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Érigé en arbitre sur le retour l’acétamipride, l’Anses a déjà rendu un avis (qui ne plaira à personne)

Environnement 21/07/2026 17:46 Actualisé le 21/07/2026 18:37

Invitée à trancher le débat sur la réintroduction de pesticides controversés, l’agence sanitaire avait déjà rendu un avis qui a de quoi faire grincer des dents le camp du pour comme celui du contre.

Érigé en arbitre sur le retour l’acétamipride, l’Anses a déjà rendu un avis (qui ne plaira à personne). (photo d’illustration)

boonchai wedmakawand via Getty Images

Érigé en arbitre sur le retour l’acétamipride, l’Anses a déjà rendu un avis (qui ne plaira à personne). (photo d’illustration)

EN BREF
Le projet de loi agricole prévoit de donner à l’Anses le pouvoir de réautoriser ou pas les pesticides comme l’acétamipride et le flupyradifurone.
Un rapport antérieur de l’Anses autorise l’acétamipride, mais pointe des préoccupations sur sa toxicité pour l’environnement et la santé humaine.
L’Anses n’aura que deux mois pour statuer, un délai jugé très court, y compris par la ministre de l’Agriculture.

L’IA au HuffPost.

La parole à « la science » ? Le débat sur la réintroduction de deux pesticides controversés, l’acétamipride et le flupyradifurone, devrait passer du Parlement à l’Anses. Cet établissement public s’appuie sur l’expertise de scientifiques pour rendre (entre autres) des avis sur les produits phytosanitaires autorisés sur le territoire, notamment les « biocides » utilisés dans l’agriculture.

Le projet de loi d’urgence agricole, dont l’adoption définitive est prévue ce mardi 21 juillet, replace l’organisme sous le feu des projecteurs. Pour le défendre, y compris face aux députés du bloc central, la ministre de l’Agriculture Annie Gevenard met en avant le fait que le texte ne réintroduit pas en tant que tel l’acétamipride et le flupyradifurone mais permet à l’Anses de les autoriser. « C’est la science qui décide » et que « ce n’est pas le politique qui arbitre ». L’Anses aura deux mois pour se prononcer et elle ne recevra « pas de pression du pouvoir politique », a-t-elle assuré sur France Inter.

Le son de cloche est le même du côté de Sébastien Lecornu, qui s’est fendu d’un tweet en forme de bilan ce mardi matin. Le texte « remet la science au cœur de la décision », a affirmé le Premier ministre selon qui l’Anses pourra décider de « dérogations » après avoir « appréci[é] les situations au cas par cas et sur des bases scientifiques ».

L’Anses a déjà donné son feu vert à certains pesticides…

L’agence sanitaire nationale s’est en réalité déjà prononcée par le passé sur la question de l’acétamipride et son avis pourrait bien déplaire à l’ensemble des parties. La conclusion rendue en novembre 2022 par l’Anses sur le « produit biocide TECHNIVERT », qui comprend « 2 % d’acétamipride » reconnaît l’efficacité de ce pesticide « destiné à la lutte contre les termites » et autorise son utilisation.

Cet aspect a de quoi rassurer les défenseurs de l’acétamipride, parmi lesquels de nombreux agriculteurs et le flanc droit de l’échiquier politique. Ils pointent la nécessité de protéger les cultures des « ravageurs » et assurent que le produit biocide ne représente pas de danger s’il est bien utilisé. Le sénateur LR Laurent Duplomb, auteur de la loi du même nom, avait même affirmé que les agences sanitaires auraient « démontré » son innocuité pour l’environnement et l’être humain – des propos qualifiés de « raccourci trompeur » par l’AFP en février dernier.

Peut-on dire qu’un rapport de l’Anses comme celui sur le TECHNIVERT signerait une victoire par KO pour les pro-acétamipride ? Pas vraiment non plus… L’agence ne nie pas la dangerosité du produit, également évoquée par ses détracteurs, dont de nombreux scientifiques et les plus de 2,1 millions de signataires de la pétition contre la loi Duplomb. Ils dénoncent le potentiel neurotoxique, voire génotoxique, de ce pesticide pour les êtres humains. Concernant l'environnement, ils pointent des effets tangibles et délétères sur les mammifères, les organismes aquatiques et les insectes, notamment les abeilles.

... mais pointe aussi la « forte toxicité de l’acétamipride »

Les conclusions de l’Anses sur le TECHNIVERT ne vont pas totalement dans leur sens puisque l’agence donne son feu vert, mais elles leur donnent du grain à moudre. Le rapport insiste sur l’importance capitale de respecter un certain nombre de règles d’utilisation, rappelant « la forte toxicité de l’acétamipride pour les organismes aquatiques et terrestres ». « Tout rejet vers le sol, les égouts, les plans d’eau ou cours d’eau doit être empêché », soulignait par exemple l’Anses.

Concernant la santé humaine, l’Anses qualifie « deux co-formulants » du TECHNIVERT – qui ne sont pas l’acétamipride – de « substances préoccupantes ». Les conclusions mentionnent par ailleurs « neuf co-formulants […] susceptibles de présenter une activité de perturbateur endocrinien », sans préciser si l’acétamipride en fait partie et en précisant que « les informations disponibles ne permettent pas de finaliser » une « évaluation » sur le sujet.

Dans un avis rendu en 2016, l’Anses mentionnait notamment que « les résultats [d’études] suggèrent une association entre l’exposition chronique aux néonicotinoïdes [auxquels appartient l’acétamipride] et des atteintes neurologiques ou neurodéveloppementales ». L’agence nuançait cependant, rappelant que ces articles font aussi état des « limites méthodologiques inhérentes » et évoque la nécessité de mener des « études épidémiologiques supplémentaires ».

Un délai trop court pour se positionner ?

Reste à voir dans quel sens conclura l’Anses cette fois-ci. Une chose est sûre : elle va être sous pression puisqu’elle n’a que deux mois pour se positionner. Un amendement soutenu par le gouvernement avait été déposé pour porter le délai à six mois, mais il n’a pas été adopté. « Rendre un avis robuste ne peut se faire dans la précipitation », avait soutenu Annie Genevard.

La question du délai est aussi épinglée par l’ONG Générations Futures, citée par l’AFP. « Non ce n’est pas “la science, la science, la science” comme l’ont répété les tenants du texte », a cinglé l’organisation qui décrit l’Anses comme « une agence sous pression politique ». Elle « ne pourra pas évaluer rigoureusement les dérogations » et « compte tenu du délai », insiste l’ONG.

D’après elle, il est « probable » que l’Anses « se positionne sur une dérogation d’urgence de 120 jours selon l’article 53 du règlement sur les pesticides ». Cette procédure ne nécessite pas « d’évaluation complète des risques », rappelle Générations Futures, mais elle ne permettrait pas vraiment de clore le débat comme le souhaitait le gouvernement.