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TÉMOIGNAGES. Artisans, soignants, ces professions asphyxiées par les prix à la pompe tirent la sonnette d'alarme en Haute-Garonne, "on sent la colère monter"

l'essentiel La flambée des prix du carburant met en péril les trésoreries des artisans et professionnels de santé en Haute-Garonne. La Capeb souligne l'exaspération des petites entreprises, déjà fragilisées par la hausse des coûts des matériaux. Chez les soignants, certaines infirmières libérales enchaînent les actes mais perdent de l'argent à chaque trajet. Ils nous racontent.

L'explosion des prix du carburant ne grève plus seulement les budgets des ménages, elle asphyxie littéralement les trésoreries des professionnels. Le coup est particulièrement rude pour les artisans : "l'exaspération est à son comble", assure Philippe Labro, vice-président de la Capeb Occitanie (Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment).

"Les trésoreries sont très, très tendues"

Car cette envolée des coûts due à la géopolitique internationale ne survient pas de manière isolée. Les entreprises font face à un enchaînement de difficultés : "il y a eu le Covid, puis la hausse des coûts consécutive à la guerre en Ukraine, avec des augmentations de 20 à 40 % sur certains matériaux en trois ans." Avec cette inflation à la pompe, pour les petits entrepreneurs, la marge de manœuvre devient minime : "on n'a plus le droit à l'erreur".

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Face aux particuliers ayant verrouillé leur budget travaux, répercuter ces surcoûts s'avère impossible : "quand les devis sont signés, on ne peut pas revenir sur les prix et on a du mal à s'en sortir". "Aujourd'hui, les trésoreries des petites entreprises sont très, très tendues", prévient Philippe Labro, "il faut que ça s'arrête pour qu'on puisse relever la tête". Sinon des entreprises pourraient mettre la clé sous la porte. 

Philippe Fabbro, 1er Vice-Président de la CAPEB Occitanie.
Philippe Fabbro, 1er Vice-Président de la CAPEB Occitanie. Capeb

L'impact dépend évidemment de la nature des activités et "les entreprises de travaux publics en zone rurale sont les plus vulnérables" avec les distances à parcourir. Le surcoût touche également les frais de transport des fournisseurs. Face à cette situation, certains professionnels envisagent de renoncer aux chantiers éloignés pour préserver leurs finances. S'agissant des dispositifs d'aide publique, ils s'avèrent peu accessibles pour les très petites structures : "On est souvent découragés par la lourdeur des démarches".

Des professionnels de santé qui travaillent "à perte" 

La situation n'est guère meilleure chez certains professionnels de santé. Lorsque nous avons contacté Camille, infirmière libérale à Saint-Sauveur dans le nord du département, elle venait de laisser sa voiture au contrôle technique, un véhicule diesel avec 220 000 km au compteur. "Justement, je suis en train d’étudier la possibilité de passer en leasing avec une voiture électrique. Parce que travailler à perte, ce n’est plus possible et ma voiture, c’est mon outil de travail. En ce moment, au lieu de faire le plein, je remplis mon réservoir par petites touches de 30 euros en espérant que le prix baisse un peu", résume cette mère de famille.

Le prix du gasoil atteint des sommets.
Le prix du gasoil atteint des sommets. DDM SEBASTIEN LAPEYRERE illustration

Pourtant Camille s’estime plutôt chanceuse. Sa tournée quotidienne ne dépasse pas les 60 km par jour, "c’est peu par rapport à d’autres secteurs". "Mais malgré tout, nous ne rentrons pas dans nos frais. Quand on va chez un patient, l’indemnité forfaitaire de déplacement c’est toujours 2,75 €, quel que soit le nombre de kilomètres effectués. Cet été, j’ai fait des remplacements à Colomiers, je sais que j’ai travaillé à perte, même avec un gasoil moins cher qu’aujourd’hui. La tournée était trop grande. Je n’ai pas estimé combien j’ai perdu, je n’ai pas envie de me brûler les yeux et il fallait que je travaille", complète l’infirmière qui a enchaîné les remplacements avant de se lancer dans la reprise d’un cabinet. Sans trésorerie, il lui est actuellement impossible d’acheter un véhicule électrique qui lui permettrait de moins dépenser en carburant.

Aux patients, Camille ne refuse rien pour l’instant. Mais elle se permet de leur dire que la prise de sang qu’elle vient faire lui coûte de l’argent. "Parce qu’il faut amener le prélèvement au laboratoire et ce trajet-là n’est pas indemnisé. La prise de sang tarifée à 3,5 euros, ça ne vaut pas le coup".

"On sent la colère monter"

À la Fédération nationale des infirmiers (FNI) de Haute-Garonne, la présidente, Carine Garcia, entend les difficultés de ses collègues. "On sent la colère monter. Les coûts liés aux déplacements continuent d’augmenter et le plus petit soin, comme une injection sous-cutanée, n’est même plus rentable. Dans les communes où la zone est trop vaste, on refuse certains actes. Qui travaille pour rien aujourd’hui ?", lance la présidente de la FNI 31. "Pour éviter le plein à presque trois euros, il faut faire la queue pendant des heures dans certaines stations où le tarif est plafonné mais on n’a pas ce temps-là", regrette l’infirmière libérale.