Social. Mobilisation du 17 octobre : lycéens, gilets jaunes, CGT... La convergence des luttes aura-t-elle lieu ?
À quoi ressemblera ce samedi dans les villes ? Y aura-t-il un retour des occupations des ronds-points comme en 2018 ? Ou devant les stations-service ? Malgré un appel à la mobilisation déjà ancien, intensément relayé ces derniers jours par la mobilisation lycéenne, un grand flou entoure cette journée du 17 octobre qui pourrait voir ressurgir les gilets jaunes. Le mouvement historique de 2018, qui ne s’est jamais totalement éteint, consacre un site internet à la mobilisation de ce samedi, appelant « jaunes et jeunes » à être les fers de lance de la colère qui va s’exprimer. Sont invités « paysans », « ouvriers », « salariés », « profs », « soignants », « postiers », « retraités », « personnes handicapées » mais aussi « marcheurs pour le climat » et « quartiers populaires ».
Sur la carte interactive qui accompagne le texte de revendications, plus de 1 500 mobilisations sont recensées - le chiffre n’a fait que grossir tout au long des derniers jours. Parmi elles, plus de 600 manifestations sont signalées, parfois dans de petites villes comme Châtellerault, dans la Vienne, où le rendez-vous est fixé à 16h30 au « kiosque de l’hôtel de ville ». À Paris, des appels au rassemblement ont été lancés devant le palais de l’Élysée et l’Assemblée nationale, qui seront sous bonne garde, et sur l’avenue des Champs-Élysées, qui furent le principal lieu de manifestation des gilets jaunes. Au ministère de l’Intérieur, environ 500 actions et 90 cortèges ont été identifiés.
Plus de 1 500 actions sont annoncées par les gilets jaunes à travers la France pour ce 17 octobre. Photo Sipa/Mourad Allili
« Les modes d’action seront multiples »
Des centaines d’actions visant des stations-service sont annoncées, mais également des raffineries et dépôts pétroliers, « pour réclamer le blocage des prix et le contrôle des marges ». Des appels aux rassemblements sur des ronds-points - qui avaient fait la spécificité des gilets jaunes en 2018 - sont en outre lancés dans toute la France, souvent dès le début de matinée. Péages, gares et ponts sont signalés comme des lieux pouvant accueillir des manifestations mais aussi des actions de « blocage », « distribution de tracts » ou « barrage filtrant ».
« Les modes d’action seront multiples », prévient cette page internet des gilets jaunes - dont les responsables sont les organisations Bloquons tout Île-de-France, Peuple révolté, Maintenant !, Indignons-nous bloquons tout et Mouvement du 26 septembre (qui n’ont pas répondu à nos sollicitations). En ville, « nous marcherons autrement », écrit le collectif, qui espère rassembler « des millions » de personnes dans les rues. Ailleurs, « la mobilisation prendra d’autres formes », par exemple « de la désobéissance civile, des piquets de grève ou de musique, des barrages filtrants, des assemblées ».
« Viens avec ta famille, tes potes, ta classe. Mets ton gilet. Filme, poste, partage, raconte », proposent les organisateurs, qui tablent sur les réseaux sociaux pour donner de l’écho à leur colère. Celle-ci tient en un slogan : « On en a marre ! » « Marre de payer le plein, les courses et le loyer toujours plus chers », développe le texte de revendications, évoquant pêle-mêle le prix de l’essence, les allocations, le budget 2027 et les « superprofits du pétrole » avant de faire le pont avec le mouvement lycéen.
Pas de préavis de grève à la SNCF
Tout comme Sud Rail, la CGT a apporté son « soutien » à ce mouvement du 17 octobre, « portant sur les revendications sociales d’augmentation des salaires et pensions, de baisse des prix et de défense d’un service public à hauteur des besoins ». Elle prévoit de participer aux rassemblements « partout où les conditions sont réunies », sans toutefois préciser celles-ci. Mais les plus grosses organisations syndicales n’appellent pas à descendre dans les rues ce samedi. Côté transports, aucun préavis de grève n’a d’ailleurs été déposé ni à la SNCF ni à la RATP, ce qui laisse penser que la circulation des transports en commun ne devrait pas être impactée. Idem dans le secteur aérien, où un préavis de grève des pilotes, hôtesses de l’air et stewards lancé fin septembre a été suspendu.
Impossible, à l’aube de cette nouvelle journée de colère sociale, de savoir quelle sera l’ampleur de la mobilisation. Notamment celle des lycéens, alors que débutent deux semaines de vacances. « C’est un moyen de pouvoir recentrer nos dynamiques, recentrer nos revendications, et de continuer la lutte d’une manière qui est un petit peu différente », espère Lydia Hamadene l’une des responsables du mouvement en région parisienne. Quant à la mobilisation des gilets jaunes, c’est l’autre grande inconnue de l’équation. Ces derniers jours, plusieurs personnalités historiques du mouvement, comme Jérôme Rodrigues et Maxime Nicolle, ont apporté leur soutien au mouvement du 17 octobre, en expliquant qu’ils y retrouvent les revendications de l’époque.
En 2018, le record de participation des gilets jaunes fut de 282 000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur, le 17 novembre. Selon une note des renseignements, ils pourraient être jusqu’à 150 000 dans les rues, ce samedi en dehors de Paris, et 40 000 dans la capitale. « Les anciens des ronds-points et les lycéens des blocus, les darons, et la génération TikTok : on se retrouve », annonce le mot d’ordre des gilets jaunes.