Tour de France 2026 - Perf énorme, ambiance assourdissante, Remco Evenepoel a conforté sa 2e place : "Mon oreille droite siffle encore"
Aller jusqu'en haut de l'Alpe d'Huez un jour d'étape du Tour, ça se mérite. Il ne faut pas avoir peur d'y laisser un rétroviseur, de se faire secouer la voiture ou frapper le capot par un public bon enfant mais que les héros sur deux roues ont dû littéralement fendre au fil d'une folie générale qui a gagné les 21 lacets. Selon les autorités locales, 600 000 personnes avaient pris place le long de la pente, rendant certains passages très compliqués pour les coureurs.
Remco Evenepoel a découvert cette ambiance assourdissante ce vendredi. Il avait avoué avoir quelques appréhensions quant au comportement de certains spectateurs sur qui le soleil et, surtout, l'alcool ingurgité parfois durant de longues heures avaient logiquement fait perdre une grande part de leur lucidité. Le Brabançon se souviendra, notamment, de cet instant, où sorti seul en contre-attaque dans le deuxième tiers de cette ascension mythique classée hors catégorie (13,8 km à 8,1 % de moyenne), il ne put passer deux motos et le Néerlandais Thymen Arensman, eux-mêmes bloqués par une foule en délire. Il lui fallut rester patient parce que le jeu en valait la chandelle.
Tour de France: Remco Evenepoel gêné par les motos et le public en pleine attaque dans l'Alpe d'Huez (VIDEOS)Derrière l'intouchable Tadej Pogacar et quelques rescapés de l'échappée de la première heure, le leader de la Red Bull-BORA-hansgrohe se révéla tout simplement le meilleur grimpeur de tous.
Sixième à atteindre le sommet, il céda 2:29 au Slovène volant. Il pointe désormais à 7:11 au classement général, mais il a conforté sa deuxième place en prenant un peu de temps à ses rivaux directs : douze secondes à Isaac Del Toro et seize à Paul Seixas. Evenepoel compte, désormais, 2:31 d'avance sur le Mexicain, troisième, et 2:55 sur le Français, quatrième.
Bien sûr, le troisième volet alpestre de ce samedi a tout simplement les allures d'une étape-reine de cette Grande Boucle, un jour seulement avant l'arrivée sur les Champs-Élysées, et le vainqueur de la Vuelta 2022 n'est pas à l'abri d'un contretemps ou d'une moins bonne performance dans une journée qui s'annonce extrêmement difficile. Jugez plutôt : le peloton devra se farcir le col de la Croix de Fer, classé hors catégorie (24 km à 5,2 %), celui du Télégraphe, 1re catégorie (11,9 km à 7,1 %), avant de terminer par le Galibier (17,7 km à 6,9 %) et l'Alpe d'Huez par le col de Sarenne (12,8 km à 7,3 %), deux monstres hors catégorie. Le tout pour 5450 mètres de dénivelé positif. Même si ce menu s'annonce aussi copieux qu'indigeste, surtout après trois semaines de course, tous les signaux sont au vert pour Remco Evenepoel.
La perspective de ce terrible enchaînement à la veille de la fin des débats a incité à la prudence celui qui a signé deux victoires depuis le départ de Barcelone. "Je ne vais pas faire de folie ce vendredi, avait-il répété au départ à Gap. Je suis stressé de manière positive. C'est pour ce week-end que je me suis entraîné si dur pendant des longues. Maintenant, c'est l'heure. Je ne peux plus faire marche arrière. Il y a encore beaucoup d'enjeux d'ici l'arrivée à Paris mais ça ne m'empêche pas de dormir."
Tour de France 2026 – "Remco est vraiment en pleine forme !": l'entraîneur d'Evenepoel confiant avant les deux étapes décisives de l'Alpe d'HuezComme promis, il n'a donc pas fait de folie en attaquant de très loin, mais Evenepoel a encore montré ce vendredi qu'il est vraiment en pleine forme au moment opportun. Et qu'il peut, à présent, être considéré comme un très bon grimpeur, l'un des meilleurs du peloton.
guillementRemco n'a jamais été aussi fort en montagne, mais ce n'est une fin en soi.
"Remco ne m'a pas déçu une seconde depuis qu'il a rejoint l'équipe, a expliqué Ralph Denk à nos confrères du Het Nieuwsblad. Mais ce dont je suis le plus fier, c'est qu'il a clairement franchi un cap énorme en montagne. C'était notre objectif cet hiver, et il est atteint. En termes de capacités à grimper, il n'a jamais été aussi fort. Mais ce n'est pas une fin en soi. Après ce Tour, nous analyserons encore les axes de progression."
guillement800 000 fans dans l'Alpe d'Huez ? "En 30 Tours, je n'y avais jamais vu autant de monde", l'organisation "heureuse" du déroulement de la 19e étapeOn pouvait s'attendre à ce que quelque chose se passe avec toute cette foule.
Masque sur le visage pour éviter tout risque de virus, Evenepoel tenait aussi un discours très positif, même s'il y avait une pointe de frustration. "Tout s'est bien passé, dit-il. Prendre la roue de Pogacar relevait de la mission impossible. Alors, j'ai suivi le rythme qu'imprimait l'équipe Decathlon CMA CGM. J'étais vraiment à l'aise, ce n'était pas extrêmement rapide. C'est pour cela que j'ai décidé d'attaquer à cinq kilomètres du sommet. Mais cela s'est fait en deux temps, car j'ai été bloqué par les supporters et les motos. Dommage. Si j'avais pu porter mon attaque en une seule fois, le résultat aurait sans doute été encore différent. Mais on pouvait s'attendre à ce que quelque chose se passe avec toute cette foule. Malheureusement, c'est tombé sur moi. Au final, je dois être satisfait : je reprends un peu de temps à mes adversaires et j'ai montré que j'étais meilleur que les autres candidats au podium."
Faire comme Lucien Van Impe en 1981
Habité d'une énorme confiance, il reste néanmoins sur ses gardes. "Il peut toujours se passer beaucoup de choses, surtout dans une étape marathon, comme celle de demain (ce samedi, donc). Mais les sensations sont excellentes, les jambes sont bonnes et les équipiers aussi." Et d'ajouter, enthousiaste : "Cela devrait mieux me convenir. J'ai vraiment hâte d'y être."
Evenepoel espère quand même qu'il n'y aura plus autant de bruit autour de lui que dans l'ascension des 21 lacets menant de Bourg d'Oisans à l'Alpe d'Huez. "Mon oreille droite siffle encore mais j'ai vécu une expérience exceptionnelle", conclut-il.
Quelque chose nous dit qu'Evenepoel aura toujours le sourire ce samedi soir. Même s'il le cache derrière un masque. Il lui reste deux jours pour monter sur la deuxième marche du podium. Ce qu'aucun Belge n'est parvenu à faire depuis Lucien Van Impe en 1981.
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