Tirs de fusil à Aubagne: quel est le profil des jeunes de la mouvance "True Crime Community" à laquelle est soupçonné d'appartenir le suspect?
Publié aujourd'hui à 13h32
Lire dans l'appBFMPaul Conge, Charlotte Lesage avec Orlane Edouard

Des policiers municipaux devant le collège Joseph-Lakanal à Aubagne le 12 octobre 2026, dans les Bouches-du-Rhône - Miguel MEDINA © 2019 AFP
Après les tirs au lycée d'Aubagne, le parquet national antiterroriste a annoncé ce mardi 13 octobre "la probable adhésion" à la "mouvance True Crime Community" du suspect. En France, les adeptes ont entre 12 et 19 ans.
Ils se surnomment parfois "les Columbiners". Ce nom est celui que se donnent certains adeptes de la mouvance "True Crime Community" dont le nom a été évoqué après les tirs de fusil de chasse survenus ce lundi 12 octobre dans le collège d'Aubagne (Bouches-du-Rhône), ayant blessé le principal et une proviseure.
Le suspect des tirs, un adolescent de 14 ans, est soupçonné de faire partie de cette mouvance née autour d'une fascination pour les tueries de masses aux États-Unis.
"L’exploitation des supports numériques saisis (...) mettait au jour l’utilisation par le mis en cause de nombreux comptes de réseaux sociaux sur Protonmail, Discord, Snapchat ou TikTok. Une première analyse de ceux-ci dans le temps de la garde à vue révélait la probable adhésion à la True Crime Community, l’un de ses comptes étant exclusivement dédié à la republication de contenus liés à cette communauté, d’une extrême violence et plus particulièrement relatifs aux tueries scolaires", a écrit dans un communiqué ce mercredi le parquet national antiterroriste, qui s'est saisi de l'enquête.
De son côté, le suspect a admis avoir été influencé par cette mouvance mais a nié avec "inscrit son action" au nom de la "True Crime Community".
Le pseudonyme "les Columbiners" fait lui référencer à la tuerie de Columbine qui avait choqué l'Amérique, il y a 27 ans. Le 20 avril 1999, deux adolescents avaient tué 13 personnes dans un lycée du Colorado. Une attaque de quarante-six minutes considérée comme l’une des premières tueries de masse touchant les établissements scolaires des États-Unis.
Des mineurs âgés de 12 à 19 ans
Selon un document d’enquête que BFMTV a pu consulter, la "True Crime Community" (TCC) regroupe en France des jeunes de 12 à 19 ans fascinés par l'ultra-violence et les tueries de masse et susceptibles de s'armer pour passer à l'acte.
Cette mouvance attire autant les garçons que les filles, selon ce document. Le plus jeune profil identifié à ce jour par les services spécialisés est celui d'une jeune fille, âgée de 12 ans, en échec scolaire après avoir été harcelée par ses camarades de classe.
Le phénomène est "suivi par les services de renseignements pour pouvoir anticiper le plus en amont possible" d'éventuels passages à l'acte, a indiqué mardi le ministre de l’Intérieur devant l'Assemblée. "Plusieurs dizaines de jeunes sont suivis à ce titre", a ajouté Laurent Nuñez.
Les adeptes de cette mouvance s’imaginent comme les héritiers des auteurs de tueries scolaires, qui pour certains se sont suicidés après leur geste ou ont été abattus par la police.
S’ils glorifient les tueurs de masse d’ultradroite tels qu'Anders Breivik (auteur des attentats d'Oslo et d'Utøya), Elliot Rodger (auteur de la tuerie d'Isla Vista) et Brenton Tarrant (auteur des attentats de Christchurch), ils idolâtrent aussi ceux dont les motivations sont moins idéologiques comme les auteurs du massacre de Columbine en 1999. Ils sont souvent inclassables politiquement.
"Mal-être" et contenus macabres
Selon des sources proches des services de renseignements interrogées par BFMTV, la mouvance "True Crime Community" est assez jeune, peu organisée et surtout active en ligne. Le réseau TikTok est décrit comme l'un des principaux vecteurs d'embrigadement de jeunes Français dans la TCC. Des hashtags viraux (#Mentalillness, #Truecrime, #TCC) et largement utilisés les enferment dans une consommation effrénée de vidéos morbides et violentes.
"La True Crime Community émerge sur internet, et plus particulièrement sur des forums dans les années 90-2000. C'est aujourd'hui plus mainstream", a expliqué auprès de BFM Stephanie Lamy, chercheuse et chargée d'enseignement en science politique à Science Po Toulouse.
Sur internet, les membres appartenant à cette mouvance s'échangent des contenus macabres. "Ça peut aller d'une vidéo d'un accident mortel à celle d'une décapitation. Ces contenus ont tendance à désensibiliser ceux qui les regardent. Ils se les échangent, ils comparent les performances", a-t-elle expliqué.
Principalement actifs en ligne, les adeptes les plus radicaux de la TCC envisagent de commettre des actions violences à l’encontre de camarades de classe, de femmes ou de la communauté scolaire, jugés responsables de leur malheur. Ils agissent en général par vengeance ou ressentiment après une scolarité difficile, marquée par le harcèlement ou l’isolement.

De fait, la "True Crime Community" rassemble des personnes avec de fortes carences psychologiques. "Leur fantasme de passage à l’acte est davantage impulsé par un mal-être que par une politisation", commente une source sécuritaire interrogée par BFMTV.
Ils restent cependant difficilement identifiables, dans la mesure où ils n’affichent pas de revendications claires et ont de plus en plus recours à l’intelligence artificielle.
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