Témoignage - Voilà pourquoi ce propriétaire de BYD Seal ne reprendra pas de voiture électrique chinoise

Malgré des besoins personnels et professionnels compatibles avec l’électrique, Christian est d’abord prudemment passé par la case hybride rechargeable en choisissant une Toyota Prius qu’il a conservée moins d’un an, à deux jours près. Il en est sorti en prenant une BYD Seal RWD. Globalement satisfait de cette voiture chinoise et du personnel de la marque, il souhaiterait ensuite adopter un modèle européen. C’est tout un ensemble de réflexions qui font progresser dans la mobilité plus vertueuse ce nouvel électromobiliste entouré de pro-thermiques.
Passage par l’hybride rechargeable
Pendant 15 ans, notre lecteur normand a utilisé des voitures diesel : « Je roule 30 000 km par an. Une partie de mon travail consiste à réaliser des bilans carbone pour des clients. J’ai donc une certaine sensibilité aux questions environnementales. Mais j’ai autour de moi des personnes hostiles au VE. Mon père était lui-même dans l’automobile. On me disait que ce n’était pas au point, que je n’aurais pas assez d’autonomie. Ça me semblait alors compliqué de me rendre en électrique à mes rendez-vous en région parisienne, dans le nord ou l’est de la France ».
D’où la décision de prendre une Toyota Prius hybride rechargeable : « En finition Design, je l’ai reçue neuve fin avril 2025. En roulant souplement, je pouvais obtenir entre 60 et 70 km de roulage à l’électrique. Ce qui me permettait de réaliser ainsi tous mes trajets entre mon domicile et mon bureau, et les déplacements les plus éloignés en utilisant le bloc thermique. Pas de recharge rapide sur ce modèle, Toyota ne voyant le roulage en mode EV que comme un complément du moteur essence ».
Cette Prius PHEV a fait évoluer Christian intérieurement : « Avant, j’aimais bien les voitures thermiques émettant des bruits sympas sur leur passage. Ca s’est effacé, et, rapidement, j’ai apprécié le silence en électrique, ainsi que la conduite souple et agréable. Au point de vouloir allonger au maximum le fonctionnement en mode EV, notamment pour aller voir ma mère en traversant une bonne partie de la Normandie. Impossible toutefois de m’arrêter pour recharger lorsque j’avais des rendez-vous lointains à 9 h 00 avec des clients. Je n’allais pas le faire non plus au retour de nuit ».
20 000 euros de moins que la Mercedes CLA 250+
La réflexion a fait son chemin chez Christian : « J’avais toujours à l’esprit l’impact carbone des voitures hybrides rechargeables. Puis j’ai remarqué que je ne pouvais plus me passer de rouler à l’électrique. Ce qui m’a plu tout de suite sur les VE, c’est la réponse instantanée à l’accélérateur. Avant même de parler climat, mon passage à l’électrique a surtout été motivé par le confort d’utilisation, ainsi que les performances et la réactivité. Je me dis maintenant que j’aurais dû passer au VE dès 2025 et que ma phase de transition en PHEV n’était pas nécessaire ».
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Au départ, notre lecteur de 39 ans n’était pas parti pour acheter une BYD Seal : « La voiture que je voulais, c’était une Mercedes CLA qui n’était disponible qu’en 250+. Avec les options, l’écart était de plus de 20 000 euros par rapport à la BYD Seal équipée de façon comparable. Quelle soulte pouvais-je ajouter au prix de revente de la Toyota Prius PHEV pour passer à l’électrique ? Au-delà du dilemme concernant l’achat d’une voiture chinoise, c’est la question du prix qui a été centrale au moment de faire mon choix ».
Les deux voitures ont été essayées : « En omettant le pays de fabrication, c’est dans la BYD Seal que je me sentais le mieux. Elle est mieux finie : j’entendais des bruits de plastique dans la CLA. Certes, c’est plus clinquant dans la chinoise et tout n’est pas de très bon goût, mais je n’étais alors pas prêt à mettre 20 000 euros de plus pour une qualité égale. J’ai réfléchi pas mal de temps avant de me décider, négociant pendant deux mois. Je suis allé quatre à cinq fois chez BYD et j’ai essayé la Seal deux ou trois fois ».
