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Société. Incivisme, individualisme, méconnaissance : les Français mal préparés face au risque d’incendie

Neuf feux sur dix sont d’origine humaine et pourraient être évités en adoptant les bons réflexes. Avec le changement climatique et l’assèchement de la végétation, le risque d’incendie s’intensifie et s’étend progressivement à de nouveaux territoires. « Mais force est de constater que les Français ne sont pas bien formés aux risques d’incendie », constate le commandant Jérémy Lavergne, porte-parole de la Sécurité civile. Un avis partagé par Laurent Kihl, directeur de l’École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (Ensosp) : « La loi de modernisation de la sécurité civile de 2004 prévoyait que chaque citoyen soit acteur de la sécurité civile, en connaissant la conduite à tenir en cas de catastrophe. Mais 22 ans après, on est loin d’avoir sensibilisé l’ensemble de la population », estime-t-il.

La preuve : les comportements dangereux qui persistent. « Le plus courant est le jet de mégot depuis un véhicule. Viennent ensuite les travaux effectués en période de sécheresse, qui peuvent provoquer des étincelles. Ce sont des attitudes dues à l’incivisme et à l’individualisme de certains, mais aussi à la méconnaissance du danger », analyse Jérémy Lavergne. Un barbecue ou un feu de camp en pleine nature peuvent aussi avoir de lourdes conséquences. Autre point noir : le débroussaillage. Obligatoire dans les zones exposées au risque de feu de forêt – soit 52 départements –, il est encore loin d’être systématiquement réalisé. « Souvent pour des raisons économiques ou par négligence », observe Laurent Kihl.

Les Français n’ont pas non plus toujours les bons réflexes en cas de départ de feu. « Certaines personnes tardent à prévenir les secours ou quittent leur domicile sans attendre les pompiers, au risque de créer des embouteillages qui ralentissent leur intervention », observe Jérémy Lavergne. Même constat concernant le respect des consignes des autorités. « Lorsque les préfectures ferment l’accès à certains massifs en raison d’un risque très élevé, il ne faut pas s’y rendre. Et lorsqu’un ordre d’évacuation est donné, il doit être respecté immédiatement, sous peine de compliquer encore davantage le travail des secours », insiste Laurent Kihl.

17% des fumeurs français reconnaissent jeter leur mégot par la fenêtre de leur véhicule lorsqu’ils sont sur l’autoroute, selon un sondage Ipsos BVA pour la Fondation Vinci Autoroutes. Photo IMAGO/Sipa

17% des fumeurs français reconnaissent jeter leur mégot par la fenêtre de leur véhicule lorsqu’ils sont sur l’autoroute, selon un sondage Ipsos BVA pour la Fondation Vinci Autoroutes. Photo IMAGO/Sipa

Des formations insuffisantes et trop généralistes

Un manque de culture du risque dû à une faible formation de la population française. « Il n’existe pas de véritable formation destinée au grand public sur les comportements permettant d’éviter un départ de feu ou sur les procédures d’évacuation en cas d’incendie. Juste des campagnes d’information menées par la Sécurité civile ou des associations de secourisme », souligne Laurent Kihl. Les citoyens qui veulent se parer face aux catastrophes se dirigent généralement vers la formation Premiers Secours Citoyen (PSC).

« Mais elle ne comprend qu’un petit module sur la protection en cas d’incendie (comment donner l’alerte et réagir quand on entend la sirène). Elle ne prévoit ni l’apprentissage de l’utilisation d’un extincteur, ni les techniques de lutte contre un départ de feu, ni les procédures d’évacuation d’un établissement », indique Jérémy Lavergne. Et cette formation reste encore trop peu suivie. Selon un rapport de l’Assemblée nationale publié en 2025, seuls 34 % des Français ont déjà participé à une formation certifiante aux gestes de premiers secours.

À l’école, les élèves sont sensibilisés aux gestes qui sauvent tout au long de leur scolarité, de la primaire au lycée, mais « il n’y a pas un volet spécifique sur le risque incendie (type feu de forêt) », indique le ministère de l’Éducation nationale. Celui-ci précise toutefois que « parmi les compétences à acquérir (identifier les dangers, savoir donner l’alerte, les mesures de prévention face à un risque…), le feu fait nécessairement partie des exemples qui peuvent être évoqués. »

Un défi pour l’avenir

En entreprise, plus d’un million de salariés suivent chaque année une formation SST (Sauveteur secouriste du travail) qui leur apprend à réagir face à une situation d’urgence. « Là encore, le risque incendie est essentiellement traité sous l’angle de l’alerte, de la protection des personnes au travail. Mais elle n’aborde pas les différents types de feu, ou l’usage des extincteurs, par exemple », note Jérémy Lavergne.

Chaque été, les ministères de l’Intérieur et de la Transition écologique relancent leur campagne de prévention des feux de forêt. Mais face à l’intensification des incendies et à l’extension du risque à des territoires jusqu’ici peu concernés, une simple sensibilisation ne semble plus suffisante. « La question de la formation de la population au risque incendie va se poser davantage », estime Jérémy Lavergne. Car si les feux de forêt et de végétation sont souvent évitables, leur prévention passe avant tout par l’éducation et la responsabilité individuelle.