Strasbourg. Un lycéen voulait rentrer chez lui, un policier l’a saisi au cou : ses parents ont déposé plainte
« Monsieur, on peut passer ou pas ? » Adam, 15 ans, a posé cette question sans aucune trace d’agressivité à un policier en faction quai Pasteur à Strasbourg, jeudi 8 octobre. C’était après 9h.
Élève en 1 re au lycée Jean-Rostand, Adam avait reçu peu de temps auparavant une notification lui indiquant que son établissement était fermé pour la journée, suite à une manifestation. Il essayait donc de retourner à la Montagne-Verte afin de prendre un autocar à destination de son domicile.
Neuf heures de garde à vue
Sur son chemin, des policiers casqués font barrage auxquels il fait sa demande. C’est alors qu’un policier surgit derrière lui, le saisit par le cou et le tire sur une dizaine de mètres. Adam est placé en garde à vue à 9 h 50. Il en sort à 19 h avec une procédure alternative aux poursuites, un avertissement pénal probatoire, anciennement un rappel à la loi. Il a un œdème à la jugulaire et des douleurs aux cervicales.
Au-delà des douleurs physiques, le lycéen est durement touché. « Il est complètement éteint, témoigne son avocat, Me Slim Benchaabane. Il n’y a rien de plus terrible, pour une victime, que de tout garder pour elle. Adam n’est pas retourné en cours et ne veut plus sortir de chez lui. Affronter le regard des autres lui est insupportable. »
La scène est enregistrée et la vidéo tourne sur les réseaux et les médias. Plusieurs commentaires sont « surréalistes », estime l’avocat. Certains évoquent un violeur interpellé, d’autres qu’il n’y a pas de fumée sans feu, que les policiers n’ont fait que leur devoir, des mots « hallucinants », selon Me Benchaabane, qui enferment à chaque fois Adam davantage dans sa prostration.
Une plainte au pénal et un signalement à l’IGPN
Ce mardi 13 octobre, l’avocat a annoncé faire un signalement à l’inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, et déposer une plainte au parquet pour violence aggravée par deux circonstances, la qualité de l’auteur, une personne dépositaire de l’autorité publique, et la réunion. « Nous avons eu confirmation par la cellule déontologique de la direction interrégionale de la police nationale (DIPN) qu’une enquête est déjà diligentée sur instruction du parquet », ajoute le conseil.
« Dans tous les cas, rien ne justifiait qu’Adam soit interpellé dans de telles conditions. Il n’était ni armé, ni agressif. Il ne constituait aucun danger pour les forces de l’ordre », insiste Me Benchaabane. Ironie de l’histoire, avant cet événement, Adam voulait faire un stage dans la police.
Quatorze interpellations en marge des manifestations lycéennes
Treize personnes ont été interpellées à Strasbourg en marge des manifestations et blocages de lycées et une à Mulhouse après des jets de mortier devant le lycée Montaigne. L’enseignement était dispensé en distanciel dans cinq lycées de Strasbourg.
Des blocages ont eu lieu en plusieurs sites de l’Université de Strasbourg qui sont restés fermés. À la dispersion de la manifestation déclarée, un cortège « sauvage » a entraîné des heurts avec les forces de l’ordre. Deux manifestants des derniers jours devaient comparaître devant le tribunal ce mardi.