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TÉMOIGNAGE. "On est déjà aux rations d’hiver" : avec la sécheresse et sans herbe, les éleveurs Tarnais au bord du gouffre

l'essentiel Dans le Tarn, la sécheresse persistante depuis le printemps contraint les éleveurs à puiser dans leurs réserves hivernales pour nourrir le bétail. La situation pourrait s'aggraver avec un automne sec annoncé, mettant en péril l'équilibre économique des exploitations locales. Voici tout ce qu'il faut savoir.

Il suffit de voir la couleur des champs pour mesurer l’ampleur du manque d’herbe. Les bêtes n’ont plus rien à manger dans le département. "Il n’y a rien qui pousse depuis la fin du printemps. On est déjà passé aux rations d’hiver", indique Christophe Rieunau, éleveur de veau d’Aveyron et du Ségala à Sainte-Gemme. Sur son exploitation, dès début juin, il a fallu compléter les rations.

Or, une mauvaise alimentation peut avoir des répercussions importantes chez les bovins : baisse de la production de lait, mauvais développement chez les races à viande… "On parle beaucoup de bien-être animal. Mais la première chose, c’est d’avoir l’alimentation qui correspond à leurs besoins. C’est notre premier travail", rappelle l’éleveur.

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Un manque d’herbe à la fin de l’été n’est pas inhabituel dans le Tarn. Cette année, la particularité est que l’automne pourrait connaître la même situation. Les pâturages sont très dépendants de la pluie. Le mois d’août s’annonce très sec, donc il ne faudra pas compter sur la pâture d’automne.

"Il va falloir beaucoup de stock pour tenir jusqu’au printemps prochain. Maintenant, il va falloir anticiper huit à neuf mois d’alimentation", explique l’exploitant, également vice-président de la FDSEA.

Remettre en cause la rentabilité des exploitations

"Tout le monde n’a pas les mêmes stocks", prévient Christophe Rieunau. Il va donc falloir trouver de la ressource. Or, la sécheresse touche toutes les régions de l’Hexagone. Le tarif sera aussi une autre équation à résoudre. "Cela peut remettre en cause la rentabilité des exploitations. Le risque, c’est que les éleveurs enlèvent des animaux car c’est la trésorerie qui va les guider", commente l’agriculteur. Surtout que dans le même temps, les éleveurs sont confrontés à une baisse des prix du lait comme de la viande.

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Or, la grande majorité des exploitations d’élevage sont organisées autour de leur capacité à faire pâturer les animaux. Le pâturage présente plusieurs avantages. Dans certains systèmes herbagers, l’herbe peut représenter une très large part de l’alimentation, ce qui contribue à réduire le coût alimentaire.

Le Tarn dispose toutefois d’un atout : son système de polyculture permet à certains éleveurs de s’approvisionner auprès des céréaliers du département. Enfin, certaines exploitations diversifiées produisent elles-mêmes plusieurs types de ressources, ce qui réduit leur dépendance aux achats extérieurs.

"L’État est incapable de donner un cap"

Dans les années à venir, il faudra donc s’adapter pour que l’élevage survive dans nos régions. "La capacité à s’adapter existe. Mais ce qui est dommageable, c’est que l’État est incapable de donner un cap", regrette Christophe Rieunau.

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Et l’agriculteur de citer la fermeture de l’unité expérimentale de l’INRA de Carmaux en 2014 pour faire de sacro-saintes économies. "On a enlevé beaucoup à la recherche agronomique. On a très peu d’outils pour anticiper les besoins du territoire. C’est une faute énorme de l’État", assure-t-il.

Il conclut : "On n’a pas besoin de grands plans d’urgence, on a besoin d’anticiper, de trouver des solutions. Aujourd’hui, on a le sentiment qu’il y a une volonté générale de balayer les crises. On ne se donne pas les moyens d’anticiper".