TÉMOIGNAGES. Affaire du Wizzy à Albi : "Son établissement, c’était un repère à minots"… Les voisins du restaurateur racontent le choc après la découverte des accusations de viols sur mineurs
l'essentiel Derrière la devanture du Wizzy Burgers à Albi, les commerçants racontent une tout autre histoire. Une fleuriste frappée en pleine journée, des jeunes présents quotidiennement sur la terrasse, des soirées et des allées et venues incessantes : au lendemain de nos révélations, plusieurs voisins brisent le silence. Les détails
Rue Saint-Julien à Albi ce vendredi 11 septembre, les scellés attirent encore les regards. Dans les commerces voisins, les souvenirs remontent. Une commerçante assure "ne pas être étonnée", tout en disant avoir "entretenu des rapports cordiaux" avec le gérant. "J'ai été choquée de voir des scellés sur la porte."
Le Wizzy Burgers était pourtant une adresse familière depuis 2012, et plutôt bien notée : 36e sur 213 restaurants d'Albi sur TripAdvisor, avec 4,5 étoiles sur 5 et plus de 130 avis. Le restaurant, spécialisé dans les burgers, tacos, sandwiches et paninis, avait ainsi construit au fil des années une clientèle habituée du quartier.
"Il avait collé une droite dans le visage d'une fleuriste"
Dans une boutique voisine, le ton est autrement plus tranché. "On n'a pas été surpris", racontent plusieurs employés. Ils évoquent les jeunes qui fréquentaient régulièrement le restaurant et sa terrasse, ainsi que les allées et venues de livreurs : "On voyait les trottinettes qui faisaient un balai permanent." "Ici, tout le monde sait que ce lieu est un point de deal, on pensait d'ailleurs que les scellés avaient un lien avec ça", affirment-ils. Une perception du quartier qui ne constitue pas, en l'état, un fait établi.
Surtout, ils reviennent sur l'été 2025. "On ne lui adressait plus la parole depuis cette période." Selon leur récit, le gérant aurait frappé au visage une fleuriste, alors voisine directe du restaurant. "Il lui avait collé une droite dans le visage. Elle était tombée au sol, ça s'est passé devant des tas de témoins." Suite à ces faits, la victime présumée "avait décidé de fermer sa boutique".
Un épisode qui aurait définitivement rompu leurs relations avec le restaurateur. "Quand on a vu qu'il était capable de frapper une femme, on s'attendait à ce qu'il soit capable des pires horreurs."
Ces propos prennent une résonance particulière au lendemain de l'affaire révélée dans nos colonnes. Samedi dernier, un adolescent de 17 ans a accusé le gérant de l'avoir violé à deux reprises après une soirée au restaurant. Selon son récit, le restaurateur lui aurait proposé de dormir sur place, dans les appartements situés au-dessus de l'établissement. Deux autres victimes potentielles ont ensuite été identifiées au cours des investigations.
"Franchement, pauvres gamins. C'est à eux que l'on pense"
"On est dégoûtés. Franchement, pauvres gamins. C'est à eux que l'on pense", lâchent les employés. À quelques mètres, une serveuse du marché couvert raconte une tout autre histoire. Dans la nuit de samedi à dimanche, vers 2 heures du matin, elle dit avoir vu le gérant "complètement saoul" sur les marches du marché, avec plusieurs personnes. Impossible pour elle de dire s'il s'agissait de jeunes.
"On savait qu'il aimait les jeunes, raconte un autre commerçant qui connaissait bien le gérant du Wizzy Burgers. Son établissement, c'était un repère à minots. Il était attiré par la beauté physique et juvénile... Il était tout le temps entouré de jeunes, il était très tactile avec eux... Il offrait des sandwichs, des boissons... si tu étais beau et que tu avais moins de 25 ans, c'était open bar chez lui. Il avait travaillé dans un bureau de tabac auparavant et avait fini par se faire virer... Il offrait des cigarettes à tous les jeunes."
Il va même plus loin : "Je l'ai vu faire avec les jeunes, surtout âgés entre 15 et 20 ans... On se disait 'quand est-ce qu'il va déraper ?' Ça aurait pu durer des années... Beaucoup d'adolescents ont dû se faire piéger mais ont peut-être trop honte de parler."
Mis en examen mercredi 9 septembre et placé en détention provisoire dans une maison d'arrêt hors du département, le gérant reste présumé innocent. Un juge d'instruction a été saisi et les investigations se poursuivent.