Des bulles d’air pour stopper le plastique des rivières avant la mer
Par Denis Loktev
Publié le 20/07/2026 - 7:02 UTC+2
Chaque année, des millions de tonnes de plastique finissent dans les océans du monde, et les fleuves en sont la principale voie d’acheminement. Si les opérations de nettoyage des plages et de collecte en mer se sont multipliées ces dernières années, elles ne parviennent pas à suivre la marée de plastique.
« La production de plastique ne cesse d’augmenter », explique à Euronews Earth Anne Marieke Eveleens, directrice du développement de The Great Bubble Barrier. « Nous nous attendons à ce qu’elle triple d’ici à 2030. La demande de plastique est très forte. Nous en utilisons dans toutes nos activités quotidiennes et, dans le même temps, nous ne savons pas vraiment quoi faire de ce plastique en fin de vie. »
Moins de 10 % du plastique est recyclé, souligne-t-elle, ce qui signifie que le reste se retrouve fréquemment dans les cours d’eau, par accident ou en raison d’une mauvaise gestion des déchets. Les opérations de nettoyage des océans, dit-elle, « aident, mais il faut en faire davantage pour réellement mettre un terme au problème ».
Des bulles qui font barrage au plastique
The Great Bubble Barrier a choisi une autre approche : intercepter le plastique dans les rivières et les canaux avant qu’il n’atteigne la mer. Un tube perforé est posé en travers du lit du cours d’eau et relié à une pompe à air, ce qui crée un rideau de bulles ascendant. Installé en diagonale par rapport au courant, il dirige les déchets flottants – ainsi que les matériaux en suspension plus en profondeur – vers un point de collecte sur la berge.
« Nous ne gênons pas les poissons, nous ne gênons pas le trafic fluvial, mais nous pouvons couvrir toute la largeur et la profondeur d’une rivière », explique Eveleens à Euronews Earth.
Selon la cofondatrice, le système a été validé par des universités et des instituts de recherche indépendants, et il capture environ 86 % des plastiques en surface. « Ce chiffre est effectivement assez stable », précise Eveleens.
L’entreprise exploite actuellement des barrières à Amsterdam, Katwijk et Harlingen, aux Pays-Bas, ainsi qu’à proximité de Vila do Conde, au Portugal, et d’autres installations sont à l’étude en Europe et aux États-Unis.
The Great Bubble Barrier vise une expansion mondiale
L’ambition affichée de l’entreprise est de déployer sa technologie à grande échelle, notamment en Asie du Sud-Est, où coulent certains des fleuves les plus pollués au monde. La mise en œuvre ne relève pas seulement d’un défi d’ingénierie, explique Eveleens : elle suppose de coordonner en même temps les pouvoirs publics, les gestionnaires locaux des déchets et les communautés.
« Il faut s’assurer que les autorisations sont en place, qu’il existe un système de collecte des déchets afin que ceux que nous retirons ne se retrouvent pas quelques mètres plus loin dans la rivière, explique-t-elle. Nous travaillons avec les communautés locales : nous leur demandons de nous aider à identifier l’objet le plus fréquemment retrouvé et à voir si l’on peut agir localement dessus. »
Ce modèle associant de multiples acteurs, dit-elle, est au cœur de chaque déploiement réussi jusqu’à présent.
La reconnaissance a contribué à accélérer le développement de l’entreprise. Finaliste du Earthshot Prize, le prix environnemental mondial lancé par le prince William, The Great Bubble Barrier a gagné en visibilité à grande échelle.
« Presque partout où nous allons dans le monde, les gens ont entendu parler d’une barrière de bulles, confie Eveleens à Euronews Earth. Cela nous a vraiment donné un formidable coup d’accélérateur pour nous internationaliser et apporter notre solution là où elle est nécessaire. »
Pour l’avenir, Eveleens souhaite voir ces barrières installées sur les principaux foyers de pollution des grandes villes du monde, non seulement pour collecter les déchets, mais aussi pour produire des données utiles à l’élaboration des politiques publiques.
« Toutes ces données que nous collectons sont aussi un outil pour élaborer de nouvelles politiques afin d’empêcher que la pollution ne se produise, explique-t-elle. Voir ces barrières se multiplier dans tous les endroits stratégiques du globe, ce serait le plus grand des rêves. »