Social. IA : depuis ChatGPT, 75 000 CDI de moins par an pour les jeunes dans les métiers les plus exposés
Selon une étude d'HEC et de la Banque de France, les embauches en CDI des 21-29 ans décrochent depuis fin 2022 dans les métiers les plus exposés à l'IA.
La rédaction avec AFP -
Aujourd’hui à 19:04 | mis à jour aujourd’hui à 19:12
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Le marché du travail s'est figé pour les jeunes travailleurs depuis 2022 en France dans les métiers les plus exposés à l'IA générative, avec quelque 75 000 CDI signés en moins par an, met en lumière une étude du Laboratoire de l'innovation et du futur du travail d'HEC et de la Banque de France.
Fondée sur les mouvements de main-d'œuvre répertoriés par le ministère du Travail, elle classe les métiers en cinq catégories, des plus exposés à l'IA générative (développeurs informatiques, traducteurs, journalistes, techniciens d'opérations bancaires...) aux moins exposés (aides-soignants, assistantes maternelles, ouvriers qualifiés d'entretien des bâtiments...).
Des embauches en baisse de près de 22 %
Le résultat est net : « dans les métiers exposés, les embauches de jeunes en CDI décrochent depuis fin 2022 », une date qui correspond à l'arrivée de ChatGPT auprès du grand public en France. En mars 2026, le nombre d'embauches en CDI de 21-29 ans dans ces métiers était inférieur de 28,3 % à son niveau de novembre 2022, soit 75 000 CDI de moins sur un an pour cette tranche d'âge. La baisse, limitée à 7,5 % pour les métiers les moins exposés, atteint un record chez les développeurs informatiques, dont les embauches en CDI s'effondrent de 42 % sur la période.
Ce recul ne traduit pas un report vers les CDD, puisque, tous contrats confondus, les embauches des 21-29 ans baissent de 22,1 % dans les métiers les plus exposés. Dans le même temps, les fins de CDI reculent aussi beaucoup plus fortement dans ces métiers que dans ceux qui sont les moins exposés à l'IA.
« Une sorte de pénurie »
« Il y a moins de mouvements dans les deux sens, donc cela ne veut pas dire que l'IA détruit des emplois mais qu'on a un marché du travail qui s'est complètement bloqué pour les jeunes », décrypte pour l'AFP l'un des auteurs, l'économiste Antonin Bergeaud. « Une entreprise qui confie à l'IA une partie des tâches habituellement dévolues aux débutants n'a pas besoin de licencier, il lui suffit de moins recruter et de ne pas remplacer certains départs », explique-t-il.
Si la baisse a atteint un plateau pour certains métiers et pourrait ensuite connaître un rebond, le chercheur met en garde contre les conséquences de ce gel d'ici une décennie. « Si vous avez arrêté de recruter pendant plusieurs années, vous avez arrêté de former certaines compétences et vous allez avoir des jeunes qui vont aussi changer de filière, et donc il va y avoir une sorte de pénurie », avertit-il.