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Smartphones, drones et navires désorientés : le GPS déraille en Pologne

Les données de la station de surveillance de l’Instytut Łączności – Państwowy Instytut Badawczy à Gdańsk, transmises à l’Agence polonaise de presse (PAP), montrent une hausse spectaculaire de l’ampleur du phénomène. Au pic de la saison estivale, des perturbations de plusieurs heures affectant toutes les bandes GNSS (GPS, GLONASS, Galileo, BeiDou) se produisaient pendant près de 70 % des jours du mois.

Les anomalies sont enregistrées régulièrement depuis janvier 2024, mais au début de 2026 leur fréquence et leur intensité ont brusquement augmenté. En mai et juin, des perturbations importantes et prolongées sur toutes les bandes sont apparues pendant environ 70 % des jours, tandis que les journées totalement exemptes de problèmes ne représentaient que 10 % en mai et 13 % en juin.

Au cours des 19 premiers jours d’août, la part des jours avec des perturbations complètes a atteint 63 %, la navigation sur les téléphones et les récepteurs civils tombait en panne en moyenne deux jours sur trois. Des dysfonctionnements partiels, limités à une seule bande, survenaient durant l’été avec une fréquence allant d’une dizaine à près de 30 % des jours.

Origine externe du phénomène

L’Instytut Łączności indique que la source est de nature externe et liée à l’activité de systèmes de guerre électronique dans le bassin de la mer Baltique. Les experts soulignent que les perturbations sont permanentes et qu’elles se maintiendront tant que des opérations nécessitant l’émission de signaux de brouillage se poursuivront dans la région.

Des conclusions similaires ressortent de mesures indépendantes réalisées par des entreprises comme Blue Dot Solutions: en juillet 2026, des stations situées en Poméranie ont enregistré des perturbations pendant près de 90 heures (plus de 12 à 20 % du temps mensuel, selon la méthodologie). Ici, le problème concernait la bande L1, cruciale pour les utilisateurs civils.

Les conséquences ne touchent pas seulement les utilisateurs de cartes sur smartphone, confrontés à des erreurs de localisation, à des pertes de signal ou à l’impossibilité de calculer un itinéraire.

Les difficultés affectent aussi les systèmes de transport urbain et partagé: la localisation des vélos en libre-service, des trottinettes ou des flottes de véhicules est parfois erronée. Les vols de drones, qu’ils soient de loisir ou commerciaux, deviennent risqués, l’appareil pouvant perdre la stabilisation de sa position, illustre le portail Interia.

Les perturbations affectent également la navigation maritime et l’aviation. Des navires peuvent afficher des positions erronées: un bâtiment se trouvant au large de Hel apparaît parfois sur le lagon de la Vistule. Le 21 août 2026, le chasseur de mines polonais ORP Albatros a subi un brouillage GPS lors d’une opération en mer Baltique, comme l’a confirmé dans un message sur X le Commandement allié des forces interarmées de l’OTAN à Brunssum.

Selon Interia, des experts de l’Université de technologie de Gdańsk, de l’Université maritime de Gdynia et de l’Instytut Łączności affirment depuis des mois que les principales sources de perturbation et de falsification du signal (spoofing) se trouvent dans l’oblast de Kaliningrad.

La Pologne fait partie des régions les plus exposées – une large partie de son territoire, notamment aux altitudes de croisière, se trouve dans le rayon d’action des moyens de brouillage issus de cette zone. La Lituanie a signalé en 2026 un développement significatif de l’infrastructure de spoofing à Kaliningrad (le nombre d’antennes est passé de quelques-unes au début de 2025 à plusieurs dizaines), ce qui permet de falsifier les signaux dans un rayon pouvant atteindre 450 km, couvrant une grande partie de la Pologne, des pays baltes ainsi que des portions de la Scandinavie.

L’Instytut Łączności recommande de ne pas se fier uniquement aux cartes sur téléphone. Il est préférable de recourir à des méthodes traditionnelles d’orientation sur le terrain ou de télécharger au préalable des cartes hors ligne. À plus long terme, la Pologne développe ses propres systèmes de surveillance, notamment un portail basé sur le réseau ASG-EUPOS et un futur réseau de capteurs de l’Agence spatiale polonaise. Le phénomène est de nature hybride et étroitement lié à la situation géopolitique dans la région de la Baltique.

Autres cas de perturbations du GPS en Europe

Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, des dizaines (et selon certains rapports des centaines) d’incidents similaires ont été recensés en Europe, en particulier dans les régions baltiques et nordiques ainsi qu’au-dessus de la mer Noire. Des responsables et experts occidentaux désignent systématiquement la Russie, qui affirme que ces actions sont de nature défensive (protection contre les drones ukrainiens), tandis que les pays baltes et nordiques soulignent que la portée et l’intensité des perturbations dépassent largement les frontières et constituent une provocation systématique.

En septembre 2025, nous avons relaté comment un avion de combat espagnol transportant la ministre de la Défense Margarita Robles a signalé des perturbations GPS lors d’un vol à proximité de Kaliningrad, en route vers la Lituanie. Les systèmes de l’appareil ont enregistré une tentative de brouillage, mais grâce aux protections militaires et aux systèmes de secours, le vol s’est déroulé sans conséquences majeures.

Au début du même mois, en septembre 2025, l’avion transportant la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a perdu (ou enregistré de fortes perturbations) du signal GPS lors de son approche de l’aéroport de Plovdiv en Bulgarie. Les autorités bulgares ont d’abord évoqué une possible ingérence de la Russie. L’appareil a atterri en sécurité grâce aux systèmes de secours. L’incident a toutefois suscité un large débat, même si certaines données de suivi de vol ont jeté le doute sur l’ampleur réelle de la perte de signal.

Un problème européen

Les pays baltes et nordiques alertent depuis des années sur l’ampleur croissante du problème. L’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Finlande et la Suède ont signalé une multiplication du nombre d’incidents.

Les perturbations affectent l’aviation civile (certaines compagnies ont dérouté ou suspendu des vols), la navigation maritime (des navires contraints de revenir à des méthodes de navigation traditionnelles) ainsi que les drones. Des problèmes similaires ont été signalés dans la région du golfe de Finlande, au-dessus de Bornholm (Danemark). Des brouillages se produisent également au-dessus de la mer Noire (Roumanie, Bulgarie) et dans d’autres zones frontalières.

L’OTAN intensifie ses activités de surveillance et de lutte contre les perturbations des vols civils, et les experts soulignent la nécessité de développer des systèmes de navigation et de contrôle plus résilients.