Taïwan ne dispose pas de satellites et dépend de câbles sous-marins pour communiquer: le Parlement veut ouvrir la voie à une collaboration avec Starlink de SpaceX
Taïwan ne dispose pas de satellites et dépend de câbles sous-marins pour communiquer: le Parlement veut ouvrir la voie à une collaboration avec Starlink de SpaceX
Publié aujourd'hui à 07h41
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Starlink - Photo par SAMUEL BOIVIN / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
La loi impose aujourd'hui aux opérateurs télécom d'avoir un président taïwanais et limite la participation étrangère à 49%. Les députés souhaitent la modifier pour permettre un processus d'examen au cas par cas, qui pourrait faire exempter des entreprises comme Starlink.
Le Parlement taïwanais prévoit d'amender, ce vendredi 16 juillet, une loi pour permettre à Starlink de développer son réseau Internet par satellites sur l'île afin de diversifier et sécuriser ses moyens de communication en cas de conflit avec la Chine.
Pékin considère Taïwan comme partie intégrante de son territoire et n'exclut pas de recourir à la force. Le gouvernement actuel de Taipei estime au contraire que l'île est un Etat souverain. Taïwan ne dispose pas de satellite en orbite et dépend de câbles sous-marins pour se connecter au reste du monde.
"Pour le dire clairement, si un conflit éclatait entre les deux rives du détroit et que le PCC (Pékin) coupait tous les câbles sous-marins de Taïwan (...) Taïwan se retrouverait en théorie sans aucun moyen de communiquer avec le monde extérieur", a expliqué le député du Kuomintang (KMT), le principal parti d'opposition, Huang Chien-hao.
Starlink, utilisé par Washington contre l'Iran
L'opérateur taïwanais Chunghwa Telecom a conclu des accords avec des entreprises de satellites étrangères pour prendre le relais en cas de guerre ou de catastrophes naturelles, mais pas avec Starlink. L'entreprise d'Elon Musk domine le secteur des communications par satellites, avec des milliers d'engins en orbite et des activités dans des dizaines de pays.
"Nous avons également constaté, lors des récents conflits, notamment la guerre entre l'Iran et les Etats-Unis, la guerre entre l'Ukraine et la Russie, ainsi que lors des premières manifestations en Iran, qu'une grande partie des informations parvenues au monde extérieur avait été transmise via le satellite Starlink", a observé Huang Chien-hao. Au plus fort de la répression à Téhéran, Washington aurait en effet fait rentrer clandestinement des milliers de terminaux Starlink pour connecter l’Iran et les manifestants au reste du monde.
L'entreprise n'a pas manifesté à ce stade d'intérêt particulier pour le marché taïwanais, mais les parlementaires veulent supprimer les obstacles légaux à son implantation.

10 000 satellites en orbite pour Starlink – 18/03
27:19
Une dépendance trop marquée?
La loi impose aujourd'hui aux opérateurs d'avoir un président taïwanais et limite la participation étrangère à 49%. Les députés souhaitent la modifier pour permettre un processus d'examen au cas par cas, qui pourrait faire exempter des entreprises comme Starlink.
Les modifications ont déjà été approuvées par une commission parlementaire, avec le soutien du KMT et du Parti populaire de Taïwan (TPP) - qui contrôlent le parlement - et du Parti démocrate progressiste (DPP) du président.
"Taïwan devrait pouvoir se connecter à n'importe quelle constellation de satellites, car c'est un endroit qui a plus que tout besoin d'une connexion Internet suffisante pour garantir notre sécurité", a estimé le député du KMT Ko Ju-chun.
Mais certains mettent en garde contre une dépendance trop marquée à Starlink, après qu'Elon Musk a admis avoir bloqué une attaque ukrainienne contre un navire russe en coupant l'accès à Internet. Le milliardaire entretient d'importants liens commerciaux avec Pékin et a déclaré que Taïwan devait faire partie de la Chine, suscitant la colère sur l'île.
Selon Huang Chien-hao, le gouvernement devrait conclure des accords avec Starlink pour assurer la continuité de ses services "en cas de catastrophes ou d'urgences".
"La décision finale resterait un choix commercial de SpaceX"
Mais ces changements législatifs pourraient ne pas suffire pour susciter l'intérêt de l'entreprise. "L'amendement lèverait un obstacle juridique majeur, mais la décision finale resterait un choix commercial qui reviendrait à Space X", estime Cathy Fang, analyste politique à l'Institut de recherche pour la démocratie.
"Les opérateurs devraient tout de même se pencher sur les questions d'accès au spectre, d'infrastructures au sol, de déploiement des terminaux, de cybersécurité et de gouvernance des données, ainsi que sur la taille du marché et la viabilité commerciale", a déclaré Cathy Fang à l'AFP.
Starlink a indiqué au gouvernement que son intérêt pour le marché taïwanais n'était "pas particulièrement élevé", a reconnu lundi le ministre des Affaires numériques, Lin Yi-jing.
La couverture de la population taïwanaise par la 4G et la 5G dépassant déjà 99,9%, Starlink estime que "le potentiel commercial est limité" sur ce marché, a-t-il précisé.
Mais le président de Chunghwa Telecom, Alex Chien, a assuré mardi que la société taïwanaise était disposée à devenir "l'agent exclusif" de Starlink ou à former une coentreprise. "Nous n'excluons aucune possibilité. Tout dépend de la partie adverse", a-t-il déclaré.