Santé mentale : quand l’art aide à briser les préjugés au Centre Hospitalier Intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël
Et si une peinture, une chanson ou quelques pas de danse permettaient de raconter ce que les mots peinent parfois à exprimer ? Au Centre hospitalier intercommunal (CHI) de Fréjus Saint-Raphaël, l’art s’invite au cœur de la psychiatrie. Avec pour ambition de faire tomber les barrières, de libérer la parole et de rappeler que les personnes souffrant de troubles psychiques ont toute leur place dans la société.
Cette année, la 37ᵉ édition de la Semaine d’information sur la santé mentale s’articule autour d’un thème évocateur : « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts ». Une invitation à découvrir la création artistique autrement, mais aussi à dépasser les représentations qui entourent encore les maladies psychiques.
Au sein de l’établissement, les œuvres réalisées par les patients des hôpitaux de jour sont exposées dans le hall de l’hôpital. Une reconnaissance importante pour ces artistes, dont les créations avaient déjà été présentées l’an dernier au centre culturel de Saint-Raphaël. Et dont l’envie de recommencer ne s’est pas fait attendre.
« La demande de participation est de plus en plus forte », observe le docteur Elena Natrella, chef du pôle de psychiatrie adulte du CHI. Elle se souvient de l’impatience des patients, cette année, à l’idée de savoir si leurs œuvres seraient de nouveau exposées au public.
« La psychiatrie, ce n’est pas que la peur »
Derrière ces tableaux et ces expressions artistiques, il y a bien davantage qu’une activité thérapeutique. Il y a la possibilité de donner une forme à une souffrance parfois difficile à partager, de l’extérioriser et de trouver une autre manière d’entrer en relation avec les autres.
« Pour le patient, c’est déjà le moyen de sublimer la souffrance, en lui faisant prendre une forme artistique », explique le docteur Elena Natrella.
La psychiatre insiste sur un autre bénéfice : le regard porté par la société. Montrer les créations des patients, c’est aussi leur permettre d’être reconnus autrement que par leurs troubles. C’est déplacer le regard, de la maladie vers la personne, de la souffrance vers ce qu’elle est capable de produire et de partager.
« L’idée de la Semaine d’information sur la santé mentale initialement, et c’est toujours le cas, c’est la déstigmatisation de troubles psychiques. C’est la déstigmatisation des patients, pour souligner que ça peut arriver à tout le monde. Il faut faire avec et ne pas avoir peur, il y a le moyen d’aller mieux, malgré ou parfois grâce à cette souffrance », souligne-t-elle.
L’enjeu est de rappeler que les troubles psychiques ne doivent pas conduire à l’exclusion. La psychiatrie évolue vers une prise en charge qui favorise l’inclusion dans la vie collective, loin de l’image de l’enfermement qui lui a longtemps été associée.
« La psychiatrie, ce n’est pas que la peur, ce n’est pas que la souffrance, mais c’est par exemple aussi le tableau qui a pu être réalisé grâce à cette souffrance », résume la praticienne.
Trois rendez-vous pour poursuivre les échanges
Pour prolonger cette démarche au-delà des murs de l’hôpital, trois événements sont encore proposés au public.
Samedi 10 octobre, à 20 h 45, le cinéma Le Lido, à Saint-Raphaël, accueillera une séance gratuite autour du film Emmène-moi. La projection sera suivie d’un ciné-débat avec des soignants en psychiatrie, afin d’échanger sur les sujets abordés dans le film et de répondre aux questions du public.
Mardi 13 octobre, de 11 h 30 à 13 h 30, l’association ISATIS ouvrira ses portes à Saint-Raphaël. Un stand d’information et un vernissage permettront de découvrir ses actions et d’échanger autour de la santé mentale.
Enfin, mercredi 14 octobre, à partir de 9 h 30, le CHI accueillera une journée consacrée à l’art visuel et vivant, à la salle polyvalente de l’hôpital. Au programme : expositions, ateliers, projections, conférence et lectures de poèmes. Les patients pourront également s’exprimer à travers le chant et la danse.
Autant de façons de rappeler que la santé mentale ne se résume pas à une maladie ou à un parcours de soins. Elle concerne chacun d’entre nous. Et que l’art, en ouvrant un espace d’expression et de rencontre, peut contribuer à rapprocher les personnes et à faire reculer les préjugés.