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"T'as beau être élu, t'es une merde comme les autres" : en marge des blocages des lycées, des policiers prennent à partie des élus locaux

À Tours et Orléans, être élu ne protègerait-t-il plus d'être pris à partie, chargé et matraqué ? Un maire, un conseiller municipal et un député en ont fais les frais, alors qu'ils se rendaient sur des lieux de blocage pour jouer leur rôle traditionnel de médiation entre manifestants et forces de l'ordre.

Lorsqu'en manifestation le dialogue se tend, ou risque de se rompre, les personnalités politiques locales jouent traditionnellement le rôle de médiateurs : communiquer avec la police, désamorcer les actes de colère du côté des manifestants et permettre aux services de secours, le cas échéant, de fonctionner. C'est dans cette optique que le conseiller municipal Jonathan Bruneau affirme s'être rendu, dans la matinée du 1er octobre, au lycée Voltaire d'Orléans, dans le quartier de la Source.

Sur place, les lycéens ont organisé un blocage, notamment pour demander de meilleures conditions de scolarité, le remplacement de leurs enseignants, et des classes moins chargées. Des revendications largement accompagnée par les syndicats enseignants.

"J'étais sur le blocus depuis 7h45", a expliqué l'élu à Ici Centre-Val de Loire TV (France 3). "On avait décidé avec notre groupe au conseil municipal de se répartir sur plusieurs établissements pour s'assurer que tout se déroule bien." Comme ailleurs, des individus extérieurs à la manifestations, que l'élu qualifie "d'éléments perturbateurs", viennent, masqués, renverser des poubelles et lancer des projectiles.

Sous les jets de gaz lacrymogène, élus, enseignants et médiateurs employés par la commune tentent d'empêcher les choses de s'envenimer, notamment en confisquant ce qui pourrait servir d'arme. Malgré leurs efforts, une poubelle s'enflamme. "On a essayé de demander un extincteur au lycée, qui n'a pas pu nous en fournir, alors on a appelé les pompiers", indique Jonathan Bruneau. "Les policiers, eux, n'ont pas bougé."

Pour intervenir, les pompiers ont besoin que le passage soit libéré. Alors l'élu et des enseignants tentent de communiquer avec les unités de police (appartenant visiblement aux CDI ou CSI) déployées en marge du blocage, pour assurer le retrait en bon ordre des adolescents. Les policiers, eux, décident de charger sans attendre. Peut-être en raison d'un malentendu ? L'un d'eux lâche "de toute façon, on va passer", alors que la conversation visait justement à dégager le passage. Le groupe d'adultes s'interpose, formant une chaîne de cinq ou six personnes immobiles devant le groupe de policiers, qui précèdent le camion des pompiers.

Sur une vidéo diffusée par Instagram, un officier de police, à visage découvert, s'approche de l'élu municipal. "Il m'a attrapé par l'épaule et il m'a dit 't'as beau être un élu, t'es une merde comme les autres'", se souvient Jonathan Bruneau. Le conseiller rappelle le policier à l'ordre et demande à voir son RIO, dont le port visible est obligatoire, afin de déposer un signalement. La réponse, également capturée en vidéo : un doigt d'honneur.

Un policier adresse un doigt d'honneur à un élu à Orléans. • © Capture d'écran Instagram / Infogaucho

Au moins deux vidéos, capturées sous deux angles différents, montrent la charge en elle-même, tout comme les plans tournés sur place par l'équipe d'Ici Centre-Val de Loire TV. Plusieurs policiers bousculent l'élu et le groupe dont il fait partie. Entouré par les forces de l'ordre, ce dernier est projeté au sol. Sur les plans tournés par notre équipe, le policier, le même qui avait fait un doigt d'honneur plus tôt, passe clairement sa jambe derrière celle de l'élu, à mi-mollet, provoquant sa chute. Jonathan Bruneau est également frappé par un coup de matraque dans le dos, et juste après s'être relevé, il est la cible d'un projectile venu des émeutiers. Ce 2 octobre, un médecin lui a prescrit deux jours d'ITT, et l'élu confirme qu'un dépôt de plainte est en cours.

L'épisode, pour être particulièrement chaotique, n'a rien de banal. Au cours de la journée du 1er octobre, vidéos et témoignage abondent d'élus qui, venus calmer le jeu entre manifestants et policiers, font les frais de leur tentative. À Tours, le maire Emmanuel Denis et le député Charles Fournier (tous deux membres du parti Les Écologistes) se sont retrouvés "pris en sandwich" par une charge policière, comme l'a relaté Ici Touraine. Les deux élus s'étaient rendus sur un site de blocage pour tenter de calmer le jeu, alors qu'un jeune avait été grièvement blessé au visage la veille, le 30 septembre, et que quatre policiers ont été blessés dans la matinée du 1er octobre près du lycée Grandmont.

Au moment de la charge, raconte Charles Fournier, les deux élus étaient en pleins pourparlers avec les lycéens et... un commandant de police. "Là, on était en train de discuter avec eux et avec le commandant de la police, pour tenter de les faire passer", a confié l'élu à Ici Touraine. Le commandant s'absente brièvement pour aller chercher des ordres. "Malheureusement, dans le même temps, il y a eu un ordre de donné de charger. Ils ont chargé les jeunes et ils nous ont chargés aussi, et ça s'est mal passé." La situation, craint le député "est en train de déborder". "Je pense qu'on doit pouvoir gérer l'ordre autrement."

Dans un communiqué publié le 30 septembre, le maire a redoublé les appels aux calme, tout en questionnant "la doctrine française de maintien de l'ordre" et son évolution qui contraste, selon lui, avec "celle engagée dans plusieurs pays européens, qui ont davantage privilégié la désescalade, le dialogue et la communication avec les manifestants".

Contactée par mail par Ici Centre-Val de Loire (France 3), la préfecture du Loiret n'a pour le moment pas été en mesure d'expliquer les raisons de la charge ordonnée au lycée Voltaire, ni les événements qui ont conduit aux violences visant Jonathan Bruneau.