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"Soit vous évoluez, soit vous finissez par mourir": des campings continuent de mettre la clé sous la porte en France alors qu'ils n'ont jamais autant eu la cote (leur chiffre d'affaires a été multiplié par six depuis 2000)

"Soit vous évoluez, soit vous finissez par mourir": des campings continuent de mettre la clé sous la porte en France alors qu'ils n'ont jamais autant eu la cote (leur chiffre d'affaires a été multiplié par six depuis 2000)

Publié aujourd'hui à 06h59

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Alors que la fréquentation des campings français a explosé depuis le début du siècle, leur nombre ne cesse de diminuer. Les petites structures sont souvent contraintes de mettre la clé sous la porte, dépassées par l'évolution des attentes des clients et la montée en gamme des concurrents.

Qu'il semble loin le temps où les campings apparaissaient comme une destination ringarde, réservée aux classes populaires. Aujourd'hui, ils n'ont jamais eu autant la cote et attirent des quatre coins de la France et de l'Europe. Pour preuve, leur fréquentation a encore augmenté de 4,5% en 2025, avec 29 millions de clients, soit 10 millions de plus qu'au début du siècle. Pourtant, malgré ce nouvel engouement, leur nombre ne cesse de diminuer. Chaque année, 50 à 100 établissements ferment leurs portes pour des raisons économiques et la France a perdu 1.600 emplacements de son parc en 25 ans. Une érosion qui touche particulièrement les structures municipales ou de petite taille.

"Elles n'ont pas la taille critique pour obtenir les moyens de rester modernes, éclaire Nicolas Dayot, président de la Fédération Nationale de l'Hôtellerie de Plein Air. Elles se retrouvent sans restaurant ni piscine, avec des sanitaires vieillots, donc en difficulté pour satisfaire les attentes des clients."

Car le camping a bien changé en 25 ans. Les campeurs viennent désormais chercher un certain confort, notamment dans les mobil-homes ou autres chalets, qui occupent depuis peu la majorité des emplacements en France. Une aubaine pour les tenanciers, alors qu'on estime qu'une tente rapporte cinq fois moins de revenus qu'une location en dur.

Les grosses structures cannibalisent la clientèle

Les campings plus traditionnels et intimistes se retrouvent ainsi à la traîne dans leurs revenus et dans l'incapacité de se moderniser. Le début de la fin, alors que les attentes de confort grandissent d'année en année.

"Soit vous évoluez, soit vous avez de moins en moins de clients et vous finissez par mourir, synthétise Nicolas Dayot, lui-même gérant de deux campings en Bretagne. Vos clients actuels et les nouveaux, ceux qu'on n'aurait jamais imaginé attirer quand il n'y avait que des tentes, vont logiquement vers les structures avec de meilleures infrastructures."

Un constat qui se vérifie par les chiffres. Alors que les campings premiums, de 4 et 5 étoiles, ne représentent que 23% du parc français, leurs logements en dur accueillent plus de 60% des nuitées annuelles. Parfois détenu par de gros groupes - Capfun, Huttopia, European Camping Group... - ils sont capables d'accueillir plusieurs milliers de résidents et aspirent à la fois les habitués des petits campings, attirés par de meilleures conditions, et les nouveaux clients, soucieux d'avoir un toit plutôt qu'une toile au-dessus de la tête.

Une montée en gamme loin d'être unanime

Ils ont surtout fait passer le secteur dans une autre dimension. Depuis le début du siècle, le chiffre d'affaires des campings a flambé, passant de 800 millions à 4,7 milliards d'euros, en hausse de presque 500%.

"Avec les mobil-homes, on a allongé la saison et gagné en rentabilité, détaille Nicolas Dayot. Cela nous a permis d'investir comme jamais pour accueillir de nouveaux clients, notamment des étrangers, qui ne venaient jamais auparavant."

En 2025, 30% des campeurs étaient des touristes, principalement allemands, anglais et hollandais. Ils ont forcément été attirés par la montée en gamme française ces dernières décennies. Pays européen le moins bien noté par les spécialistes dans les années 1980, il est désormais celui qui affiche le plus grand nombre de "Superplätze", la meilleure qualification de l'ADAC, le guide de référence.

Reste que cette popularisation du logement en dur ne plaît pas à tous les campeurs, notamment les expérimentés de la sardine et du réchaud. Une pétition lancée en 2023 et intitulée "Sauvons le vrai camping" a convaincu plus de 40.000 signataires. Elle regrette que "de plus en plus de campings n'acceptent plus les campeurs", au profit de logements plus rentables.

50 milliards d'euros d'ici 2050 pour se protéger du dérèglement climatique

Une affirmation rejetée par Nicolas Dayot, qui estime que "les nouveaux clients n’ont pas fait disparaître les clients d’origine". Le président de la fédération s'appuie sur le fait que depuis 2010, les emplacements nus ont enregistré 4 millions de nuitées supplémentaires par an.

"L'arrivée des investissements dans les logements en dur a fait grandir la profession. Et les retombées, avec de meilleurs sanitaires et infrastructures qui bénéficient à tous, assure-t-il. On peut regretter les années 1960 mais le client n’a pas les mêmes attentes, l’eau chaude était facultative à l’époque..."

La modernisation des infrastructures étant achevée, il reste désormais à les adapter au dérèglement climatique. Cet été, 80 campings ont dû être évacués à cause des incendies et l'érosion ou la submersion côtière risquent eux aussi de devenir problématiques et d'affecter la fréquentation.

Face à ces risques, les acteurs du secteur appellent à une évolution juridique. Ils réclament notamment la possibilité "d'aménager ce qui est existant, sans construire", détaille Nicolas Dayot. Des modifications souvent rendues impossibles par la réglementation dans des zones exposées, déjà protégées par les normes environnementales. Un premier pas avant de nouveaux investissements massifs pour se protéger, qu'une étude estime à 50 milliards d'euros d'ici 2050.