taraskuzio.com

Specs: on a testé en avant-première les lunettes en réalité augmentée de Snap qui veulent ringardiser Meta et Apple

Près de 10 ans après avoir ouvert le marché des lunettes connectées avec ses Spectacles, Snap inaugure une nouvelle ère avec les Specs, des lunettes de réalité augmentée autonomes qui veulent nous inciter à lever le nez de nos écrans. A peine annoncées, nous avons pu les tester pour voir à quoi ressemblera le futur les mains libres.

Qu'il est loin le temps où Snap, derrière Snapchat, l'application phare de la jeunesse d'alors, se payait le luxe de disséminer un peu partout des distributeurs jaunes de lunettes-caméras pop et colorées. Nous étions à l'automne 2016 et l'entreprise cofondée par Evan Spiegel abattait sa première carte produit avec les Spectacles, des lunettes connectées fun pour enregistrer de courtes vidéos à partager.

En 2026, Snap a 15 ans et Evan Spiegel croit plus que jamais en des lunettes pour le quotidien. Fini le côté uniquement fun et pop, les Specs, présentées plus en détail ce mercredi 16 septembre à Los Angeles, sont la vision plus mature de son rêve d'un appareil à porter qui nous éloigne des écrans, mais nous apporte l'aide dont nous avons réellement besoin.

En visite au siège de Snap à Santa Monica, nous avons pu tester ce futur à portée de doigts - ou de voix - que nous promet Snap, avec ce que la société au petit fantôme définit comme de "l'informatique instinctive" et un futur sans smartphone.

Un design massif, mais sans supplément

Ce qui frappe tout d'abord, c'est l'aspect massif des Specs. Nous ne sommes pas là dans un modèle qui vise l'élégance avant toute chose, comme les Ray-Ban Meta ou même les récentes Meta Glasses. Les Specs ne sont pas inesthétiques pour autant. Il y a tout de même la volonté d'avoir une paire de lunettes que l'on a envie de porter au quotidien, mais les contraintes techniques que s'est imposées Snap (lunettes autonomes et longue durée) ne facilitent pas la quête d'un produit léger et discret.

Les toutes premières Spectacles (2016) de Snap qui ne permettaient que de filmer
Les toutes premières Spectacles (2016) de Snap qui ne permettaient que de filmer © BFM Tech

Car les Specs impressionnent surtout par ce qu'elles refusent d'être: un casque qui enferme l'utilisateur pour lui proposer de la puissance à la Vision Pro d'Apple, ou bien un écran qui vous ceinture la tête d'un arceau lourd comme le proposait Hololens. C'est d'ailleurs avec ce dernier produit de Microsoft que l'on retrouve finalement le plus de similitudes, le plus d'évolution conceptuelle.

Sorties de leur imposant boîtier - qui peut aussi embarquer une connexion cellulaire pour vous offrir du wifi partout (en France, ce sera un partenariat avec Orange) -, les Specs affichent un peu plus de 130 g sur la balance. Nettement plus que les lunettes Meta (de 50 à 70 g), bien moins que le Vision Pro (600 à 800 g). C'est bien à la croisée des deux mondes que se situent les lunettes de Snap, et là où se trouve la prouesse technique. Car les Specs sont 100% autonomes. Dans les branches, se logent les deux processeurs, une batterie avec 4 heures d'autonomie en usage mixte, les haut-parleurs et de multiples capteurs optiques. Ici, pas de câble qui traîne, pas de batterie à glisser dans sa poche.

Les Specs de Snap
Les Specs de Snap © BFM Tech

Déclinées en deux tailles (47 mm et 52 mm), les Specs auront tendance à serrer un peu les tempes en session prolongée pour les têtes un peu plus larges. Une fois sur le nez, le poids se répartit plutôt bien et l'on n'a pas la sensation de lourdeur crainte. A voir après plusieurs heures à les porter. Mais là où les Specs font leur petit effet, c'est en action, quand la magie de la réalité augmentée commence à opérer: vos yeux regardent alors à travers de vrais verres transparents qui servent aussi de support d'affichage. Pas de latence ni de déformation numérique quand vous parlez à vos interlocuteurs.

La technologie n'est pas nouvelle et depuis des années, bon nombre de fabricants ont tenté les lunettes AR. Mais les commandes se trouvaient souvent sur les branches, de manière peu ergonomique, et il fallait avoir son smartphone à proximité. Avec les Specs, vos mains sont vos commandes. L'expérience débute par une calibration rapide en présentant la monture devant notre visage pour mesurer l'écart pupillaire grâce aux capteurs. Un tintement discret valide l'opération.