De quoi être convaincu
Christian n’a pas trouvé d’autres concurrentes : « Faisant attention à l’aérodynamisme, je ne voulais pas de SUV et n’en ai jamais eu. Un break, oui, pourquoi pas. La P7 n’étant pas encore disponible, j’ai écarté Xpeng. J’ai aussi éliminé Volkswagen en raison de sa mauvaise réputation sur les forums. Ce qui m’a beaucoup aidé dans ma prise de décision, c’est la communauté formée sur Facebook autour des utilisateurs de BYD, se dépannant entre eux en 2024 par défaut de SAV. Ce sont des passionnés qui expliquent bien les choses : ça m’a donné envie ».
En 2026, notre lecteur a été « agréablement surpris » par le personnel de BYD : « J’ai été auparavant chez Volvo, puis Toyota ensuite. Je ne m’attendais pas à autant de prévenance de la part des équipes de BYD. A aucun moment je n’ai ressenti une pression sur moi, et n’ai jamais eu l’impression de les embêter. La marque n’étant pas encore très connue, peut-être les commerciaux ont-ils intégré de prendre davantage de temps avec les clients potentiels. Pour le SAV, c’est un peu particulier, il n’y en a pas partout ».

D’où un fonctionnement inhabituel : « La relation est un peu bizarre, il faut passer par le commercial ou envoyer un texto. Les demandes sont cependant très bien prises en compte, et je ne m’attendais pas à un tel niveau de service chez BYD. J’ai eu affaire à eux pour un problème au niveau de l’attelage, le boîtier électronique était défaillant. Le SAV a eu un peu de mal à identifier la cause, mais à partir de là, il n’a fallu que trois jours pour recevoir la pièce. Ils veulent être réactifs et sont très à l’écoute ».
Des arrêts différents
Reçue il y a environ quatre mois, la BYD Seal de Christian totalise déjà plus de 10 000 km au compteur : « En plus des trajets pour aller au bureau, rendre visite aux clients, cette voiture électrique sert aussi pour les week-ends et les vacances. Avec notre petite de trois ans, nous sommes allés avec la Seal dans l’est de la France. La plus longue distance parcourue à la journée à été de 650 km, et ça s’est bien passé. Pour moi, le trajet fait entièrement déjà partie du voyage. Déjà en thermique, je roulais à 120 km/h : c’est moins fatigant et je tiens à mon permis pour conserver mon boulot ».
Une habitude qui perdure avec l’électrique : « Je m’arrête après deux à trois heures de conduite. En roulant à 115 km/h sur l’autoroute, ça passe sans problème grâce à la capacité de 83 kWh bruts de la batterie. Dans ces conditions de roulage et avec une météo favorable, j’observe une consommation moyenne de 19 kWh/100 km. En partant avec une batterie pleine de la maison, J’ai facilement une autonomie de 350 km. Avec l’appli, je relève une conso moyenne de 15,5 kWh sur les 10 000 km. Au tableau de bord, je n’ai la conso que sur les 50 derniers kilomètres ».
Les arrêts sont un peu différents avec l’électrique : « Les pauses sont un peu plus longues, mais avec ma fille ce n’est pas un problème. Quand je roulais en thermique, je pouvais les corréler en fonction du sommeil de la petite, alors que maintenant je m’arrête quand j’ai besoin de recharger. Ce n’est cependant pas un sujet pour moi. Sur les grands axes, quand je suis en dessous de 20 % d’énergie dans la batterie, je ressens une certaine appréhension. Je descends rarement en dessous ».
Sélection des lieux de recharge
Changement aussi d’habitudes quand les longs trajets sont effectués pour rendre visite à un client éloigné : « Environ 90 % de mes clients sont dans mon périmètre, et, là, brancher à la maison suffit. Pour ceux au-delà, j’ai pris l’habitude de transformer les recharges en temps de travail. Je traite mes e-mails : ça me fait du travail en moins quand je suis le soir à la maison. Pour mes arrêts, je n’utilise pas de planificateur ».
