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Thomas Gunzig sort un nouveau roman, "Spectres" : ça se lit comme un thriller de haut vol

Deux événements littéraires sont prévus en cette fin août 2026. L'Intime festival à Namur et Les Rencontres inattendues à Tournai. Un point commun entre les deux ? Thomas Gunzig, qui y fera une lecture et une présentation de son dernier roman, "Spectres" ces samedi 29 pour l'Intime festival et dimanche 30 août aux Rencontres inattendues.

Jonglant avec un humour cinglant et une vision de notre société gangrenée par l'ultralibéralisme, à l'image de son récent Rocky, dernier rivage, Thomas Gunzig va encore plus loin avec cet impressionnant récit. Le lauréat du Prix Rossel 2001 nous projette dans le futur, au cœur d'une mission scientifique qui va, non sans scrupule, commercialiser la vie après la mort avec la possibilité, in fine, de sauver l'humanité.

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"Il n'y a pas plus réaliste que la science-fiction"

Intellectuellement brillant, Spectres se lit comme un thriller de haut vol avec des personnages tout sauf lisses et des enjeux moraux et éthiques bien costauds. Le roman rappelle Le Passager de Cormac McCarthy et Le Déluge de Stephen Markley. Pour les fans de séries, ce 11e ouvrage de Thomas Gunzig possède des accents de la géniale série de Vince Gilligan, Pluribus, ou d'El Eternauta, l'adaptation de la mythique bande dessinée argentine SF des années 50.

En écoutant ces références, l'auteur fait la mise au point suivante : "je n'aime pas le terme de science-fiction parce qu'on a souvent l'impression que c'est une littérature du loisir qu'on lit pour s'échapper du réel. Mais il n'y a pas plus réaliste que cette littérature-là, martèle-t-il. Elle est aussi profondément métaphorique et tout aussi profondément politique." Tout comme le bien nommé Spectres, gros morceau de cette rentrée littéraire.

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Quelle est l'idée motrice de Spectres ?

Thomas Gunzig – L'accès à la vie après la mort, comme on l'a fait avec les fonds marins ou les forêts primaires. On trouve là une ressource intéressante qu'on va se charger d'exploiter sans se soucier du reste.

Pourquoi, comme vous l'avez déclaré par le passé, le travail de l'imaginaire est fondamental à la bonne santé mentale d'une société ?

Parce que leurs auteurs parlent au présent, évoquent notre condition, notre adaptation au changement. Quand on regarde le présent, on a besoin d'imaginaire. Pour le comprendre aussi.

Peut-on faire un lien entre Spectres et votre roman Manuel de survie à l'usage des incapables ?

J'étais déjà intéressé par cette dynamique du capitalisme et de l'appropriation de tout ce qui est appropriable. Dans Spectres, le capitalisme s'approprie la vie après la mort. La disparition de la mémoire humaine est une dynamique déjà en cours à travers les algorithmes de recommandation qui favorisent l'immédiateté et le clash. On est en train de dégrader la mémoire humaine parce que notre accès à la culture est un accès qui est en grande partie fait à travers les réseaux, les algorithmes d'Amazon, les IA…

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Comme dans Le Passager de Cormac McCarthy, vous parlez des sciences et de physique quantique sans que cela soit rédhibitoire. Vous avez une appétence pour les sciences et la physique en général ?

C'est le milieu dans lequel j'ai grandi. Mon père (Edgar Gunzig, physicien reconnu, NDLR) était chercheur en astrophysique. Ses copains et ses collègues de travail venaient à la maison. Ilya Prigogine, le prix Nobel de chimie, et Robert Brout étaient des habitués. Je les écoutais parler de l'univers, d'énergie, d'espace courbe. Je pense que ça a nourri mon imaginaire. En tout cas, c'est la première fois que je parle vraiment de physique et ça me fascine quand on m'explique, quand je sais comprendre, quand j'écoute des émissions, quand je lis des ouvrages de vulgarisation comme ceux de Carlo Rovelli. Ce dernier a été une grosse source d'inspiration technique et scientifique pour ce roman.

Spectres, Thomas Gunzig
Spectres, Thomas Gunzig ©Au Diable Vauvert

Vous avancez que la fonction première d'une bonne histoire est de donner un sens à nos vies. Quel sens a pris la vôtre depuis que vous publiez ?

J'ai publié mon premier recueil de nouvelles à 21 ans. J'étais encore un ado, un enfant. Je ne sais pas ce que je serais devenu si je n'avais pas fait ça. Je ne comprenais pas où était ma place. Je ne savais pas ce que je devais faire. Je me sentais traversé par plein de trucs. Quiconque trouve une activité qui lui correspond, et dans laquelle il peut s'épanouir, est un homme ou une femme heureuse. Et quiconque ne la trouve pas passe une vie chiante.

Vous êtes enseignant, chroniqueur, scénariste et romancier. Quels liens tisseriez-vous entre ces disciplines ?

Ce sont des activités très différentes. Le boulot de prof, au début, je le trouvais compliqué. Il m'a fallu quelques années pour donner un cours et comprendre que ce que je voulais fondamentalement, c'était que mes étudiants passent un bon moment. On a terminé, avec Jaco Van Dormael, l'adaptation de Rocky, dernier rivage dont il a acheté les droits et qu'on devrait tourner dans l'année. Travailler avec lui, c'est génial parce qu'il n'y a rien d'illimité.

Pour ce qui est de mes chroniques à la radio, j'essaie d'en faire une petite poche d'émotions sans essayer forcément d'être drôle. Parfois je suis sérieux, parfois plus bizarre. Je crois que ce que j'aime, c'est le retour des gens, le lien avec eux. J'ai d'ailleurs plus de retours sur mes chroniques que sur les bouquins.

29/8 Lecture et entretien, Intime Festival, Namur, intime-festival.be

30/8 Lecture et présentation, Les Rencontres Inattendues, Tournai lesinattendues.be

ROMAN, SPECTRES, Thomas Gunzig, Au Diable Vauvert, 389p.

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