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TEMOIGNAGE. "La possession reste excessivement rare" assure le prêtre exorciste des diocèses de Toulouse et Montauban

l'essentiel À Notre-Dame de Livron, commune de Caylus en Tarn-et-Garonne, l’abbé Pierre Pradel exerce depuis sept ans comme exorciste pour les diocèses de Montauban et Toulouse. Loin des clichés véhiculés par le cinéma, il raconte son parcours, le discernement nécessaire avant toute intervention et la réalité d’un ministère où la possession demeure, selon lui, un phénomène « excessivement rare ».

C’est une fonction souvent mystifiée, qui charrie avec elle son lot de clichés au travers de films à sensations. À Notre-Dame de Livron, commune de Caylus en Tarn-et-Garonne, l’abbé Pierre Pradel, 68 ans et natif de Tarn-et-Garonne, officie comme exorciste des diocèses de Montauban et Toulouse depuis sept ans. Il a accepté d’expliciter les enjeux et méthodes de sa mission.

Est-ce que s’engager dans les ordres toujours été une évidence pour vous ?

Je me suis posé la question à l’âge de 12 ans mais après j’ai voulu être vétérinaire. J’avais déjà cet attrait pour le monde rural mais je n’ai pas réussi le concours et je me suis orienté dans la réparation de produits électroménagers. Mais j’ai vite compris qu’il n’y avait aucun avenir pour moi et j’ai intégré un IUT pour devenir ingénieur. J’en suis ressorti avec la certitude que je n’étais pas fait pour le mariage et même si j’ai d’abord occupé un poste à EDF, j’ai intégré en parallèle le groupe de formation universitaire de Toulouse pour devenir prêtre. J’ai effectué mon entrée au séminaire en 1982 avant d’être ordonné à Revel en 1988. À ma demande, j’ai ensuite pris plusieurs ministères en zone rurale avant d’être rapatrié par l’archevêque Robert Le Gall au centre-ville de Toulouse pour diriger la maison diocésaine, m’occuper de plusieurs paroisses ainsi que des affaires financières. Lorsqu’il m’a dégagé des finances, il m’a alors proposé le ministère de l’exorcisme.

Un enfant exorcisé lui retourne le poignet

Le prêtre Pierre Pradel est catégorique : « Les cas de possession sont extrêmement rares ». En sept ans de mandat, il a été confronté à trois reprises à ces phénomènes, après avoir été sollicité par des familles de la région.

La plus marquante est peut-être celle d’un petit garçon de 3 ans, à Toulouse. « Pendant la célébration de l’exorcisme, on était sept juste pour le tenir. Pour autant, il a réussi à me retourner le poignet et j’ai dû subir une intervention en clinique par la suite. On l’a baptisé le dimanche d’après mais même après cela, des attaques ont perduré. Son instituteur avait d’ailleurs contacté sa famille pour lui signifier que le petit était ‘endiablé’. On a fini par comprendre que c’était sa propre grand-mère qui l’avait maudit sur fond de litige financier avec son fils, le père du petit garçon. Dès que cette dame est morte, tout a cessé », raconte l’abbé Pierre Pradel.

"Elle a réussi à fuir l’église alors que les portes étaient fermées à clé"

Celui qui reconnaît qu’il peut parfois éprouver de la peur - mais jamais de la panique - est également resté marqué par l’exorcisme d’une jeune femme qui tentait de se défaire d’une secte satanique. « Elle a réussi à fuir l’église alors que les portes étaient toutes fermées à clé. Lorsqu’on a compris qu’elle n’était plus là, toutes les portes étaient encore fermées à double tour », relève le recteur du sanctuaire de Notre-Dame-de-Livron.

Enfin, impossible d’oublier le cas de cette jeune femme qui a exigé 14 heures d’intervention. « La voix qui sortait de sa bouche était celle d’un homme qui m’a lancé : ‘Mais Pierre, c’est sa grand-mère qui me l’a vendue. Elle voulait honneur, argent et pouvoir. Et elle l’a eu.’ Dans ces cas-là, on réagit avec la grâce de Dieu. »

Quelle a été votre réaction ?

