Success-story : Atoma, le cahier belge qui n'a pas pris une ride
Qui dit consommation durable et responsable dit aussi, lorsque c'est possible, production locale. Mais encore faut-il savoir vers qui se tourner. Car dans les rayons de fournitures scolaires, les marques belges ne courent pas franchement les rues ! Il y en a cependant de petites nouvelles, et même quelques noms qui ont traversé les décennies au point de devenir iconiques.
Un papier lisse, doux, des pages reliées par de petits anneaux en plastique. Un lignage ou un quadrillage bleu clair. Parfois, une marge rouge sur leur bord gauche… Ça vous dit quelque chose ? Rien d'étonnant. Les fameux cahiers Atoma ont su imprimer leur marque. Et près de 80 ans après leur commercialisation, ils n'ont toujours pas quitté nos cartables. Retour sur l'histoire d'une petite entreprise familiale devenue une véritable référence dans notre pays… et fournisseur breveté de la Cour.
Rentrée scolaire : jusqu'à 1 000 € de frais pour les parents, selon une enquête de la Ligue des famillesUne idée qui fait mouche
En 1923, un certain Georges Mottart se lance dans la papeterie et la fabrication d'enveloppes, registres, carnets, blocs de cours ou encore cahiers à spirale. Mais un détail l'agace : "Quand on ouvre un cahier à spirale, il y a toujours un décalage entre les lignes de la page de gauche et celles de la page de droite", raconte sa petite-fille Chantal Vancanneyt, aujourd'hui à la tête d'Atoma avec son frère Pierre-Michel. Sans compter qu'il est impossible d'enlever proprement une feuille avant de la remettre à sa place. "Il a donc cherché un autre système."
En 1948, le drôle de cahier est commercialisé. Il faut maintenant convaincre les Belges de l'adopter.
Georges Mottart fait alors appel à deux inventeurs français, André Tomas et André Martin – qui donneront son nom à Atoma. Ceux-ci développent un système de reliure à anneaux permettant de déplacer les feuilles, dont l'entrepreneur acquiert le brevet. En 1948, le drôle de cahier est commercialisé. Il faut maintenant convaincre les Belges de l'adopter.
Ses cahiers sous le bras, Georges Mottart fait le tour des écoles pour en vanter les mérites. L'argument est tout trouvé : "Les professeurs ne devaient plus emporter des piles de cahiers de devoirs, mais uniquement les pages à corriger." Quant aux élèves, ils peuvent facilement retirer et remplacer une page raturée. Le système fait mouche. Peu à peu, le cahier s'installe dans les habitudes des écoliers belges.
Un succès qui dure
Quelque huit décennies plus tard, son succès ne s'est pas démenti. Plus d'un million de cahiers Atoma sont encore produits chaque année – la rentrée scolaire restant la période la plus importante en termes de ventes – et la Belgique représente toujours environ 80 % du chiffre d'affaires de l'entreprise.
Adopter le Belgian Style: matières, couleurs et décorateurs belges à connaîtreUne faible part d'exportation qui s'explique, entre autres, par son positionnement. "Atoma n'est pas un cahier bon marché. Beaucoup de cahiers brochés utilisent du papier 60 ou 70 g, le nôtre fait 90 g. Mais à l'étranger, c'est difficile de convaincre les gens de mettre un tel prix pour un cahier." D'autant que, depuis la fin de son exclusivité (en 1998), les concurrents se sont multipliés, proposant des cahiers à anneaux similaires, souvent à moindre prix.
"Made in Belgium" et pensé pour durer
Mais pour le marché belge, Atoma a conservé un atout non négligeable : sa fabrication en Belgique, à Dilbeek précisément. Les grandes bobines de papier vierge – aujourd'hui venues d'Allemagne ou du Portugal, faute de fabricant en Belgique – y sont imprimées, découpées et perforées avant que les feuilles soient assemblées avec les couvertures et les fameux anneaux.
La Belgique a du tissu: laine, lin, chanvre… les matières locales et durables à (re)découvrirLa marque a aussi conservé un principe inscrit dans son ADN depuis le début : celui des recharges. "À l'époque, on en vendait davantage parce que le cahier était considéré comme précieux et qu'on le conservait. Ce n'était pas un simple cahier." Une habitude qui s'est quelque peu perdue en Belgique. "Aujourd'hui, souvent, on ne recharge plus et on achète un nouveau cahier." Chantal Vancanneyt l'explique notamment par la distribution : proposer toutes les recharges exige de la place et certaines petites papeteries préfèrent orienter le client vers un cahier neuf.
Un papier auquel on est toujours attaché
Et même la numérisation croissante des salles de classe ne semble pas avoir eu raison du bon vieux cahier : Atoma assure ne pas constater de véritable effondrement de ses ventes. "Il y a toujours un attachement au papier", constate la dirigeante. Un attachement qui traverse visiblement les générations, et qui est sans doute aussi un peu lié à l'histoire de cette marque devenue iconique. "Les clients sont étonnés qu'une société familiale comme la nôtre existe encore. Moi, je suis née dedans, c'est une évidence. Mais oui, j'en suis fière."
Une quatrième génération prendra-t-elle un jour le relais ? "On verra !" En attendant, près de huit décennies après leur apparition, les petits anneaux belges continuent de faire tourner les pages.
Un petit singe accroché à un sac en nylon froissé : là encore, difficile de ne pas reconnaître la marque ! Mais saviez-vous que Kipling était, elle aussi, belge d'origine ? La marque voit le jour à Anvers en 1987, lorsque trois designers découvrent le fameux nylon froissé en expérimentant la teinture de textiles. Léger et résistant à l'eau, il deviendra sa signature.
Quant au petit singe, il doit son existence au Livre de la jungle de Rudyard Kipling, qui inspire également le nom de la marque. Très vite, les sacs et cartables anversois dépassent nos frontières. Jusqu'à attirer, en 2004, l'attention du géant américain VF Corporation, qui rachète Kipling.
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