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"Si on se montre tous du doigt, on va être dans la guerre de l’eau" : les 10 000 habitants de cette petite ville du Lot ont failli manquer d'eau, il est temps de tirer les leçons d'un été sous tension pour la rivière

l'essentiel Après un été marqué par des débits au plus bas et une alimentation en eau potable sous tension à Figeac, la rivière Célé est devenue le symbole d’une ressource extrêmement fragile. Mais après vingt-cinq ans d’actions, Benjamin Fraysse considère qu'il faut désormais accélérer l’adaptation, faire évoluer les usages et apprendre à mieux partager la ressource. L'électrochoc de l'été caniculaire passé, le nouveau président du syndicat mixte Célé-Lot médian entend travailler avec les agriculteurs et les acteurs du territoire pour dessiner une solution d'avenir.

Le Célé a retrouvé de l’eau, mais aussi une couleur marron. Les dernières pluies ont raviné les champs et chargé la rivière. Non loin, un particulier nettoie son véhicule dans la rue à grands coups de jet d’eau. Malgré l’arrêté préfectoral qui restreint depuis plusieurs semaines les usages, la consigne semble déjà loin. Tant que l’eau coule au robinet, la fragilité de la ressource reste parfois difficile à percevoir. Mais la pluie ne signifie pas la fin de la crise. "Le niveau est remonté hier soir, mais la descente est encore plus rapide", alerte Joël Trémoulet, directeur du syndicat mixte Célé-Lot médian. Les précipitations annoncées devraient permettre de repousser de quelques jours une situation qui reste toujours critique.

"Un été qu’on va voir et revoir"

Élu en juin à la présidence du syndicat, Benjamin Fraysse aura été immédiatement plongé dans le vif du sujet. Le maire de Saint-Perdoux entame son mandat après un été où le débit du Célé est passé sous son seuil critique de 620 litres par seconde, jusqu’à environ 450. Mais la crise n’a pas été seulement quantitative. La température élevée de l’eau a aussi affecté sa qualité et la biodiversité. "Ce qui m’étonne, c’est que ce ne soit pas arrivé avant", confie le nouveau président. "On n’est pas forcément sur un été exceptionnel. On est sur un été qu’on va voir et revoir." Un avertissement d’autant plus saisissant que quelques mois auparavant, en février, les sols atteignaient des niveaux records d’humidité.

La menace sur l’alimentation en eau potable a attiré les médias nationaux. "Figeac, c’est une ville de 10 000 habitants et il n’y en a pas beaucoup de cette taille confrontées à ces questions-là." La rupture a été évitée, mais la crise a touché bien d’autres usages. Le manque d’eau a pénalisé les loueurs de canoës et, en pleine canicule, fragilisé les lieux de baignade.

"Le syndicat travaille sur ces questions depuis 25 ans"

Benjamin Fraysse refuse toutefois l’idée d’un territoire qui aurait attendu cet été pour réagir, citant la restauration des cours d’eau et des zones humides, la végétalisation des berges pour limiter le réchauffement de la rivière, le suivi des débits, de la température et de la qualité de l'eau. "Le syndicat travaille sur ces questions depuis 25 ans", insiste l'élu. "Ce n’est pas cet été qu’il vient réveiller la conscience politique des décideurs. S’il n’y avait pas eu tout ce travail, la situation aurait sans doute été beaucoup plus catastrophique".

L’action se joue à l’échelle de tout le bassin, notamment avec le monde agricole. "La meilleure manière de stocker de l’eau, c’est d’avoir des sols vivants", rappelle Benjamin Fraysse. Le syndicat travaille déjà avec la Chambre d’agriculture, les Fermes de Figeac, Bio 46 sur l’adaptation de l’élevage et des pratiques au changement climatique.

L’agriculture occupera une place importante dans les discussions sur le partage de la ressource. Mais pas question d’en faire le bouc émissaire. "Si on se montre tous les uns les autres du doigt, on va être dans la guerre de l’eau. Nous, il faut qu’on soit dans la gestion de l’eau." Certaines pratiques devront évoluer, reconnaît-il, mais "changer un modèle agricole, ça ne se fait pas d’un claquement de doigts et ça ne se fait pas sans accompagnement". L’enjeu est aussi de conserver une agriculture viable et une capacité à produire sur le territoire.

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Et l’effort ne concernera pas seulement les agriculteurs. Benjamin Fraysse rappelle que la consommation d’eau a doublé en cinquante ans. Collectivités, entreprises et habitants devront eux aussi revoir certains usages, de la récupération de l’eau de pluie à des équipements moins consommateurs. "Il y aura un retour à la sobriété qui sera nécessaire." Un changement qui passera aussi par la pédagogie et une meilleure compréhension de ce bien commun.

"Cet été a été un déclencheur" : les nouveaux défis d'aménagements et de gestion des eaux

C’est l’une des ambitions que Benjamin Fraysse fixe à son mandat : poursuivre le travail engagé mais profiter de l’électrochoc de l’été pour "prendre à bras-le-corps le sujet". Des échanges ont déjà eu lieu avec le Département, le Grand Figeac, le Parc naturel régional, la ville de Figeac, l’Agence de l’eau et les acteurs agricoles. "Cet été a été un déclencheur."

La Commission locale de l’eau, véritable "parlement de l’eau", doit maintenant être réinstallée et piloter la révision du Sage (Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux). Élus, services de l’État et usagers devront y confronter les besoins de l’agriculture, de l’eau potable, de l’économie, du tourisme, des loisirs et de la biodiversité. Avec, forcément, des compromis à trouver.

Et déjà se profile l’autre extrême. Après la sécheresse, le syndicat se prépare au risque de crues. Joël Tremoulet rappelle le précédent de 2003, marqué par une forte sécheresse et une canicule avant une importante crue quelques mois plus tard. Du robinet qui continue de couler malgré la sécheresse aux crues qui peuvent suivre, l’enjeu est de retrouver une vision globale de la ressource. "Il ne faut surtout pas qu’on voie la rivière comme un tuyau", insiste Benjamin Fraysse. Ni une réserve dans laquelle il suffirait de puiser, mais un milieu vivant dont dépendent l’eau potable comme nos activités. Une approche que le nouveau président veut placer au cœur de son mandat.