A travers les lunettes, la paume de la main gauche devient alors notre support principal (Accueil, paramètres, options…), notre main droite fait apparaître un curseur blanc tel un pointeur laser pour naviguer dans le menu principal qui remplit tout notre champ de vision (Navigateur, jeux, Lenses pour voir les oeuvres des créateurs, Tableau blanc, listes, Snapchat évidemment, Mesures, Réglages, etc.). Si vous êtes gaucher, vous pourrez inverser. C'est d'ailleurs là la grosse différence avec les Meta Display qui ajoutent de la réalité augmentée aux habituelles lunettes connectées de la marque. Non seulement elles nécessitent un bracelet pour piloter tout cela de la main, mais l'écran est beaucoup plus minimaliste et du seul côté droit.

Les Specs se contrôlent par la gestuelle en retournant la paume de sa main
Les Specs se contrôlent par la gestuelle en retournant la paume de sa main © Snap

Sur les Specs, la puissance étant embarquée, la réactivité est instantanée, les validations précises et l'ergonomie globale assez efficace. On touche de l'index un élément visuel pour entrer dans un menu ou l'attraper, on pince le pouce et l'index pour valider un pointage. Et pour capturer un souvenir ou envoyer une photo sur Snapchat, il suffit de claquer des doigts pour immortaliser l'instant. Un tutoriel assez bien élaboré permet de prendre rapidement la main sur des lunettes qui avertissent évidemment à l'aide d'une Led quand vous êtes filmé ou photographié.

Naviguer, visionner, réfléchir

Mais à quoi peuvent donc bien servir les Specs? A accompagner votre quotidien, promet Snap, sans que le virtuel remplace le réel, que l'appareil monopolise notre attention. Evan Spiegel parle de "rendre l'informatique plus humaine", superposer le numérique au physique sans couper le lien avec le monde environnant. Alors toutes les expériences que nous avons pu tester vont dans ce sens et viennent se caler sur notre environnement sans jamais "boucher notre vue" ou nous isoler.

Le champ de vision optique affiche 51 degrés, soit l'équivalent d'un écran virtuel d'environ 115 pouces à 3 mètres. C'est large. Ce sera pratique pour regarder des vidéos. D'ailleurs, si vous êtes en voiture ou en train, un mode "Voyage" permet de stabiliser l'image grâce aux gyroscopes qui compensent parfaitement l'accélération et les virages, évitant ainsi le mal des transports pour mieux en profiter. Nous avons testé en voiture et c'est en effet beaucoup plus agréable, notamment si vous êtes sujet à la cinétose.

Avec leur champ de vision de 51°, les Specs peuvent afficher un écran d'un équivalent de 115 pouces.
Avec leur champ de vision de 51°, les Specs peuvent afficher un écran d'un équivalent de 115 pouces. © Snap

De la voix et en disant "Hey Specs", il est possible de demander à l'IA de vous trouver une vidéo sur Youtube, de chercher votre chemin via l'app de navigation. La direction apparaît alors devant vous, un peu plus bas, pour ne pas avoir les yeux focalisés sur les indications. Vous regardez normalement devant vous et vous pouvez marcher sans encombre.

Les Specs disposent d'une connexion Bluetooth. Cela permet de les relier à votre smartphone si vous voulez profiter de votre musique (le son est plutôt de bonne qualité et spatialisé), recevoir vos notifications à l'écran ou autres infos. La connexion Bluetooth permet aussi de relier un clavier à ses lunettes et vous pouvez alors profiter d'un peu de productivité en encombrement réduit. Nous avons ainsi ouvert l'application Docs pour rédiger un document. Il faut prendre la main, mais la latence et plus qu'acceptable, on lit aussi très bien le texte. Il est aussi possible de naviguer sur internet et l'on bouge la fenêtre en la pinçant avec les doigts pour la déplacer, l'éloigner ou l'épingler. On ne sait pas s'il est possible d'afficher plusieurs fenêtres comme avec le Meta Quest ou le Vision Pro par exemple. Le potentiel bureautique nomade est en tout cas indiscutable, sans doute pas pour de longues sessions comme le permettent ses deux concurrents.

