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Sofia Belabbes pour Ketchup Mayo : “Depuis que j'ai 8 ans, je sais que je veux devenir humoriste”

Avec Ketchup Mayo, Sofia Belabbes signe un premier spectacle à son image : drôle, spontané et profondément ancré dans le quotidien. De son enfance bercée par les sketchs de Gad Elmaleh à son goût pour l’improvisation, en passant par son rapport à la nostalgie et ses ambitions, l’humoriste revient sur un parcours guidé par une seule envie : faire rire. Rencontre.

La première chose que l’on découvre lorsque le rideau se lève, c’est ce décor très coloré, avec ce diner et ses tabourets rouges. Pourquoi avoir fait ce choix de mise en scène ?

C’est d’abord une manière de me démarquer. La scène vide m’angoisse un peu, je trouve ça moins vivant. J’avais envie que le public ait l’impression d’entrer dans un fast-food entre amis, cet endroit où l’on refait le monde. Pour créer cette ambiance, il fallait un véritable décor. Ça plonge immédiatement les spectateurs dans l’univers du spectacle.

Quand j’étais petite, ma mère avait les cassettes de plusieurs humoristes, notamment Gad Elmaleh. Ça a été une véritable révélation. J’étais fascinée par le sketch de Chouchou, que je rejouais à l’identique devant toute ma famille. À 6 ans, je disais déjà à ma mère que je voulais être Gad Elmaleh.

À 8 ans, elle m’a inscrite au théâtre, où je suis restée pendant dix ans. Depuis que j’ai 8 ans, je sais que je veux devenir humoriste ; et je n’ai jamais changé d’objectif. À l’époque, à Perpignan, il n’existait pas vraiment de cours de stand-up. Je ne connaissais même pas la différence entre le stand-up et les sketchs, mais je n’ai jamais dévié de cette voie. Après mon bac littéraire, je suis montée à Paris pour suivre une licence de théâtre. Je n’ai jamais envisagé un autre métier.

Sofia Belabbes. ©Alexis Delespierre

Aujourd’hui, vous êtes sur scène avec votre propre spectacle. Quel regard portez-vous sur votre parcours ?

C’est assez paradoxal. Parfois, je me dis que j’ai réalisé le rêve de la petite fille que j’étais. Et, dans le même temps, j’ai le sentiment que tout ne fait que commencer. J’ai encore envie d’aller plus loin, de voir plus grand.

J’essaie de savourer les étapes franchies, mais ça ne dure jamais très longtemps, parce qu’il y a toujours un nouvel objectif à atteindre. C’est aussi ce qui me motive. Je fonctionne beaucoup comme ça : si je ne me fixe pas de nouveaux défis, j’ai tendance à ne pas avancer. Alors, de temps en temps, je réalise le chemin parcouru, les scènes sur lesquelles j’ai eu la chance de jouer, les personnes que j’ai rencontrées… Mais ces moments de satisfaction sont toujours très brefs.

« Je veux rester dans le présent, vivre le moment avec le public. »

Sofia Belabbes

Le spectacle reprend à la rentrée. Quels sont les prochains objectifs que vous vous êtes fixés ?

Il y a des étapes qui font rêver beaucoup d’humoristes : partir en tournée dans de grandes salles, jouer dans des Zénith, remplir des jauges de plusieurs milliers de personnes, se produire à l’Olympia… Aujourd’hui, le spectacle affiche complet, ce qui est déjà une immense satisfaction. Maintenant, l’objectif est de continuer à grandir, d’augmenter progressivement la capacité des salles, tout en gardant le lien avec le public. J’ai aussi envie de développer d’autres projets, de tourner davantage, de faire plus de cinéma et de multiplier les expériences artistiques.

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Vous évoquiez Gad Elmaleh. Quelles sont aujourd’hui vos références et les artistes qui vous inspirent ?

J’ai eu la chance de rencontrer plusieurs humoristes qui m’ont énormément marquée. Par exemple, Ahmed Sylla, que j’avais découvert à l’époque d’On n’demande qu’à en rire et du Marrakech du rire. J’étais une grande admiratrice de son travail, et j’ai récemment partagé un tournage avec lui. Il y a aussi Jamel Debbouze, que je regardais déjà avec Gad Elmaleh quand j’étais plus jeune. Aujourd’hui, il dirige le comedy club où je joue, et c’est assez incroyable de mesurer le chemin parcouru.

À côté de ces grandes figures, il y a aussi des artistes avec lesquels j’ai créé de vraies amitiés, comme Blandine Lehout. Nous partageons le même métier, les mêmes étapes de carrière, et ces rencontres comptent énormément. Elles deviennent, elles aussi, des références à mes yeux.

