Tour de France 2026 – Christian Prudhomme sur la 5e victoire de Tadej Pogacar : "Le plus grand coureur de l'histoire, cela reste Eddy Merckx !"
Le rendez-vous est devenu aussi traditionnel que l'arrivée sur les Champs-Élysées. Au matin de la dernière étape du Tour de France, son directeur Christian Prudhomme réunit un petit panel de journalistes pour tirer le bilan d'un Tour de France qui se refermera quelques heures plus tard. Dans le village départ de Thoiry, celui qui vient de piloter sa 20e Grande Boucle a accepté de balayer tous les thèmes sans détour. Extraits.
Un Tour 2026 très chaud
"Si je devais résumer cette édition 2026 en un mot, ce serait chaud. Chaud évidemment climatologiquement parlant avec la canicule, mais chaud aussi avec le public présent à Barcelone, dans les Vosges ou à l'Alpe d'Huez avec des foules innombrables. Dans ce contexte-là, on évolue toujours sur la corde et on balance entre l'émerveillement devant ces murs de spectateurs et la vision sécuritaire pour que cela se passe bien. On a aussi vu un super-favori qui s'imposait de manière implacable, voire insolente avec ou sans équipe. Et puis je retiens enfin une bataille pour les autres maillots d'une rare intensité. Carapaz a été magnifique dans les Alpes et Pedersen impressionnant. La lutte pour le maillot blanc entre Del Toro et Seixas préfigure, elle, peut être de l'avenir du Tour."
Tadej Pogacar, le plus grand coureur de tous les temps ?
"On va quand même attendre avant de se prononcer car, vous savez, au regard de mon grand âge (65 ans), le champion absolu reste toujours aujourd'hui Eddy Merckx à mes yeux. Mais vu la vitesse à laquelle le Slovène remplit son palmarès… Ce qui me fait surtout plaisir, c'est de voir évoluer des champions qui ne sont pas que les acteurs de juillet. Ils brillent tout au long de la saison et c'est là quelque chose d'essentiel, à mes yeux, pour l'avenir du cyclisme. En tant qu'organisateur, on espère évidemment du suspense et c'est dans ce but que nous avions construit un parcours qui allait crescendo. Après, comme on dit toujours, les organisateurs proposent et les coureurs disposent… Dans cet ordre d'idées, on ne peut que regretter les chutes de Vingegaard et de Lipowitz car vu la fin de Tour en boulet de canon de Remco Evenepoel, la présence de son équipier allemand comme point d'appui aurait pu être d'une grande aide.
guillementDans les années qui viennent, Remco sera très proche du maillot jaune.
Cela n'aurait sans doute pas changé les choses pour l'identité du vainqueur du Tour mais cette donne aurait pu en revanche offrir encore plus d'animation. La manière dont le Belge a géré ses trois semaines me fait dire qu'il sera, dans les années qui viennent, au plus haut niveau. Et quand je parle du plus haut niveau, je veux dire très proche du maillot jaune…"
L'avis de notre consultant Jean-Luc Vandenbroucke : "La fraîcheur avec laquelle Remco finit ce Tour de France prouve qu'il peut un jour le gagner !"Seixas 4 mais pas de succès d'étape français

"Au Grand Départ de Barcelone, Paul Seixas incarnait le plus jeune coureur du Tour de France depuis 1937. Même si certains rêvaient peut-être de grandes chevauchées solitaires, il a été présent du début à la fin de l'épreuve. En début de deuxième semaine, il avait soufflé qu'il entrait dans l'inconnu car il n'avait encore jamais couru plus de huit jours consécutivement… Même s'il était vidé et exténué samedi, j'ai aimé son attitude dans la montée du col de Sarenne où il a voulu prendre la course à son compte avec ses équipiers. Plus globalement, ce Tour a été un paradoxe pour les Français puisque trois coureurs tricolores (Seixas 4e, Martinez 5e et Jegat 10e) figurent dans le top 10 mais que notre pays n'a pas engrangé la moindre victoire d'étape. C'est seulement la troisième fois de l'histoire que cela arrive sur l'épreuve. Je note aussi que ni l'Espagne ni l'Italie n'ont fait mieux. Le podium final de ce Tour de France, avec un Slovène, un Belge et un Mexicain est un formidable mix entre la tradition et la nouveauté et la preuve que le cyclisme s'internationalise. Mais il est tout aussi important que ses pays historiques continuent d'en être un socle important."
L'état de fatigue du peloton
"Quand on voit l'identité des vainqueurs d'étape, on ne peut s'empêcher de se dire que le Tour est vraiment la plus grande course du monde, la plus relevée en termes de niveau. Les étapes sur lesquelles l'échappée avait une chance d'aller au bout ont fait l'objet d'une bataille folle dans les deux premières heures de course car une bonne partie du peloton sait que c'est là l'une de ses rares chances de rêver à un succès. Ce phénomène a participé à la moyenne folle de ce Tour. J'ai vu des coureurs très fatigués samedi soir au sommet de l'Alpe d'Huez même si les étapes sont significativement plus courtes depuis dix ans maintenant. Mais rendez-vous compte que les 205 kilomètres qui reliaient Dole à Belfort, avec franchissement du Ballon d'Alsace, ont été avalés à près de 50 km/h de moyenne en dépit de cette difficulté par l'effet du phénomène que j'exposais en amont. Plus que le parcours, c'est le combat des champions qui a généré cette fatigue à mes yeux."
Tour de France - Ilan Van Wilder : "la chute la plus violente de ma carrière" à cause d'une crevaisonPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.