Les Specs permettent de jouer à des dominos holographiques avec un autre possesseur de lunettes AR de Snap
Les Specs permettent de jouer à des dominos holographiques avec un autre possesseur de lunettes AR de Snap © Snap

Il est aussi possible de jouer de manière intelligente avec les Specs et d'apprendre. Leurs possibilités en réalité augmentée servent alors, par exemple, de guide pour apprendre à dessiner ou écrire. Sur la table devant vous, la forme se précise et vous n'avez qu'à la suivre du doigt comme vous le feriez sur une feuille. Vous pouvez aussi peaufiner votre frappe du ballon ou votre swing au golf en essayant de vous caler sur la trajectoire indiquée, avec des indications de la validité ou non du geste. Du divertissement qui se fait ainsi à plusieurs. La fonction Connected Lenses permet de jouer avec une seconde personne équipée de Specs. On partage alors la même scène holographique pour lancer une partie de dominos sur la table du salon. Des pièces virtuelles tandis que l'on peut avoir une vraie discussion bien réelle. Pour toutes les personnes extérieures, la séquence paraîtra sans doute étrange…

Une seule chose qu'il reste visiblement à améliorer d'ici la sortie à l'automne, c'est le calage spatial à deux. En reculant notre siège, nos dominos ont subitement disparu de notre vue avant de réinitialiser la partie pour reprendre. Dommage, nous avions le double-six…

Ce qu'on aime, c'est cette idée d'intuitivité qui accompagne les Specs. Tout doit sembler naturel et ne pas nécessiter d'apprentissage d'utilisation. On agit avec la main ou de la voix avec les lunettes, comme on le ferait avec le monde autour de nous. Pour la traduction en direct, il en va de même. On sélectionne l'option dans le menu, les langues de traduction et les propos de votre interlocuteur s'affichent dans un temps quasi immédiat dans votre langue. Plus de 60 langues seront supportées au lancement.

Un pari audacieux et encore quelques réglages nécessaires

Pour Snap, c'est un saut presque dans l'inconnu qui se dessine avec ces Specs. Un projet porté depuis plus de 12 ans par Evan Spiegel qui croit en ce besoin que nous avons de nous détacher de nos écrans pour mieux (re)lever la tête. Les écrans seront néanmoins temporaires et à la demande sous nos yeux. Mais l'idée est à saluer et Snap s'en donne les moyens.

D'ici l'automne et la sortie officielle, il demeure quelques réglages à effectuer. Dans un environnement très sombre, les Specs ont parfois eu du mal à se montrer très réactives, notamment dans l'habitacle aux vitres teintées de la voiture, avec un wifi un peu capricieux. A la lumière du jour ou dans un environnement lumineux, aucun souci rencontré. Si le texte affiché dans les menus est parfaitement lisible, les reflets sur les verres peuvent un peu plus perturber le visionnage d'un film et l'image fait plus délavée. La technologie d'affichage transparent peine à restituer des noirs profonds en plein jour.

Les Specs ont besoin d'un environnement lumineux pour bien fonctionner
Les Specs ont besoin d'un environnement lumineux pour bien fonctionner © BFM Tech

Reste aussi la question de l'autonomie et le temps d'utilisation quotidien que l'on en fera. Snap annonce 4 heures. Parfait pour des usages de complément au quotidien, pas pour tenir une journée entière sans interruption. L'étui de charge cellulaire avec eSIM sera un bon complément, mais il va alourdir une facture déjà bien élevée. A 2.295 euros, les Specs ne seront pas à la portée de toutes les bourses, elles se doivent donc d'être irréprochables dans leur fonctionnement.

Le futur est en vue, c'est une certitude. Il n'y a plus qu'à décider de celui que l'on veut, de Meta, d'Apple ou de Snap. Pour convaincre ses utilisateurs, ce dernier mise aussi sur Specs Intelligence, son "IA anticipative" qui booste les Specs, mais tournera aussi sur iPhone et Mac pour familiariser les utilisateurs. Cette IA doit vous assister discrètement, sans attendre vos ordres, mais avec votre validation. Elle est là pour structurer votre vie en coulisse avec du contexte et afficher des rappels, infos et autres données pour ne pas avoir à sortir son smartphone.

Avec ses Specs, Snap réussit un coup d'éclat remarquable et prometteur. Mais comme pour ses concurrents, sa proposition saura-t-elle convaincre de mettre la main à la poche? A 2.295 euros, elle est nettement plus chère que les lunettes Meta à succès (environ 400 euros) ou les Meta Ray-Ban Display (environ 750 euros), non disponibles en France, même si elle peut en faire bien plus. Deux fois moins chères que le Vision Pro qui n'arrive pas à trouver son public, la route paraît malgré tout sinueuse.

Les Specs peuvent afficher les destinations ou la carte des points d'intérêt autour de vous
Les Specs peuvent afficher les destinations ou la carte des points d'intérêt autour de vous © Snap

En tout cas, Evan Spiegel prouve qu'un autre futur informatique est possible: celui où l'on n'a plus besoin de s'enfermer dans un casque virtuel pour goûter à l'immersion. Les fondations sont posées et diablement solides. Le produit est viable, la proposition séduisante, mais peut-être encore un peu trop d’avant-garde pour le grand public à convaincre.

Sujets liés :