Des jouets potentiellement contaminés à l’amiante au Canada
Depuis la fin de l'année dernière, plusieurs pays ont demandé le retrait du marché de dizaines de jouets à base de sable destinés aux tout-petits et contenant des traces d’amiante. Des écoles ont même été fermées en Australie pendant qu’on les sortait des classes.
Le Canada, lui, se contente de rappeler discrètement deux produits issus du même fabricant. Pourtant, des jouets similaires à ceux rappelés ailleurs dans le monde sont encore en vente libre ici, et plusieurs sont vraisemblablement en circulation dans des garderies ou des écoles.
Inertie, manque d’intérêt : l’Association pour les victimes de l’amiante du Québec (AVAQ) ne se gêne pas pour critiquer l’attitude de Santé Canada par rapport à cette situation qu’elle juge préoccupante.
Un enfant qui est dans une garderie, qui joue innocemment avec un jouet, il faut le protéger, s’indigne son président, Javier Blondal. Lui, mais aussi l'éducatrice qui travaille avec lui, la personne qui manipule les jouets, qui les lave.
Ces jouets, ce sont des sables colorés à dessiner ou à modeler, mais également des jouets à presser (squishies, comme les appellent les enfants) et des figurines élastiques qui reprennent leur forme et dans lesquels se trouve le sable qui pourrait contenir de l’amiante amphibole, un matériau dangereux qui peut causer d’importantes maladies respiratoires si on y est exposé. Les jouets en question sont destinés à des enfants aussi jeunes que 3 ans.
Les enfants peuvent mordre ou briser le jouet, s’inquiète Javier Blonval. Ce sont des niveaux d'exposition qu'on n'est pas capable de contrôler.
Ce ne sont pas tous les enfants qui vont avoir des problèmes. Mais on parle d'une hypothèse selon laquelle, dans quelques années, on va commencer à voir des enfants qui vont présenter des problèmes respiratoires liés à l’amiante.
Si on élimine le jouet, on peut être plus tranquille, souligne-t-il.
Rappels sur plusieurs continents
En Australie, au moins 22 produits pour enfants contenant du sable, dont un grand nombre étaient vendus chez de grands distributeurs australiens, ont fait l'objet d'un rappel entre novembre 2025 et mai de cette année en raison de craintes qu'ils contiennent de l'amiante.
Selon le média australien ABC, c’est d’abord par pur hasard que la présence d'amiante a été détectée dans un laboratoire de Brisbane. L'amiante est interdit en Australie. Les autorités ont donc rapidement fermé des centaines d’écoles dans le pays, du territoire de la capitale australienne à la Tasmanie, en passant par le Queensland et de la région du sud de l’Australie.
La Nouvelle-Zélande, où certains de ces produits avaient également été vendus, a également procédé à un rappel.
En février, c’était au tour de la France d’émettre une alerte sanitaire et de rappeler plus d’une vingtaine de jouets similaires.

Ces coffrets de confection de bijoux font l’objet d’un rappel en France.
Photo : Rappel Conso
Le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont également emboîté le pas. Plus d’une centaine de produits sont rappelés.
En mai, les autorités américaines ont elles aussi détecté de l’amiante dans des produits similaires : 121 000 jouets à presser font l’objet d’un rappel.
Une enquête a également été ouverte en Belgique.
Il y a quelques jours, une étude de la Commission australienne de la concurrence et de la consommation (ACCC) et de l'Université de technologie d'Auckland (AUT) (nouvelle fenêtre), faite à partir de jouets rappelés en Nouvelle-Zélande, a révélé que 90 % des échantillons du sable qui se trouvait dans les jouets libéraient de l'amiante dans l'air lorsqu'on jouait avec. Les fibres d’amiante provenaient d’une contamination naturelle des gisements de matières premières utilisés pour la texture des produits, du sable de quartz ou des poudres minérales.
C'est importé de pays où on produit beaucoup de choses, et les contrôles de qualité sont moindres que les nôtres, explique le président de l’AVAQ.
Des jouets fabriqués en Chine, par exemple, qui sont plus problématiques, se ramassent ici. [...] Ce qui est préoccupant, c’est qu’il s’agit de jouets qui sont peut-être dans des garderies, des centres pour la petite enfance, où les enfants risquent d’être plus exposés, craint-il.
Et c’est disponible en vente libre à partir du Canada, poursuit-il. Il y a des entreprises qui font des importations, comme les magasins qui vendent des articles à un dollar, ou sur Internet.

Ce jouet, photographié dans un magasin à grande surface à Montréal, devrait être visé par un rappel, selon l’AVAQ.
Photo : Association des victimes de l’amiante du Québec
L’AVAQ a notamment trouvé certains jouets à base de sable et susceptibles d’être contaminés à l’amiante dans une succursale d’un magasin à grande surface à Montréal.
Radio-Canada a pu vérifier que certains des jouets rappelés en France étaient en vente ici, dans des boutiques de jouets canadiennes. Il était également possible de commander certains d’entre eux en ligne.

Un exemple d’un des jouets à presser rappelé en France, mais qui est encore disponible au Canada.
Photo : Capture d'écran
Santé Canada a bel et bien publié en mars (nouvelle fenêtre) un rappel concernant des jouets à base de sable, sans tambour ni trompette, mais il vise seulement deux produits de l'entreprise Addo Play : les créations d’art en sable et les bougies créatives Out To Impress.
Dans le document en ligne, on peut lire que le problème, c’est que les tests ont révélé la présence possible de fibres d’amiante dans les échantillons de chaque produit. On y conseille aux consommateurs de cesser immédiatement d'utiliser les produits rappelés et les éliminez [sic] conformément à
des directives précises.
Il faut notamment éloigner les personnes qui ont été en contact avec le produit, nettoyer la zone où il a été utilisé avec un linge humide, sceller l’emballage et les gants et masques qui auraient servi au nettoyage. On leur indique qu’ils peuvent exiger un remboursement du fabricant. Mais rien sur leur exposition potentielle.
Par courriel, Santé Canada a laissé savoir qu’elle n’a reçu aucun signalement d’incident lié à la présence d’amiante dans les produits faisant l’objet du rappel ni dans aucun autre jouet depuis la publication de ce rappel.