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Critique :

S’il est adapté d’un roman de Peter Heller paru en 2013, The Dog Stars s’inscrit surtout dans un imaginaire que le cinéma et dernièrement les séries télévisées (The Walking Dead, The Last of Us) ont beaucoup labouré : la fiction postapocalyptique mêlant grand récit d’aventures et contemplations métaphysiques sur une humanité ramenée à son état primitif. Les premiers plans, situés dans le territoire quasiment vierge du Colorado où Hig (Jacob Elordi) réside en compagnie de son chien Jasper et d’un vieux survivaliste au cuir épais (Josh Brolin), dépeignent un monde qui, loin d’apparaître à l’agonie (à cause d’une grippe ayant décimé l’essentiel de l’espèce humaine), semble au contraire regagner ses forces suite à cette quasi-extinction. L’humain y a presque totalement disparu, remplacé par une végétation luxuriante et des animaux arpentant les vestiges de Denver, où Hig vient régulièrement se ravitailler. De fait, si ces visions caractéristiques du genre ne sont pas nouvelles, elles prennent une autre dimension à l’heure où les urgences écologiques inspirent une remise en cause de l’anthropocène. On croit un petit temps que le film, moulé dans une esthétique grisâtre très standardisée, s’aventure sur ce terrain connu précisément pour le réinvestir à l’aune des problématiques contemporaines – le souvenir de la pandémie de 2020, lui non plus, n’est pas loin. Mais les déambulations d’Elordi, affichant sa silhouette sexy sans parvenir à donner une consistance à son personnage hanté (les laborieuses scènes où il est visité par le fantôme de sa femme enceinte), ouvrent en vérité sur un néo-western qui accuse la vétusté de son logiciel.

Au casting blanc (se greffent plus tard Margaret Qualley et Guy Pearce) s’opposent des hordes tribales tantôt inspirées de la culture maorie, tantôt des Amérindiens. Balles contre flèches, civilisation contre barbares, telle est la ligne de fracture que dessine le film. Seul un segment, le plus poussif, déroge à la règle : l’escale à Grand Junction, où se trouve une communauté de blancs dégénérés qui tentent de s’enfermer dans un passé vitrifié aux accents 50’s (un terminal d’aéroport où l’on sirote des cocktails). Cette incartade à la logique générale sonne toutefois faux : la bizarrerie de cet épisode, jouant sur une tonalité bouffonne, paraît plus décrétée que réellement travaillée, comme si Scott avait agrafé à sa fresque sur une Amérique ramenée en arrière quelques pages peuplées de personnages de bande dessinée. C’est dans une autre période (et une autre imagerie) que le film accomplit néanmoins son programme et entérine son propre passéisme : le temps des pionniers et le fantasme d’une communauté à l’ancienne (littéralement ici des mennonites), au cœur du dénouement. À cet endroit, The Dog Stars entend réinvestir le « rêve américain » dont parlent les personnages dans sa quintessence et sa pureté originelle – un lopin de terre, des bons voisins avec qui déjeuner et danser le quadrille, et enfin une carabine pour tenir les sauvages à distance.

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