"Si on a de l’eau, on peut sauver la filière pruneau d'Agen" : à Villeneuve-sur-Lot, les agriculteurs demandent à l'État plus d'irrigation et plus de stockage d'eau pour leurs vergers
l'essentiel Le préfet du Lot-et-Garonne, Bruno André, a visité mardi les vergers de Patrick et Baptiste Léger à Villeneuve-sur-Lot. Les agriculteurs ont démontré que l'irrigation réduit les pertes de récolte à 20 % contre 50 à 60 % sans eau. Face au changement climatique, ils appellent les services de l'État à permettre aux agriculteurs d'améliorer les infrastructures de stockage d'eau pour préserver la filière pruneau.
Bruno André, le préfet du Lot-et-Garonne, était de retour dans le Villeneuvois auprès des agriculteurs, ce mardi. Il était invité sur l’exploitation de Patrick Léger et de son fils Baptiste, à Villeneuve-sur-Lot, pour une visite de plusieurs vergers de pruniers d’Ente et de noisetiers. Accompagné du maire de Villeneuve-sur-Lot, Guillaume Lepers, de la députée du Lot-et-Garonne, Émeline Rey-Rinchet, et de la sous-préfète de Villeneuve, Dalila Zane, le pruniculteur, également conseiller municipal villeneuvois, a voulu montrer au plus haut représentant de l’État comment l’irrigation avait atténué les dégâts causés aux arbres fruitiers par les épisodes de canicule.
Les pruniers irrigués ? "C’est environ 20 % de pertes"
"Aujourd’hui, M. le préfet, j’ai voulu prendre le contre-pied de ce qu’on entend partout, du catastrophisme ambiant, déclare Patrick Léger. Vous ne verrez pas de vergers cramés comme vous avez pu en voir ces dernières semaines. Vous allez voir des vergers irrigués, qui ont bien mieux résisté aux épisodes de fortes chaleurs. L’eau, c’est la vie et, si on a de l’eau aujourd’hui, on peut produire. Si on n’en a pas, ça sera compliqué."
Le constat est sans détour. Quand les vergers qui n’ont pas été irrigués semblent avoir été brûlés, ceux qui ont été arrosés constamment pendant la canicule ont un aspect quasiment normal.
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Sur cette exploitation alimentée grâce aux réseaux d’associations syndicales autorisées (ASA) locales, qui prélèvent l’eau dans le Lot, les vergers ont bien mieux résisté que d’autres. Les pertes restent, en effet, limitées malgré des conditions climatiques extrêmes. Le producteur estime avoir perdu "environ 20 % de son potentiel de récolte sur les pruniers irrigués", confie Baptiste Léger. À l’inverse, "dans les vergers privés d’eau, les pertes sont évaluées entre 50 et 60 %", ajoute ce dernier.
En montrant cette réalité aux services de l’État, qui multiplient les restrictions d’eau lors des épisodes caniculaires, les producteurs de prunes veulent faire passer un message d’espoir, mais aussi d’urgence : l’irrigation est devenue indispensable pour préserver les arbres et maintenir une production. "Si on a de l’eau, on peut sauver les meubles et on peut continuer à faire du pruneau."
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Des besoins en eau qui explosent
Avec le changement climatique, les besoins en eau des exploitations ont explosé ces dernières années. "Jusqu’à maintenant, on disait qu’arroser un verger de pruniers nécessitait 1 200 m³ d’eau par hectare, confie Patrick Léger. Il faut savoir que, cette année, avec les fortes chaleurs, on est à 2 000 m³. Avec la nouvelle canicule, on va passer à 2 400 m³."
Selon les exploitants, les réseaux d’irrigation, conçus il y a plusieurs décennies, fonctionnent aujourd’hui quasiment à pleine capacité. Et les réserves existantes, les petits lacs et étangs rattachés aux exploitations, ne suffisent plus à répondre à des besoins qui augmentent sous l’effet des températures et de l’allongement des périodes sèches.
Le principal enjeu pour les paysans est désormais la capacité de stockage. "Nos exploitations ont été multipliées par quatre ou cinq. Et on ne nous a pas laissé la possibilité d’agrandir nos lacs", déplore Patrick Léger.
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Ils plaident pour la création ou l’agrandissement de retenues collinaires afin de capter une partie des eaux hivernales, qui repartent aujourd’hui vers les cours d’eau puis vers la mer. "Aujourd’hui, si on n’a pas d’eau, il faut pouvoir en stocker."
Au-delà de la récolte de cette année, les producteurs s’inquiètent pour l’avenir de l’arboriculture. Selon eux, les exploitations dépourvues d’irrigation peinent déjà à trouver des repreneurs. Cela pourrait être pire dans le futur avec l’aggravation du changement climatique. "Aujourd’hui, les exploitations où il n’y a pas d’eau ne trouvent pas de repreneur. C’est-à-dire que c’est la friche. Et des parcelles qui ne sont pas entretenues sont des terrains favorables aux incendies de végétation, fait remarquer le pruniculteur villeneuvois. Aujourd’hui, si on veut des jeunes qui puissent s’installer, qui puissent en vivre, il faut de l’eau. Il faut stocker de l’eau."
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Malgré les difficultés, les producteurs refusent de céder au fatalisme. Leur message est clair : la filière pruneau a encore un avenir si elle dispose des moyens de s’adapter. "J’ai vu ces derniers temps dans les médias que la filière pruneaux d’Agen était morte, qu’il n’y avait pas d’eau, que toutes les prunes étaient tombées, que tous les arbres avaient crevé. Ce n’est pas vrai. Si on a de l’eau pour les vergers, on peut sauver la filière pruneau d’Agen."