Je savais que le diable existait mais honnêtement, je n’y connaissais rien. J’ai pris trois mois pour me former auprès d’autres prêtres exorcistes de la région. Dans chaque diocèse, le premier exorciste, c’est l’évêque mais il a le droit de déléguer et c’est à lui que je rends des comptes. Parfois, je lui demande l’autorisation pour intervenir auprès d’une personne qui ne dépend pas du diocèse ou qui n’est tout simplement pas chrétienne. Un exorcisme engage toujours l’Eglise.

Quelle démarche faut-il effectuer ?

J’ai accepté que mes coordonnées apparaissent sur Internet. Il faut donc contacter mon secrétariat qui est tenu par une sœur qui est malvoyante, comme moi, mais qui possède un don de discernement. Elle voit le cœur des gens… Tout débute toujours par un entretien.

Notre-Dame de Livron, à Caylus, dont le pèlerinage est attesté depuis 960 et dont l’édifice actuel remonte principalement au début du XIVᵉ siècle.
Notre-Dame de Livron, à Caylus, dont le pèlerinage est attesté depuis 960 et dont l’édifice actuel remonte principalement au début du XIVᵉ siècle. DDM - GERALDINE JAMMET

Qui vous sollicite et pourquoi ?

C’est très variable. Soit c’est la personne elle-même qui ressent un mal-être, soit c’est elle qui est amenée par des membres de sa famille. Je rencontre des gens qui ont mal, qui sont blessés dans leur vie, qui souffre des conséquences posées par d’autres. Je pense notamment aux violences perpétrées dans l’enfance, qu’elles soient sexuelles ou pas. Certaines personnes ont touché à l’occulte, d’autres sont maudits par des proches qui leur veulent du mal. C’est le principe de la malédiction : quand le démon parle, qu’on l’écoute et qu’il entre en action. Le malin a toujours les mêmes armes : l’avoir, le pouvoir et la volonté de se faire passer pour Dieu. Soit ces gens y ont succombé, soit ils ont été poussés dedans.

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Comment discerner ce qui relève du corps médical du champ d’action d’un prêtre exorciste ?

C’est la grande question. Au sein du ministère, on travaille toujours avec psychologue et psychiatre. Moi-même, j’ai passé un diplôme universitaire à la faculté de Montpellier sur les psychotraumatismes. C’est pour cela que le premier entretien est important : c’est à ce moment-là que je regarde ce que je peux proposer avec ma boîte à outils.

L'abbé Pierre Pradel reçoit les personnes qui le sollicitent à Toulouse, Montauban et Notre-Dame de Livron, à Caylus.
L'abbé Pierre Pradel reçoit les personnes qui le sollicitent à Toulouse, Montauban et Notre-Dame de Livron, à Caylus. DDM - GERALDINE JAMMET

Concrètement, comment se passe un exorcisme ?

Je suis toujours assisté d’un chrétien dans mes prières. En général, je commence par le sacrement de pénitence et de réconciliation, qui correspond à la confession. Je prononce aussi les prières de délivrance et de libération à la fois pour le mal qu’on a subi et celui qu’on a commis. Et quand on sent que le malin n’est pas loin, il faut distinguer les attaques des possessions.

Que signifie être possédé ?

C’est le démon qui a pris possession de tout votre être, votre pensée, votre désir. Mais c’est excessivement rare. En revanche, de nombreuses personnes sont victimes d’attaques. Et lorsque le phénomène est trop fort, je célèbre un exorcisme pour les cas les plus graves. En réalité, c’est le Christ qui intervient par la voix du prêtre pendant la prière imprécatoire. C’est à ce moment qu’on s’adresse à Satan pour lui ordonner de sortir.

À quelle fréquence pratiquez-vous l’exorcisme ?

Je reçois environ dix personnes par semaine à Toulouse, dix par mois à Montauban et entre 4 et 5 par semaine ici, à Notre-Dame de Livron. À la fin, je ne célèbre même pas cinquante exorcismes par an. Alors quand je vois ou qu’on me répète ce que relaient certains films sensationnalistes, je ne peux pas dire que c’est faux ni que c’est vrai. Mais au cinéma, il ramasse en un seul personnage tous les cas de figure de souffrance auxquels un prêtre peut être confronté. Pour ma part, je n’ai jamais vu de convulsions. En revanche, puisque c’est le Christ qui intervient par la voix du prêtre et qu’il fait bien les choses, j’estime qu’un seul exorcisme est nécessaire. Mais le plus important et ce que je retiens surtout, c’est le sourire de tous ces gens qui se sentent mieux après.