurs : répartition femmes-hommes, écarts de rémunération, accès à la formation, recrutements et maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap, évolution professionnelle, etc.

5. Engagement des salariés : vos équipes sont-elles impliquées ?

Impossible de construire une démarche RSE solide sans embarquer les collaborateurs.

Pour les engager, vous avez le choix : sensibilisation aux enjeux sociaux et environnementaux (fresques, courses solidaires, partage de vidéos ou podcasts), engagement associatif (RTT solidaire), mécénat de compétences ou encore implication des salariés dans la définition de la stratégie RSE.

L’idéal pour impliquer au maximum vos équipes c’est de leur donner les moyens de comprendre, de proposer et d’agir.

Et dans un secteur où la qualité de l’expérience client dépend largement des équipes, leur implication peut devenir un véritable moteur de transformation !

6. Vie au travail : prenez-vous soin de vos collaborateurs ?

Santé, sécurité, rémunération, congés, bien-être et qualité de vie au travail font partie des sujets à clairement identifier dans une démarche RSE.

Un enjeu particulièrement important dans le tourisme, secteur confronté à la saisonnalité, aux horaires décalés, aux métiers physiques et aux périodes de forte activité.

Prendre soin de ses collaborateurs commence généralement par la prévention, avec l’identification et la réduction des risques professionnels, qu’ils soient physiques ou psychosociaux (RPS) : troubles musculosquelettiques, fatigue, stress, surcharge de travail, conflits, harcèlement, sentiment d’isolement ou encore burn out. Dans les métiers de l’hôtellerie-restauration, par exemple, les contraintes physiques, les horaires et l’intensité du travail peuvent être particulièrement importantes !

Mais la qualité de vie au travail passe aussi par l’environnement : ergonomie des postes, espaces de pause agréables, qualité de l’air, lumière naturelle, végétalisation des espaces, ou encore limitation du bruit sont autant de leviers qui peuvent contribuer au bien-être quotidien.

La santé mentale mérite également une attention particulière. Former les managers à la prévention des RPS, sensibiliser les équipes, proposer un accompagnement en cas de difficulté ou encore créer un cadre permettant de parler des problèmes rencontrés peuvent faire partie d’une véritable politique de prévention.

Et pour vérifier que tout fonctionne et corresponde bien aux attentes de vos équipes, rien de tel que l’Employee Net Promoter Score !

7. Empreinte environnementale : quels sont vos principaux impacts ?

C’est probablement la thématique à laquelle tout le monde pense spontanément lorsqu’on parle de RSE.

Ici plusieurs enjeux : carbone, biodiversité, numérique, achats responsables, cycle de vie et écoconception.

Pour les professionnels du tourisme, les leviers peuvent être très différents selon l’activité : mobilité des voyageurs, consommation énergétique d’un hôtel, gestion de l’eau, alimentation, déchets, achats, numérique, construction ou rénovation, activités proposées…

La première étape consiste donc à identifier ses impacts les plus significatifs avant de multiplier les petites actions. Changer les ampoules est utile, mais si l’essentiel de votre empreinte vient des déplacements de vos clients, le sujet mérite probablement une place beaucoup plus importante dans votre stratégie.

Vous pouvez retrouver quelques pistes pour vous aider dans notre dernier article : « Tourisme et climat : 5 actions concrètes pour réduire l'empreinte carbone de votre entreprise » (août 2026).

8. Philanthropie : comment contribuez-vous à votre territoire ?

La philanthropie désigne les actions par lesquelles une entreprise mobilise volontairement une partie de ses ressources pour soutenir des causes d’intérêt général.

Elle peut prendre différentes formes : dons financiers (1% for the Planet par exemple), mécénat de compétences, mise à disposition de ressources ou de moyens, partenariats avec des associations ou encore mobilisation des salariés et/ou clients.

C’est aussi une manière de contribuer concrètement à la vie et au développement de votre territoire. Une agence de voyages peut, par exemple, soutenir financièrement une association locale, un hôtel peut mettre à disposition des chambres ou des espaces pour une initiative associative, un tour-opérateur peut financer un projet de préservation de la biodiversité dans une destination ou une entreprise peut permettre à ses salariés de consacrer quelques jours par an à une association dans le cadre du mécénat de compétences ou du bénévolat.

