Tarifs : les clients d’ici ont-ils encore soif d’alcools américains?
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Le retour possible de l’alcool américain sur les tablettes canadiennes est l’un des éléments clés des négociations en vue de conclure un accord avec Washington pour échapper aux nouveaux tarifs de 50 % du président Trump. Quels seront les effets d’un tel retour si les provinces obtempèrent à la demande du premier ministre Mark Carney?
L’absence des produits américains sur les tablettes a été profitable aux distillateurs québécois : les produits d’ici ont eu plus de place sur les tablettes, admet d’emblée Francis Delage, fondateur et copropriétaire de la distillerie Cherry River à Magog. Ça nous a permis de séduire le consommateur.
Même si cet avantage temporaire pourrait toucher à sa fin, l’opération charme se poursuivra, croit M. Delage. On a confiance aujourd’hui que ce consommateur qui a essayé des produits québécois va demeurer avec son choix, affirme M. Delage, tout en admettant que certains puissent retrouver de vieilles habitudes.
Ses produits risquent d’occuper moins d’espace dans les succursales de la Société des alcools du Québec (SAQ), mais le copropriétaire de la distillerie Cherry River se réjouit tout de même de la conclusion d’un accord commercial avec les États-Unis. C’est bon pour l’ensemble des industries touchées par les tarifs que l’incertitude disparaisse, explique-t-il.
Si les produits américains reviennent sur les tablettes, il nous faudra d’autres canaux de vente ou de distribution pour les produits locaux, comme le commerce interprovincial, soutient de son côté Samuel Gaudette, cofondateur de la Distillerie Comont à Bedford. Les consommateurs sont friands de nouveaux produits, et comme ça fait un moment que les produits [américains] ont été retirés, pour eux, ça va être très nouveau.
Toutefois, le retour des produits américains sur les tablettes de la SAQ n’est pas encore chose faite. On attend le feu vert du gouvernement, il n’y a pas encore de directives, affirme Linda Bouchard, attachée de presse de la société d’État.
Au lendemain de l'entretien téléphonique de Mark Carney avec les premiers ministres provinciaux, Christine Fréchette dit avoir obtenu certaines réponses de M. Carney sur le projet d'accord avec les États-Unis, mais aucun commentaire n'a été fait concernant la vente d'alcool.
Dans les succursales qui les ont en stock, certains produits américains pourront revenir assez rapidement sur les tablettes, mais les produits locaux auront encore leur place, assure la SAQ.
L’alcool américain a été retiré des étagères dans toutes les provinces canadiennes en février 2025. En juin de la même année, l'Alberta et la Saskatchewan ont recommencé à le vendre malgré les tarifs douaniers.

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Le reportage de Camille Kasisi-Monet
Un lent retour à la normale en vue
Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’ils seront de nouveau disponibles que les vins et alcools américains retrouveront du jour au lendemain la part de marché qu’ils occupaient avant.
Bien sûr, certains consommateurs qui attendent avec impatience le retour de leur boisson préférée n’hésiteront pas à s’en procurer, mais la décision des provinces a été fortement appuyée par la population et celle-ci pourrait continuer à éviter d’acheter ces produits pendant un bon moment. Selon Jacques Nantel, professeur émérite à HEC Montréal, le mouvement de boycottage finira par s’estomper, mais cela pourrait prendre deux, trois, quatre ans.
M. Nantel soutient que les grandes marques américaines vont certainement vouloir retrouver l’espace tablette qu’elles occupaient avant février 2025 et sont susceptibles d’offrir des soldes à tout casser à la levée du boycottage.
Un coup dur pour l’industrie américaine de l’alcool
Les interdictions de vente au Canada ont piqué au vif les Américains. Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, les a qualifiées de scandaleuses, alors que l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, a déclaré qu’elles constituaient l’une des raisons pour lesquelles Donald Trump considérait le Canada comme un pays méchant.
Ce n’est pas un hasard si le retour de l’alcool américain faisait partie des incontournables de Donald Trump dans la négociation. La mesure a fait mal à l’industrie américaine.
En mai dernier, le président et chef de la direction du Distilled Spirits Council of the United States, Chris Swonger, a déclaré à l’émission Power and Politics de la CBC : Nous défendons avec force notre cause auprès de l’administration Trump dans l’espoir de trouver un terrain d’entente.
Le Wall Street Journal rapportait plus tôt cette semaine que le Distilled Spirits Council of the United States estime que les exportations de spiritueux américains vers le Canada ont chuté de 70 % d’une année à l’autre, pour s’établir à 60 millions de dollars entre mars et décembre 2025, contre 203 millions de dollars au cours des mêmes mois de 2024.
En juin, toujours selon le Wall Street Journal, Lawson E. Whiting, chef de la direction de Brown-Forman – le fabricant de marques telles que le Jack Daniel’s –, a déclaré que les ventes nettes au Canada avaient chuté de 60 % en 2025.
Le Canada est aussi le plus grand acheteur de vin américain, mais les exportations vers le Canada ont chuté de 77 %. Elles sont passées de 460 millions de dollars en 2024 à 103 millions de dollars en 2025, selon les données du ministère américain de l’Agriculture.
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Avec les informations de Wall Street Journal