Les idées viennent du quotidien. Ça peut être ce que je vis, ce que j’observe, les réseaux sociaux, ma famille, mes amis ou même la télévision. Parfois, une vanne me vient spontanément à l’esprit et je la note tout de suite. Il m’arrive aussi de raconter une anecdote à des copines et de sentir, à leur réaction, qu’il y a quelque chose de drôle. Je garde cette idée en tête, puis je me demande si elle peut devenir un thème. Quand plusieurs punchlines se regroupent autour du même sujet, j’en fais un sketch.

J’ai du mal à m’asseoir en me disant : “Aujourd’hui, je vais écrire sur tel thème.” Mon écriture est beaucoup plus instinctive. Je note les idées au fil de la journée, puis je les teste très rapidement en comedy club ou directement dans le spectacle. C’est l’avantage de la scène : une blague imaginée le matin peut être jouée le soir même. C’est le meilleur moyen de savoir si elle fonctionne.

J’ai toujours été comme ça. À l’école, c’était même un peu un problème : dès qu’un professeur disait quelque chose, j’avais envie de faire rire toute la classe. La plupart de mes bulletins disaient que je bavardais beaucoup, mais j’avais la chance de faire rire les professeurs aussi. Je n’étais jamais dans la provocation ; j’avais simplement envie de divertir.

J’ai intégré cette part d’improvisation au spectacle parce que je m’ennuie très vite. Rejouer exactement les mêmes sketchs chaque soir finit par me donner l’impression de réciter un texte. Je veux rester dans le présent, vivre le moment avec le public. L’improvisation permet justement cela. Chaque représentation devient unique. Les spectateurs assistent à quelque chose qui n’existera plus de la même manière le lendemain.

Lorsque vous évoquez votre enfance, votre mère ou encore les cassettes d’humoristes, on ressent une vraie nostalgie. Quel rapport entretenez-vous avec le passé ?

C’est vrai qu’un premier spectacle parle souvent beaucoup de soi. C’est une manière de se présenter, de raconter d’où l’on vient. Dans mon cas, cette période est importante parce que les dix dernières années ont profondément changé ma vie. J’ai pris plus de 50 kilos avant d’en perdre une quarantaine. Cette transformation a eu un impact énorme sur ma façon de vivre et de voir le monde.

Sofia Belabbes. ©Alexis Delespierre

Qu’est-ce qui a le plus changé pour vous ?

À peu près tout : ma santé, mon rapport au sport, à l’alimentation, aux autres… Même ma manière d’aborder certaines situations du quotidien a évolué. Si je parle autant du passé, c’est aussi parce que je suis quelqu’un d’assez classique. C’est d’ailleurs le sens du titre Ketchup Mayo. Quand j’étais plus jeune, il n’y avait pas une multitude de sauces aux noms improbables : c’était ketchup ou mayonnaise, et ça nous allait très bien. J’aime cette époque où les réseaux sociaux n’existaient pas encore, où l’on avait simplement un vieux téléphone. Cette nostalgie me plaît, et j’avais envie qu’elle traverse le spectacle.

Vous vous considérez donc comme quelqu’un de plutôt classique ?

Oui, assez. Au restaurant, par exemple, je commande toujours la même chose. J’aime les choses simples. Les cuisines très sophistiquées, ce n’est pas vraiment pour moi. Je regarde encore les films de ma génération, j’écoute les mêmes musiques. J’ai tendance à garder mes habitudes très longtemps.

Et pourtant, vous êtes très présente sur les réseaux sociaux…

Pour moi, c’est différent. Les réseaux sociaux font aujourd’hui partie de mon métier, même si, au départ, ce n’était pas naturel. Je me suis un peu forcée à les utiliser, puis j’ai fini par en comprendre les codes et à y prendre goût. En revanche, dans ma vie quotidienne, je garde les choses très longtemps. Je ne cours pas après les nouveautés. Par exemple, quand beaucoup de gens avaient déjà changé plusieurs fois d’iPhone, j’utilisais encore un modèle beaucoup plus ancien. Je fonctionne comme ça.

Que souhaitez-vous que le public retienne de Ketchup Mayo ?

J’aimerais simplement qu’il se dise : “Qu’est-ce qu’on a ri !” Mon métier, c’est de faire rire. Je ne suis ni une femme politique, ni une psychologue, ni une militante. Je ne cherche pas à délivrer un message à tout prix. Pendant une heure et demie, j’ai envie que les spectateurs oublient leurs soucis, les angoisses du quotidien ou de l’actualité. Mon objectif, c’est qu’ils passent un excellent moment et qu’ils repartent avec le sourire.

Je dirais qu’il est piquant, mais jamais méchant. Et surtout simple. J’aime rire des petites choses du quotidien. Je ne cherche pas à compliquer les choses ni à faire passer des messages très lourds. Mon humour parle de situations que tout le monde peut reconnaître et dans lesquelles chacun peut se retrouver.

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