Telegram : Pavel Durov placé sur la liste des terroristes recherchés par la Russie
Les autorités russes ont annoncé ce jeudi 30 juillet l’ajout de Pavel Durov, fondateur et CEO de Telegram, sur la liste des « terroristes et extrémistes », comme rapporté par Meduza.

C’est le Rosfinmonitoring, organisme des autorités russes dédié à la surveillance des flux financiers, qui a ajouté le fondateur de Telegram à cette liste noire de Moscou. Le FSB (services secrets russes, descendants du KGB) a annoncé la veille accuser Pavel Durov de complicité d’activité terroriste, et qu’il était désormais placé sur une liste de personnes recherchées à l’international.
Mais pourquoi cette décision au final ? Les autorités russes reprochent à Pavel Durov de faire la sourde oreille à leurs exigences, notamment concernant le retrait de chaînes Telegram qu’elles accusent d’être utilisées par les services secrets ukrainiens pour recruter de nouveaux membres. Elles estiment également que ces chaînes servent à coordonner des attaques physiques (attentats, sabotages ou « crimes de masse ») ainsi que des opérations numériques (piratage, fraude en ligne ou détournements). Selon ces mêmes autorités, les actions utilisant Telegram pour se synchroniser auraient coûté « de nombreuses vies humaines incluant des femmes et des enfants », ainsi que des « dommages matériels se comptant en milliards ».
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Ces accusations valent à Pavel Durov la possibilité, s’il était capturé par les services russes, d’écoper d’une peine de prison à perpétuité. Concernant les utilisateurs de Telegram, en revanche, les choses ne changent pas… pour le moment.
En effet, bien que le député Andrei Svintsov, responsable de la législation des communications informatiques de la Douma (chambre basse russe, équivalente à l’Assemblée nationale) a mis en garde sur la possibilité de classer l’utilisation de Telegram Premium ou l’achat de la cryptomonnaie TON utilisant Telegram comme aide au terrorisme, Ekaterina Mizulina (directrice de la Safe Internet League, ainsi que membre de la Chambre civique de la Fédération de Russie) a de son côté rassuré en rappelant que le placement de Pavel Durov sur la liste des personnes recherchées pour terrorisme ne mettait pas automatiquement sur la même liste Telegram et ses fonctions.
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Cependant, l’utilisation de ce réseau social est de plus en plus complexe en Russie depuis l’été 2025, le Roskomnadzor ayant bloqué ou fortement restreint sur la quasi-totalité du territoire les accès à Telegram, au point qu’il n’est quasiment plus possible de l’utiliser sans un VPN… VPN qui sont eux aussi de plus en plus réglementés, voire bannis.
Reste que l’État russe pourrait difficilement décider de criminaliser l’utilisation de Telegram : si les forces ukrainiennes l’utilisent en effet, c’est aussi le cas de nombreux pans de l’organisation russe, y compris concernant les opérations en cours contre l’Ukraine. L’utilisation va jusqu’à envoyer les cibles aux drones de l’armée russe par l’intermédiaire du réseau social.
Telegram est installé jusqu’au sommet de l’État, au point que le media Verstka a rappelé avec ironie qu’Andrei Svintsov lui-même était utilisateur et abonné à Telegram Premium, ainsi qu’Andrei Lipov (chef du Roskomnadzor), Maksut Shadayev, responsable au ministère du développement numérique, ou encore Vladimir Kirienko, CEO de VK. Les dirigeants russes se retrouvent face à une question classique, mais épineuse : comment bloquer et criminaliser un outil utilisé à la fois par l’ennemi, mais aussi par une partie de son propre appareil d’État ?