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Tour de France 2026. « Il préfère que je lui parle en italien »: on a passé le chrono derrière Benjamin Thomas

Aux abords du bus de Cofidis, on prévient : « à cause d'un accident, on a mis 2h30 à venir au départ depuis notre hôtel au lieu d'une heure, ce n’est pas idéal... » Malgré ce contretemps, Benjamin Thomas apparaît d'abord détendu. Puis, rapidement, le champion olympique de l'omnium en 2024 se met dans sa bulle, pour préparer le contre-la-montre de mardi, entre Evian et Thonon. 

Un peu plus loin, son directeur sportif Roberto Damiani prépare la voiture. Les vélos de remplacement sont bien fixés sur la toît, et les roues chargées à l'arrière, à côté du siège du mécanicien. Il faut aussi régler la radio, qui permettra de communiquer avec le coureur girondin. « Pas le canal 2, ça sera celui d'Hugo (Page) », lui lance-t-on juste avant que ce dernier ne prenne la route. Pour Benjamin Thomas, ce sera donc le 7.

Un départ anticipé du bus

Rapidement, Roberto Damiani s'inquiète. Le paddock est étroit, le public grouille et ralentit tout le monde, coureurs comme voitures suiveuses. « C'est souvent comme ça lors des contre-la-montre, ce n'est pas idéal », admet le directeur sportif. La décision est donc prise d'avancer la voiture une bonne demi-heure avant que le coureur de Cofidis ne se présente sur la rampe de lancement, à 14h19'30".

En attendant, on peaufine les détails. Sur la tablette solidement fixée au tableau de bord, Roberto Damiani lance le direct de la course, au moment où son compatriote Filippo Ganna franchit la ligne en 2e position. Sur une autre fenêtre, le profil de l'étape apparait sur le site spécialisé VeloViewer, avec énormément d'annotations. Un outil qui servira énormément au directeur sportif quelques minutes plus tard.

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Le temps passe, et l'on s'inquiète de savoir si l'assistant de l'équipe a bien pensé à prendre le sac avec les affaires de Benjamin Thomas, pour que ce dernier puisse notamment se changer avant de rejoindre l'hôtel, une fois la ligne d'arrivée franchie. Aucun problème de ce côté-là, et le coureur peut donc rejoindre sereinement la zone de départ.

Les consignes en italien, « ça rajoute un peu de charme »

Dans le même temps, un petit bouchon se forme pour les voitures. Il faut d'abord passer devant une petite tente, où deux personnes s'occupent de fixer la plaquette au nom du coureur suivi sur le capot avant de la voiture. Puis, patienter. Attendre son tour. Avant qu'il ne s'élance, Roberto Damiani effectue un test micro. Et, à 14h19'30" précisément, on intime à Benjamin Thomas de s'élancer. Une moto-caméra part à ses côtés, et la voiture de Cofidis suit, 25 mètres derrière le dossard 168.

Les premières consignes sont distillées tout de suite, mais en italien. « On s'est mis d'accord avec "Ben". Il parle très bien italien, parce qu'il a longtemps vécu sur les rives du lac de Garde, et il préfère que je lui parle comme ça », explique son directeur sportif. « Il parle très bien français, mais je préfère ça », glissera un peu plus tard le coureur, et d'ajouter : « Et puis, ça rajoute un peu de charme, non ? »

Le paysage défile devant nos yeux, mais personne n'a vraiment le temps de profiter de la vue. Une main sur le talkie-walkie, Roberto Damiani lance à Benjamin Thomas que sa « cadence de pédalage est bonne ». Avec la carte sur sa tablette, le directeur sportif peut également lui indiquer tous les virages, et le sens de leur courbure. Les encouragements pleuvent, dans la voiture comme sur le bord de la route. Et le lauréat d'une étape du Tour d'Italie vient réaliser le 6e temps au premier intermédiaire.

Durbrige enrhumé dans la côte

Le lac Léman a beau se dévoiler de plus en plus, offrant un spectacle magnifique sur la droite de la route, tout le monde a les yeux rivés sur le bitume. Benjamin Thomas, très à l'aise sur cette première partie de course dans la côte de Larringes, finit même par dépasser Luke Durbridge, l'Australien de la Jayco-AlUla pourtant parti 1'30 avant le Français.

Benjamin Thomas s'éloigne, et sa voiture suiveuse doit attendre avant de dépasser Durbridge, pour ne pas offrir trop d'aspiration à ce dernier. La moto du commissaire de course se porte à notre hauteur, et nous intime de rester à notre place. Au loin, on n'aperçoit même plus la combinaison bordeaux du rouleur français.

Puis, alors que les kilomètres défilent, vient l'heure de la descente. Une plongée vers Thonon-les-Bains à toute vitesse, qui permet enfin à Roberto Damiani de revenir derrière son poulain. Cette portion-là est technique : lancé à pleine vitesse, le Tricolore a tendance à semer son directeur sportif, aussi concentré sur la route que dans la distillation des consignes, et de l'inclinaison des virages.

« J'ai mis des coups de frein quand il ne fallait pas »

Puisqu'il « n'a pas trop sorti le vélo de contre-la-montre cette année » comme il l'expliquera un peu plus tard, Benjamin Thomas a tendance à se retenir sur cette portion-là (« J’ai mis des coups de frein quand il ne fallait pas »), ce qui lui fait perdre pas mal de secondes. Vient ensuite l’heure de relancer la cadence, dans la dernière partie urbaine de la course. Le Français n’est pas en lice pour la victoire, mais il continue de se donner « à 100% » jusqu’à la ligne. Dévié un peu avant l’arrivée, Roberto Damiani lance un dernier « Dai, dai, dai (Allez, allez allez) » à son coureur avant de le retrouver quelques minutes plus tard, au pied d’un fourgon de l’équipe.

Là, Benjamin Thomas (33e du contre-la-montre à 3'39" de Remco Evenepoel) fait le bilan avec son staff, son coéquipier Hugo Page (arrivé quelques minutes plus tôt), et ses parents, venus en Haute-Savoie pour l’occasion. Le pistard tourne une dernière fois les jambes sur son home-trainer, puis file à l’hôtel. Car au vu de ce qui attend le peloton dans les Alpes, chaque minute de récupération est une aubaine.