Santé. Éclipse : à Paris, les urgences ophtalmologiques déjà sous tension
L'éclipse solaire du 12 août, la plus profonde observée en France depuis 1999, a rapidement fait sentir ses effets sur les yeux. Aux urgences ophtalmologiques de l'Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, à Paris, une dizaine de patients se sont déjà présentés en début de soirée, et les appels au téléphone se multiplient.
À l'Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild de Paris, Alexandra Simard et Juan Tendero-Tourné -
Aujourd’hui à 00:24 | mis à jour hier à 00:35
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Ce mercredi 12 août 2026, la France a vécu son éclipse solaire la plus spectaculaire depuis le 11 août 1999. Partielle sur l'ensemble du territoire mais exceptionnellement profonde, elle a masqué jusqu'à 99,5 % du disque solaire dans le Sud-Ouest et plus de 90 % dans de nombreuses régions, à l'approche du coucher du Soleil.
Le maximum a été atteint vers 20 h 20, un rendez-vous céleste qui ne se reproduira pas en métropole avant plusieurs décennies. Revers du spectacle : le risque pour les yeux. À l'Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, l'un des trois seuls centres franciliens à assurer les urgences ophtalmologiques 24 h/24, les premiers patients sont arrivés vers 21 h 30.
L'éclipse vue depuis l'Espagne. Photo Sipa/Luis Soto
« J'ai croisé l'éclipse par hasard »
Une petite dizaine ont déjà fréquenté l'hôpital depuis le début de soirée, avec des symptômes variables : certains souffrent d'une kératite, une atteinte de la surface de la cornée. Un patient d'une vingtaine d'années se plaignait d'une tache noire obstruant son champ de vision, un symptôme qui inquiète mais face auquel les médecins se montrent plutôt positifs. Depuis 21 heures, les appels affluent aussi par téléphone. « On n'a pas le temps de répondre », indique un soignant de l'hôpital. En salle d'attente, Danielle, 65 ans, patiente avec quatre autres personnes. « J'ai croisé l'éclipse par hasard en voiture, j'ai une douleur à l'œil, mais je vois normalement », raconte-t-elle. Un peu plus tôt dans la soirée, Thomas Schwartz, docteur junior de deuxième année en ophtalmologie, de garde avec une interne, décrivait un début de service plus calme. « Pour l'instant, on a de la chance, c'était plutôt calme », confiait-il alors, avec trois ou quatre patients déjà reçus.
Que peuvent faire les médecins ? Peu de choses, en réalité. Sur la cornée, ils peuvent prescrire des larmes artificielles et de la pommade pour aider à cicatriser. Mais lorsque c'est la rétine qui est touchée, « on est simplement spectateur », résume le praticien. Pas de traitement, pas d'hospitalisation : seulement du constat, puis de l'attente. La récupération, quand elle a lieu, prend plusieurs semaines. « Même si on voit une tache sombre au centre du champ de vision, ça peut s'améliorer avec le temps », veut croire le médecin, sans garantie toutefois d'un retour complet. Les patients reçus sont majoritairement jeunes, âgés de 15 à 35 ans, et pour l'essentiel victimes d'un simple coup d'oeil. « Ils ont aperçu l'éclipse le temps de tourner la tête », raconte Thomas Schwartz. L'une conduisait et a jeté un regard vers la rue, une autre se tenait face à une fenêtre chez son frère. « Pour l'instant, je n'ai eu personne qui l'a regardée volontairement », note-t-il.
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Une petite dizaine de patients ont déjà fréquenté l'hôpital depuis le début de soirée. Photo Alexandra Simard.
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Une petite dizaine de patients ont déjà fréquenté l'hôpital depuis le début de soirée. Photo Alexandra Simard.
Une campagne de prévention insuffisante ?
Ces premiers cas surviennent malgré une intense campagne de prévention sur les réseaux sociaux et dans les médias. « Ça ne m'étonne pas, tout le monde n'a pas pu se procurer de lunettes et tout le monde n'est pas aussi sensibilisé », observe le jeune ophtalmologue. Avant l'événement, le ministère de la Santé avait jugé le phénomène « bien anticipé sur le plan sanitaire » et n'avait pas prévu de renfort exceptionnel des services d'urgence. Reste un message, martelé par les spécialistes : en cas de vision floue, de tache sombre ou de déformation des lignes droites dans les heures ou les jours qui suivent, il faut consulter un ophtalmologue ou se rendre aux urgences.