D’autres initiatives peuvent également impliquer directement les voyageurs : proposer d’arrondir le montant d’une réservation au profit d’une association, reverser une partie des bénéfices d’une offre à un projet local ou permettre aux clients de choisir la cause qu’ils souhaitent soutenir.

Mais attention à ne pas confondre contribution et réduction des impacts. Soutenir une association ne compense pas automatiquement les impacts négatifs de son activité.

Une entreprise qui finance un projet de protection des océans doit aussi continuer à travailler sur ses propres consommations, ses émissions, ses achats ou ses pratiques.

La philanthropie peut donc compléter une stratégie RSE, mais elle ne doit pas servir à éviter de questionner ses propres impacts. Avant de donner, encore faut-il agir sur ce qui relève directement de sa responsabilité !

Une stratégie RSE, c’est une trajectoire

Vous l’avez compris : construire une stratégie RSE efficace, c’est avant tout regarder son entreprise dans son ensemble. Sa mission, ses équipes, ses parties prenantes, ses impacts environnementaux, son territoire, mais aussi sa manière de piloter et de faire évoluer ses pratiques.

Pas besoin de tout transformer en même temps. Une démarche RSE se construit progressivement, en fonction des enjeux propres à chaque entreprise. L’essentiel est de savoir où l’on veut aller, de définir ses priorités, d’impliquer les équipes, de mesurer les progrès et d’ajuster régulièrement sa trajectoire.

Car sans objectifs ni indicateurs, une démarche RSE risque vite de rester au stade des bonnes intentions. Pas besoin pour autant de construire un tableau de bord de 150 KPI : quelques indicateurs pertinents, directement liés à vos priorités, et suivis dans le temps, seront bien plus utiles qu’une montagne de chiffres que personne ne consulte !

Et pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin, les labels et certifications peuvent apporter un cadre supplémentaire, des critères précis et parfois un regard extérieur sur les pratiques de l’entreprise.

Dans le tourisme, plusieurs dispositifs existent selon les activités et les objectifs : Clef Verte, ATR - Agir pour un Tourisme Responsable, Travelife, ISO 14001, Engagé RSE ou encore B Corp.

L’important étant de construire une démarche cohérente, adaptée à son entreprise et capable d’évoluer avec elle.

Après tout, en matière de RSE comme en voyage, ce qui compte n’est pas seulement la destination, mais aussi le chemin parcouru pour y arriver !

À retenir pour les pros du tourisme

Les 8 questions à vous poser pour structurer votre démarche RSE :

1. Mission et utilité : pourquoi existez-vous ?

2. Éthique et transparence : jouez-vous cartes sur table ?

3. Parties prenantes : avez-vous pensé à tout le monde ?

4. Égalité, diversité, équité et inclusion : votre tourisme est-il accessible à tous ?

5. Engagement des salariés : vos équipes sont-elles impliquées ?

6. Vie au travail : prenez-vous soin de vos collaborateurs ?

7. Empreinte environnementale : quels sont vos principaux impacts ?

8. Philanthropie : comment contribuez-vous à votre territoire ?

Une feuille de route simple pour passer d’une succession d’actions responsables à une démarche RSE réellement structurée et cohérente. Bonne rentrée à toutes et à tous, sous le signe de la RSE !



Camille Le Guilloux - DR

Camille Le Guilloux - DR

Experte Marketing Responsable, Camille Le Guilloux s’est donné pour mission d’inspirer, outiller et guider les entreprises vers des pratiques plus éthiques et durables du marketing.

Devenue infopreneur à impact et animatrice de différents ateliers RSE de sensibilisation (Fresque du Climat, Atelier 2 tonnes, Fresque Océane, Fresque des Nouveaux Récits), elle accompagne aujourd'hui les entreprises et les étudiant·es en école de Commerce à mettre en place des stratégies performantes et responsables !

Site web : www.kerezenn.com



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