Toujours placé mais jamais gagnant, la parcours du combattant d'Enric Mas pour accrocher son premier sacre sur un Grand Tour
L'Espagnol de 31 ans, éternel outsider, a vaincu le signe indien en s'imposant sur cette édition 2026 de la Vuelta, dimanche.
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié le 13/09/2026 20:13
Temps de lecture : 4min
Trois fois deuxième (2018, 2021 et 2022), une fois troisième (2024) : la huitième participation au Tour d'Espagne aura été la bonne pour Enric Mas. Le Majorquin a remporté, dimanche, la Vuelta après trois semaines taille patron, une performance que bien des observateurs n'attendaient plus depuis longtemps.
Si l'abandon de Tadej Pogacar a grandement éclairci les possibilités de victoire au classement général pour le leader de la Movistar, celui-ci s'est montré impérial pour garder à bonne distance les Primoz Roglic ou autres Félix Gall. Le grimpeur est devenu vainqueur, avec un premier Grand Tour venant s'ajouter à son palmarès, à 31 ans.
Rapidement perçu comme un coureur d'avenir par la presse espagnole, les sept "petites" victoires sur le circuit professionnel d'Enric Mas contrastaient, jusqu'à aujourd'hui, avec le gros potentiel décelé dès 2012, lorsque ce dernier était sacré champion d'Espagne juniors du contre-la-montre. Au fil des années, les médias du Royaume ont cessé de croire à un destin parmi les plus grands, comme Alberto Contador ou Alejandro Valverde pour les plus récents, se montrant parfois très durs envers un homme souvent malchanceux.
En 2022, alors qu'il semblait être au sommet de sa forme, ce sont trois chutes pendant Tirreno-Adriatico, le Tour du Pays basque et le Critérium du Dauphiné qui sont venues mettre à mal le physique mais surtout le mental du Majorquin. Tétanisé dans les descentes par la suite, Mas a besoin d'un suivi psychologique pour prendre le dessus et revenir dans le peloton. L'an passé, il a été contraint d'écouter sa saison et son Tour de France, obligé de se faire opérer d'une thrombose veineuse à la jambe gauche.
Heureusement pour lui, la poisse ne l'a pas poursuivi pour son objectif de l'année 2026 : la Vuelta. Pas favori dès lors que Tadej Pogacar (UAE Team Emirates - XRG) s'est aligné au départ, le natif d'Artà a tout de même affiché ses ambitions quand, lors de la 6e étape, il a été le seul à tenir la roue du Slovène au sommet du Puerto El Bartolo, avant de s'incliner au sprint face au quintuple vainqueur du Tour. "En 2022, il avait le même niveau que moi au Tour de Lombardie", se remémorait Pogacar après l'arrivée. "Je l'avais battu de peu au sprint, il volait. Je crois que cette année sur la Vuelta, il a la même forme qu'à l'époque, c'est sympa de le voir à nouveau à ce niveau."
Pris dans une grosse chute deux jours plus tard lors de la 8e étape, qui lui a occasionné deux fractures, une commotion cérébrale et mis un terme à sa saison, le champion du monde a cédé sa tunique de leader à l'Espagnol. Celui-ci a refusé de l'enfiler sur le podium de la cérémonie protocolaire. "Je n'ai pas gagné le maillot rouge, alors je pense que ne pas le porter maintenant est une façon de lui témoigner du respect", a confié Mas aux organisateurs.
Moins de 24 heures plus tard, le Majorquin a prouvé qu'il en était digne, en s'imposant au sommet d'Aitana lors de la 9e étape. "Je suis de nature prudente, j'ai essuyé beaucoup de revers durant ma carrière, mais ce sont peut-être les plus belles sensations que j'aie jamais éprouvées. J'étais aussi excité qu'un enfant le matin en portant le maillot rouge. Nous le méritions (...) Gagner en étant leader : maintenant, je comprends ce que ressent Tadej (sourire). Ce maillot rouge donne des ailes."
L'épouvantail "Pogi" hors course, Enric Mas a endossé le rôle de patron de la course avec calme et concentration, deux de ses points forts. Les critiques, elles, ont commencé à se dissiper autour du trentenaire, sans doute tout surpris d'avoir soudainement moins les oreilles qui sifflent. "J'espère que cette version d'Enric vous a plu, il n'a pas toujours ces jambes, alors profitons-en", plaisantait-il - chose rare - face aux médias après la 12e étape, où il avait glané 27 secondes à ses deux rivaux à l'arrivée à Calar Alto.
Incontestablement le meilleur grimpeur de la course, restait au maillot rouge à déjouer le piège d'un long chrono (32 kilomètres) lors de la 18e étape, un exercice dans lequel il ne tient pas la comparaison avec Primoz Roglic, champion olympique de la spécialité en 2021. Et alors qu'on lui promettait l'enfer, le leader de la Movistar n'a cédé que 33 secondes au Slovène. De quoi préserver un avantage confortable (une minute et 37 secondes) au classement général.
"Enric a réalisé un chrono incroyable et tout ce que je peux faire est de le féliciter", lâchait le leader de la Red Bull-Bora-hansgrohe à l'arrivée. "Enric Mas n'est pas juste solide, il est super solide, presque intouchable, il mène sa course de manière parfaite jusqu'à présent."
Impeccable dans sa stratégie de défense de sa tunique, samedi, lors d'une étape dantesque avec près de 5 000 mètres de dénivelé positif, l'heure était venue de savourer, dimanche, au moment de grimper sur la plus haute marche du podium. "À force de persévérance, on finit toujours par obtenir ce qu'on mérite", expliquait son directeur sportif José Joaquín Rojas à TVE fin août. "La presse a été particulièrement dure avec lui car, ces deux dernières années, ses performances ont été en berne à cause de chutes et de son opération. Avant la Vuelta, nous étions optimistes quant à sa performance". De chat noir à vainqueur incontestable, Mas va désormais pouvoir prendre le temps de mesurer le chemin accompli. Le chemin de la rédemption pour un champion enfin à l'heure.
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