Sortie ciné. L’Inconnue avec Léa Seydoux : une tragédie fantastique et sombre
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L’Inconnue avec Léa Seydoux : une tragédie fantastique et sombre
L'Inconnue, en salles ce mercredi, est l’adaptation de la bande dessinée de Lucas Harari, Le Cas David Zimmerman (Sarbacane), coécrite avec son frère cinéaste, Arthur.
Nathalie Chifflet -
Aujourd’hui à 08:15
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Il faut imaginer une mutation radicale et étonnante : un corps changé en un autre. Hollywood appelle cela le « body swap ». Littéralement : l’échange de corps. Devenir l’autre avec qui on fait corps. Mais comment vivre, prisonnier à l’intérieur d’un corps qui n’est pas le sien, et quand tout le monde autour de vous, vous confond avec celui ou celle dont vous avez pris l’apparence ?
Il y a une forme de monstruosité dans le postulat terrifiant au cœur du roman graphique Le Cas David Zimmerman, et de sa version cinématographique, où des personnages, du jour au lendemain, se retrouvent dans un corps qui n’est pas le leur. David Zimmerman est un photographe, un rien asocial et déprimé. Au lendemain d’une fête, il se réveille chez lui, mais il n’est plus le même. Miroir d’effroi : il est dans le corps d’une femme qu’il ne connaît pas, et sans souvenir de ce qu’il lui est arrivé. Niels Schneider prend ainsi l’apparence de Léa Seydoux : l’acteur est méconnaissable, et l’actrice encore dans le corps différent qui a suivi sa maternité. Intenses et engagés, ils sont idéalement altérés, différents de leur image, parfaits pour ces rôles de double et de trouble, qui mettent en jeu l’identité et l’altérité, au cœur d’une réalité elle-même transformée, sombre et déstabilisante.
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Un film déstabilisant
Il y a du cauchemar et du vertige dans l’intrigue fantastique imaginée par les frères Harari, Lucas et Arthur, qui explorent une forme avancée de désarroi existentiel et de dysphorie de genre, quand soi et l’image de soi sont totalement dissociés. Le spectateur lui aussi se sent dissocié, obligé de distinguer plusieurs personnages en une seule enveloppe corporelle, ce qui est pour le moins se confronter à une énigme d’identités indéchiffrables, et traverser ce film malade, avec le sentiment de vivre une expérience à la fois étrange et singulière.
Chevauchant plusieurs genres, L’Inconnue ne se regarde pas de manière confortable. Il déstabilise à chaque instant, crée du malaise et de l’angoisse, avec une grande maîtrise de ce qui ressort de l’inquiétante étrangeté. On y songe à son voisinage avec La Métamorphose de Kafka, histoire d’un homme qui se réveille dans la carapace d’un insecte monstrueux, récit poignant d’aliénation et de souffrance.
L’Inconnue d’Arthur Harari, en salles dès ce mercredi 26 août. Durée : 2 h 20. Interdit aux moins de 12 ans.