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Sundgau. Après deux mois de travaux, la route des grenouilles entre Hirsingue et Wittersdorf retrouve sa vocation de chemin rural

Qu’on l’appelle « route des grenouilles », « rue de Hirsingue » ou « route touristique Wittersdorf-Hirsingue », le sujet reste le même : depuis le jeudi 16 juillet, cet axe qui relie les deux communes sundgauviennes et qui permet d’éviter Altkirch a été équipé de panneaux « sens interdit ». Seuls les exploitants agricoles et forestiers, les associations de pêche et de chasse et les véhicules d’urgence et de secours sont autorisés à y circuler. Les habitants des deux communes « demeurent tolérés », même s’ils sont « encouragés à emprunter les routes départementales » (D419 et D432).

« Cela n’a pas été une décision facile pour nous, mais elle est nécessaire », expliquent de concert les maires des deux communes concernées. « On comprend que les gens soient surpris ou frustrés. Tout le monde a ses raisons, personnelles, de passer par là pour gagner cinq minutes, mais nous, on voit le côté sécuritaire », avance Christian Grienenberger. Maire de Hirsingue depuis 2020, il a constaté « l’augmentation croissante du trafic » sur ce qui n’était qu’un chemin rural à son ouverture en 1962.

Du côté de Hirsingue, le chemin débouche sur la rue du Roggenberg, qui n’est « pas faite non plus pour voir passer autant de véhicules ».   Photo M.S.

Du côté de Hirsingue, le chemin débouche sur la rue du Roggenberg, qui n’est « pas faite non plus pour voir passer autant de véhicules ».   Photo M.S.

Pneus crevés et rétroviseurs arrachés

D’après un comptage réalisé dans le cadre d’une étude de sécurité commandée pour sa commune, il apparaît que cette route voit passer « jusqu’à 1 000 véhicules par jour ». À une vitesse visiblement pas toujours très réglementaire, avec son lot d’accidents et d’accrochages. « Les gens roulent comme des malades », a déjà remarqué Benoît Ackermann, le maire de Wittersdorf, qui reçoit régulièrement en mairie des demandes peu conventionnelles.

« On nous envoie les factures des pneus crevés sur les accotements… » « Ou celles de rétroviseurs cassés », témoigne le maire de Hirsingue, qui se souvient « d’accidents plus graves » ou de bus en mauvaise posture alors que la route a toujours été interdite aux plus de 3,5 tonnes…

On est conscient que c’est un changement d’habitude, mais ce chemin rural n’a pas vocation à devenir un axe de circulation desservant l’ensemble du Sundgau.

Les maires de Hirsingue et de Wittersdorf

Aussi, selon leurs constatations, le trafic particulièrement soutenu « détériore encore plus vite la chaussée ». Cette route « n’a jamais été conçue pour supporter une telle fréquentation et la couche de macadam n’est pas calibrée pour le passage d’autant de véhicules », insistent les deux maires qui ont fait refaire ces deux derniers mois une partie de la chaussée pour sécuriser les accotements et corriger les nids-de-poule. La route étant communale, elle est entièrement à leur charge, éligible à aucune subvention.

La commune de Wittersdorf a fait refaire la chaussée à plusieurs endroits ces deux derniers mois.   Photo M.S.

La commune de Wittersdorf a fait refaire la chaussée à plusieurs endroits ces deux derniers mois.   Photo M.S.

Des travaux financés par les deux communes

Pour Wittersdorf, qui a plus de la moitié du chemin sur son ban communal, la facture s’est élevée à plus ou moins 25 000 €. À Hirsingue, la municipalité bloque chaque année dans son budget une enveloppe de 20 000 € pour l’entretien courant de cette route. « Et on y arrive à chaque fois sans problème », affirme Christian Grienenberger, qui déplore par ailleurs la présence de nombreux déchets aux abords de la chaussée… « Qu’il manque une route, on l’entend. Mais on ne peut pas la supporter [financièrement] pour tout le monde. »

Il n’est pas rare que les communes trouvent des déchets aux abords du chemin rural, comme ces jantes visiblement abandonnées… Photo M.S.

Il n’est pas rare que les communes trouvent des déchets aux abords du chemin rural, comme ces jantes visiblement abandonnées… Photo M.S.

Les maires comptent sur les panneaux « sens interdit » et sur les contrôles « réguliers » menés par la gendarmerie pour dissuader les usagers et les gens de passage de s’engager sur cet axe qui, 64 ans après son ouverture, retrouve là sa « vocation première » de chemin rural.

En hiver, durant les périodes de travaux ou de migration des batraciens, les communes limitaient déjà l’accès à la rue de Hirsingue.  Photo M.S.

Pourquoi la « route des grenouilles » ?

Certains automobilistes connaissent le chemin rural reliant Wittersdorf à Hirsingue comme la « route des grenouilles ». Un surnom qui tombe sous le sens, puisque chaque année au sortir de l’hiver, les batraciens traversent cette chaussée lors de leur migration pour aller se reproduire en zone humide, dans les mares alentour qui les ont vus naître.

Depuis plusieurs années, entre février et avril, les deux communes prennent ainsi des arrêtés pour interdire la circulation de nuit de 19 h à 7 h durant quelques semaines. Une façon d’aider à limiter la mortalité des amphibiens qui se déplacent après le coucher du soleil.