TÉMOIGNAGE. "Comme si j'étais possédé !" Capo-Ortega, légende du CO, raconte sa "descente aux enfers" et son combat contre les addictions
l'essentiel Après une carrière grisante au sommet du rugby, Rodrigo Capo-Ortega a connu deux années de descente aux enfers sur lesquelles il revient aujourd'hui dans un livre. La légende du Castres olympique y raconte sa dépression, ses addictions ainsi que sa patiente reconstruction. Aujourd'hui, il a trouvé un nouveau sens à son existence : tendre la main à ceux qui, comme lui, ont perdu leurs repères.
"J’ai failli tout perdre." Rodrigo Capo-Ortega sait qu’il revient de loin. Celui que Castres a longtemps appelé "Super Capo" parle de ses fragilités sans détour, avec cette volonté de mettre des mots là où ça fait mal. C'est le sens de "Rugby sous pression"*, le livre qu'il vient de publier avec Gilles Navarro, journaliste à L’Équipe. Un témoignage fort. Courageux.
"J'ai toujours été excessif"
"Capo", c’est une figure du Castres Olympique. L’Uruguayen a effectué l’essentiel de sa carrière sous le maillot bleu et blanc, disputant plus de 400 matchs avec le club et remportant deux titres de champion de France, en 2013 et 2018. Mais derrière les trophées, les plaquages et l’image du guerrier, il y avait un homme fragile, qui s’est longtemps construit un personnage. "J'ai toujours été excessif. Avec du recul, ma première addiction, c'était le rugby."
Pendant ses 20 ans de carrière (2000-2020), les journées étaient rythmées par les entraînements, les matchs, les vestiaires et cette adrénaline qui donnait un sens à tout. "Je me levais tous les matins en disant, super, je vais jouer au ballon." Jusqu'à ce que tout s’arrête. Brutalement.
"Je me sentais vide"
Sa dernière saison, en 2019-2020, est interrompue par la pandémie de Covid-19. La LNR suspend le Top 14 en mars avant d’acter définitivement l’arrêt de la compétition, sans champion cette année-là. Pour Capo, c’est une fin sans phase finale, sans tour d’honneur, sans hommage du public. Il n’a pas eu la sortie qu’il avait imaginée. Il en gardera une profonde blessure.
"J’ai joué mon dernier match, sans savoir qu'il le serait", déplore l'ancien deuxième ligne, rapidement submergé par la mélancolie. D'abord des coups de blues, de plus en plus rapprochés, puis une profonde dépression. "Je me sentais vide, tout le temps fatigué."
Peu à peu, il s’éloigne des autres, se lamente sur son sort, cherche un exutoire. C'est alors qu'arrivent les addictions. La boisson d'abord, puis d'autres substances. Une tentative désespérée de retrouver cette adrénaline qui lui fait tant défaut. "Tu penses que c’est la solution, mais ça ne fait que démultiplier le problème". Le champion se retrouve prisonnier d’un engrenage qu'il ne maîtrise plus. "C'est comme si j'étais possédé!"
Le déclic
Jusqu’à cette nuit de novembre 2022. Une soirée arrosée, une dispute avec sa femme, des coups de poing dans les murs. Sa compagne se réfugie à l’étage avec les enfants. Sa belle-famille appelle les secours. L’ambulance l’emmène. Il croise le regard des infirmiers, témoin de sa déchéance. Ils l'ont reconnu. Ce sera le point de bascule.
"Ça a été le déclic. Ce jour-là, j’ai commencé à accepter l'idée que j’étais malade". Commence alors un autre combat. D'une autre nature. Cette fois, pas celui que Capo connaît depuis toujours, où il faut encaisser, repartir, être fort, ne rien montrer. Un combat où il faut demander de l'aide, et accepter de se soigner. Avec le soutien de sa femme, Julie, et de leurs deux enfants, il accepte de se rendre dans une clinique, au château de Longues-Aygues pour démarrer son sevrage.
"Mon plus grand mensonge"
Sobre depuis 2023, il conserve un regard prudent sur sa rémission. "On n’est jamais vraiment guéri. C’est un travail qu’on doit faire tous les jours". Mais il a retrouvé le goût des choses. Et surtout, il a trouvé du sens à sa nouvelle vie : celui de partager son expérience, d'accompagner les autres pour éviter qu'ils ne reproduisent les mêmes erreurs.
En partenariat avec la Ligue, il intervient également dans les clubs professionnels et les centres de formation, pour sensibiliser les joueurs aux questions de santé mentale et aux défis de l'après-carrière. Son message est simple : il faut savoir abandonner son costume de guerrier. "Moi, je me voyais en super-héros. C’est le plus grand mensonge que je me suis raconté", regrette l'ancien capitaine du CO. Aujourd'hui, ce costume est bel et bien raccroché. Une nouvelle vie peut commencer.