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1946-2026 | Tim Curry, acteur monstrueusement doué, est décédé

Dans The Rocky Horror Picture Show, le savant Frank-N-Furter déclare qu’il ne lui est pas facile d’avoir du plaisir. Eh bien, avec Tim Curry pour incarner ce désormais emblématique personnage friand de corsets de cuir et de jarretelles, le public, lui, n’a aucun problème à en avoir année après année lors des projections costumées du plus culte des films cultes. D’ailleurs, l’acteur d’origine anglaise était immédiatement reconnaissable à son rire généreux, qu’il savait rendre hilarant ou inquiétant, selon le contexte.

Né dans la ville de Grappenhall, en Angleterre, en 1946, Tim Curry suit ses parents dans différentes villes portuaires, dont Hong Kong, son père étant chapelain dans la marine. Placé dans un pensionnat à 11 ans, il obtient un diplôme en théâtre en 1968 et décroche presque aussitôt un rôle dans la comédie musicale Hair, sur les planches londoniennes.

C’est au cours de cette production passée à l’histoire que Tim Curry fait la connaissance de Richard O’Brien. O’Brien qui crée, en 1973, le spectacle The Rocky Horror Picture Show, en écrivant expressément pour Curry le personnage du savant Frank-N-Furter. Lorsque Jim Sharman réalise le film, en 1975, Curry reprend l’inénarrable rôle, assurant alors sans le savoir son immortalité cinématographique — et en tant qu’icône queer.

Il faut toutefois préciser que l’acteur s’est imposé dans quelques autres productions qui sont, elles aussi, devenues cultes.

Une verve, un panache

On pense d’abord à cette seconde comédie musicale, mignonne et non coquine celle-là : Annie, de John Huston, parue en 1982. Curry y joue, avec délectation, Rooster, un brigand aux trousses de la rouquine petite orpheline du titre.

Et que dire de Clue, de Jonathan Lynn, paru en 1985 : une adaptation improbable, mais réussie, du célèbre jeu de société. Curry y incarne avec verve et panache un majordome sarcastique qui en sait plus qu’il ne le dit. Prise de haut en son temps, cette comédie policière aux accents de farce d’antan a remarquablement bien vieilli, entre autres grâce au brio de sa distribution, comprenant Madeline Kahn, Lesley Ann Warren, Michael McKean et Eileen Brennan.

En 1985 toujours, Ridley Scott confie à Tim Curry le rôle du prince des ténèbres dans le film d’aventures fantastique Legend (Légende). Méconnaissable sous le remarquable maquillage prosthétique de Rob Bottin, tout de cornes noires et de musculature carmin, Curry parvient non seulement à imposer sa présence par sa voix grave, mais il éclipse en plus son tout jeune partenaire, un certain Tom Cruise.

Dans la minisérie It (Ça), de Tommy Lee Wallace, en 1990, Curry s’attire des éloges dans le rôle de Pennywise, l’entité tueuse d’enfants qui revêt la forme d’un sinistre clown. Pour les nostalgiques, Tim Curry demeure l’interprète définitif du personnage imaginé par Stephen King.

Sans oublier, et il s’agit cette fois non pas d’un film culte, mais d’un des plus gros succès au box-office de 1992, Home Alone 2: Lost in New York (Maman j’ai encore raté l’avion et je suis perdu dans New York), de Chris Columbus : Curry y est savoureux en gérant d’hôtel suspicieux, dont le débrouillard Kevin (Macaulay Culkin) ne fait qu’une bouchée. Et il y a, l’année suivante, son cardinal de Richelieu, dans The Three Musketeers (Les trois mousquetaires), de Stephen Herek, qui n’est pas piqué des vers : « Un pour tous et tout pour moi », lance-t-il en affichant ce large rictus devenu aussi identifiable que son rire et sa voix.

Pour le compte, ces caractéristiques lui valent plusieurs partitions de « méchants ».

L’âme vagabonde

Très sollicité en animation, il prête sa voix aux personnages de l’empereur Palpatine (ou Darth Sidious) dans Star Wars: The Clone Wars (Star Wars. La guerre des clones ; 2012–2014).

À noter que Tim Curry ne délaisse jamais le théâtre, son premier amour. Ainsi, il joue entre autres le jeune Mozart dans Amadeus, sur Broadway, en 1980 : une performance qui lui vaut la première de ses trois nominations aux prix Tony. Son roi Arthur dans la parodie musicale Spamalot (2004-2007) reçoit d’excellentes critiques également.

Terrassé par un accident vasculaire cérébral en 2012, Tim Curry doit être opéré d’urgence au cerveau. Il est par la suite confiné à un fauteuil roulant et souffre de plusieurs problèmes de santé.

Ce qui ne l’empêche pas de participer, en 2021 et en 2025, aux documentaires commémoratifs Pennywise: The Story of It et Strange Journey: The Story of Rocky Horror. En 2025, il publie une autobiographie, intitulée Vagabond: A Memoir.

Avec sérénité et philosophie, l’acteur écrit : « Ces douze dernières années m’ont appris qu’être un vagabond ne se définit pas par la distance parcourue, ni par les maints endroits que j’ai considérés comme mon chez-moi. Cela réside plutôt dans une certaine attitude face à la vie. À l’instar d’un peintre qui réfléchit à ce qu’il va faire d’une toile vierge, ou d’un jardinier face à un espace vide dans son jardin, le vagabond perçoit le monde comme un champ de potentialités et de possibilités, où la beauté peut être non seulement trouvée, mais aussi créée, et où l’aventure attend tous ceux qui sont prêts à la rechercher. »

On trouve assurément de cela, un esprit aventureux et, oui, de la beauté, dans la filmographie de Tim Curry.