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Serge Pauwels est-il encore l’homme de la situation ? 'Heureusement que c’est du cyclisme, si c’est du football, il est dehors' - RTBF Actus

Jérôme Helguers, envoyé spécial à Montréal, trouve que nos journalistes et consultants s’étaient montrés trop dur sur les choix de Serge Pauwels avant même que la course n’ait débuté.

"Le sentiment que ça me laisse, et c’est peut-être facile à dire, c’est qu’on peut refaire 10 fois, 100 fois cette course avec les conditions qu’on avait hier et c’était impossible d’avoir un belge champion du monde", analyse notre journaliste.

Pour lui, c’était d’ailleurs utopique de placer Wout van Aert parmi les favoris : "Sur un tel parcours, il devait être dans la forme de sa vie et on sait qu’à son âge il n’aura plus jamais les jambes qu’il avait par exemple sur le Tour de France 2022 quand il emmenait Vingegaard dans Hautacam. Ce n’était plus possible. Ce qui me laisse juste un petit doute, c’est de voir effectivement que des mecs comme Matthews ou Pedersen se retrouvent finalement dans le top 10. Mais alors, van Aert devait faire une course d’attente et on n’aurait certainement pas eu le même scénario qu’on a vécu".

Concernant Remco Evenepoel, il y avait finalement peu de choses à dire sur sa course puisqu’il a lui-même reconnu une panne de jambes. "Après, faire 12e dans un tel championnat du monde en ayant une mauvaise journée, ce n’est quand même pas mal", indique Jérôme Helguers. "Je ne comprenais rien à la course de Remco parce qu’on avait l’impression qu’il avait une forme en montagne russe. Dès que ça montait, il semblait complètement à la dérive, et puis sur le plat et les descentes, il arrivait chaque fois à revenir. En fait, il a fait du yo-yo, mais avec un tel Remco, pour moi, c’était impossible de gagner".

Il soulignait toutefois l’abnégation du Belge, qui s’est battu jusqu’au bout avec la condition du jour avant de se montrer très honnête en interview.

A un moment donné, la Belgique semblait cependant bien placée dans la course et au point tactiquement lorsque Wout van Aert était dans le groupe de tête et Remco Evenepoel en attente avec les autres favoris dans le groupe de contre. "Tactiquement, c’est parfait, mais le scénario peut très bien changer totalement", analyse Laurent Bruwier. "Si à un moment, on hésite, on se regarde et on ne veut pas rouler derrière, il y avait quand même Quinn Simmons avec eux, il y avait Mathieu, Wout, Onley. À un moment, qui doit rouler ? Les Français, mais ils ont déjà roulé depuis le kilomètre 50, donc il n’y en a plus beaucoup. Ça aurait très bien pu partir. Et à ce moment-là, on se serait dit génial, super coup. Van Aert n’est peut-être pas champion du monde ou il est champion du monde, mais de toute façon, c’était ce qu’on avait prévu. Après ça, c’est la course. Ici, on a eu un truc de dingue. Ils ont décidé de partir dans tous les sens. C’était le feu d’artifice, mais on n’en a pas chaque fois".

Pour Cameron Vandenbroucke, c’est justement cette course de mouvement qui a empêché les équipiers belges de jouer un rôle dans la course : "Ils n’ont pas servi à grand-chose, entre guillemets, parce qu’ils n’en ont simplement pas eu l’occasion. Avec le cyclisme moderne, ça attaque déjà à 100 km de l’arrivée et ce sont les leaders qui doivent déjà prendre leurs responsabilités. Donc les équipiers, ils n’ont simplement pas su faire leur travail. Tactiquement, les Belges, c’était parfait, simplement les deux leaders n’avaient pas les jambes".

Ce qui interroge Laurent Bruwier, c’est l’absence de certains coureurs belges en forme, qui auraient peut-être pu peser sur la course : "Quand je vois McNulty qui va au bout, je me dis, Van Eetvelt, il aurait été où si on le met ? Il est en forme, il fait peut-être une médaille".

Rodrigo Beenkens met alors les pieds dans le plat et se questionne sur les choix de Serge Pauwels. "Heureusement, c’est du cyclisme, parce que si c’est du football, il est dehors", avance même notre journaliste. "Je suis volontairement un peu provocateur, mais quand vous êtes l’équipe favorite, vous êtes le seul pays qui a deux gars qui disent ouvertement ‘je veux être champion du monde, on a le meilleur collectif’, et vous êtes 12ème et 25ème, avec autant de talent, sur base du résultat, c’est un échec".

Mais notre journaliste se montre tout de même positif quant au travail du sélectionneur : "Je trouve que la grande victoire de Pauwels, c’est qu’il a démontré hier qu’il a la personnalité, le charisme pour faire travailler ensemble van Aert et Evenepoel. Ce que van Aert a fait pour Evenepoel, pour le remettre dans la course à une médaille… Après, on peut dire que s’ils sont bien, c’est peut-être à un Benoot ou un Van Gils de faire ça, mais ils n’étaient plus là. Ça, c’est quand même un esprit qu’il a réussi à créer. Pauwels, c’était un très bon coureur, mais ce n’est pas Eddy Merckx ou José De Cauwer, donc, on pouvait se poser la question de savoir s’il avait la personnalité pour gérer ça. La réponse est oui".

Rodrigo Beenkens se montre finalement assez positif quant à la tactique belge. "On n’en a pas trop fait avec Segaert. Au début, on ne s’est pas mis à plat ventre. Et finalement, au moment où van Aert est devant, on a l’impression qu’Evenepoel est dans un fauteuil", analyse notre journaliste. "Il n’y a pas les oreillettes. Moi, j’ai envie de lui dire bravo au niveau stratégique. Ce n’est pas lui qui pédale".

Le questionnement qui revient une nouvelle fois est le nom des coureurs sélectionnés par Serge Pauwels, mais pour Rodrigo Beenkens, "c’est trop court pour remettre en cause la personnalité d’un Pauwels. Et je dis bien la personnalité, car on a une génération exceptionnelle, comme on n’en a jamais eu, mais Pogacar ne sera pas absent chaque année".

Pour Laurent Bruwier, la force de l’équipe belge a peut-être un peu été surestimée : "Est-ce qu’on avait vraiment le meilleur collectif sur le papier ? Je vois l’équipe anglaise, elle était très forte, l’équipe américaine, elle était très, très forte aussi. On avait l’équipe avec les deux plus beaux leaders, ça, c’est une certitude…"

Une interrogation que partage Rodrigo Beenkens, qui se demande également si le fait d’avoir deux leaders n’a pas desservi la Belgique : "On avait un plan A, un plan B, le plan van Aert, et le plan Evenepoel. Même si je pense que tout le monde aurait roulé pour tout le monde, en ayant les jambes, on sentait quand même que l’équipe était construite à la fois en fonction du scénario A et du scénario B. Et on ne peut pas avoir le scénario A et le scénario B en même temps. Finalement, on a eu le scénario C avec une panne de jambes pour tout le monde".