A ce sujet, Christian n’a pas vraiment changé ses habitudes : « Comme avec mes thermiques, je recherche moi-même des lieux d’arrêt commodes, par exemple avec des toilettes, de quoi prendre un café et se dégourdir les jambes. Et pour la recharge, je n’écarte aucun opérateur en particulier, mais je fais attention aux tarifs. C’est pourquoi je privilégie les réseaux de la ChargeLeague [NDLR : Atlante, Electra, Fastned et Ionity]. J’aime bien les stations couvertes de Fastned qui ont permis lors des canicules cet été de pouvoir se mettre à l’ombre ».
Concernant l’électrique en général, « je n’ai pas l’intention de retourner en arrière, et j’essaye même de convaincre ma compagne d’y passer. J’ai déjà complètement oublié ce temps de chauffe que je me devais de respecter avec les moteurs diesel après un démarrage à froid. Je n’ai jamais eu le pied lourd sur l’accélérateur, mais j’aime beaucoup la conduite d’une électrique dans les territoires avec des dénivelés et des virages ».
Un prochain VE européen ?
Christian ressent de grosses différences concernant le comportement routier de sa BYD Seal : « C’est une voiture qui pèse plus de deux tonnes. Sa précision de conduite n’est pas au niveau de celle des thermiques européennes. Le style de la Seal, c’est plutôt celui d’un paquebot avec un peu de gîte d’un côté ou de l’autre. Le comportement de la Mercedes CLA est très différent, plus précis. Dans certaines conditions, j’appréhende un peu les réactions de la Seal et dois faire davantage attention à ma conduite ».
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Notre lecteur compte conserver quelques années sa première voiture électrique : « Entre trois et cinq ans, probablement. En matière d’automobile comme ailleurs, il n’y a pas un bon produit universel. Il y a plutôt un bon produit pour une utilisation et pour une personne. De plus en plus de gens pensent que c’est tout blanc ou tout noir. Je ne suis pas extrémiste dans un sens ni dans l’autre. Il faut savoir prendre en compte la politique des petits pas. Certaines personnes, lorsqu’elles sont face à un mur, vont tout simplement omettre le mur ».
En disant tout cela, l’électromobiliste normand pense en particulier à l’origine de sa voiture électrique : « Pour des raisons politiques, je ne me vois pas forcément reprendre un modèle chinois. Je ne veux pas laisser croire que je me moque des questions que soulève l’arrivée des produits chinois chez nous. Privilégier un pourcentage plus ou moins important de produits européens, français et même locaux, c’est déjà faire attention à ce que l’on consomme. Pour ma prochaine voiture électrique, j’aimerais pouvoir choisir une origine européenne ».
Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Christian pour son excellent accueil, sa réactivité et son très intéressant témoignage proposé après notre appel à retours d’expériences auprès de nos lecteurs.
Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.
Avis de l'auteur
En raison des réflexions ouvertes et tolérantes qu'il livre sur les hybrides rechargeables et les voitures électriques chinoises, ce témoignage diffère pas mal de ceux que nous publions habituellement. Ce sont deux sujets très délicats, mais Christian a su trouver les mots pour éviter les positions extrêmes et dire en quoi elles peuvent être au final dommageables. L'image du mur... En dehors des polémiques, l'électromobiliste normand met en avant un personnel chez BYD qui sait se montrer accueillant, disponible et soucieux de résoudre les problèmes rencontrés sur les véhicules de la marque. C'est en tout cas l'image qu'il retire de la concession dans laquelle il s'est rendu. Les propos de notre lecteur ont condensé dans un seul article bien des questions qui peuvent se poser à l'achat d'une voiture électrique dans des contextes géopolitiques compliqués et une grande urgence climatique : hybride rechargeable ou pas ? Voiture électrique chinoise ou pas ? Quelle part donner aux questions concernant la politique, les tarifs, le rapport qualité/prix/prestations, l'accueil des commerciaux, l'efficacité du SAV, etc. Les réponses seront au final très différentes selon les sensibilités de chacun. Sans souplesse ni ouverture, les groupes ne peuvent qu'opposer leurs forces, créant un ralentissement qui sera forcément préjudiciable à la fin.
Philippe SCHWOERER