Sans son pétrole, l'Europe serait dans une situation bien plus difficile: la Norvège défie l'UE qui lui demande de cesser de forer dans l’Arctique
Publié aujourd'hui à 14h11
Lire dans l'appL'Union européenne va maintenir son appel à un moratoire sur le développement de nouveaux gisements d'hydrocarbures dans l'Arctique, a indiqué lundi 21 septembre un porte-parole de la Commission européenne, malgré les demandes de la Norvège, l'un des principaux fournisseurs d'énergie du continent.
L'Union européenne reste ferme. La Commission maintient son appel à un moratoire sur le développement de forages dans l'Arctique, face à une Norvège qui la joue solo et qui en a assez d'être la "batterie verte" de l'Europe. En effet, Oslo a décidé de faire fi de l'avis de l'UE en continuant de développer ses ressources pétrolières et gazières dans l'Arctique. L'UE doit présenter cet automne une version révisée de sa stratégie arctique, dont la dernière mouture remonte à 2021.
"Notre approche concernant le moratoire restera inchangée: nos politiques ont pour objectifs de lutter contre le changement climatique et la dégradation de l'environnement et de soutenir un développement économique durable", a indiqué un porte-parole de la Commission dans un courriel ce lundi.
Reste que la Norvège n'a juridiquement aucune obligation de respecter ce moratoire. Le pays n'est pas membre de l'Union européenne et même s'il appartient à l'Espace économique européen (EEE) et applique à ce titre une large partie des règles du marché intérieur, Oslo conserve ses droits souverains sur les ressources de son plateau continental. C'est donc bien le gouvernement norvégien, et non Bruxelles, qui décide d'autoriser ou non de nouveaux forages.
L'UE ne peut donc pas sanctionner la Norvège mais dispose en revanche de leviers indirects comme le durcissement des normes climatiques et environnementales applicables aux hydrocarbures commercialisés sur son marché, réduire progressivement sa consommation d'énergies fossiles ou conditionner certains futurs partenariats énergétiques. Des moyens de pression loin d'être anodins pour Oslo puisque le plateau continental norvégien fournit aujourd'hui environ 30% du gaz et 14% du pétrole consommés dans l'UE et au Royaume-Uni.
Le premier fournisseur de gaz naturel de l'UE
Pour convaincre Bruxelles du bien-fondé des forages dans l'Arctique, le premier fournisseur de gaz naturel de l'UE pointait la vulnérabilité des approvisionnements en provenance du Moyen-Orient.
Conséquence de la guerre entre les États-Unis et l'Iran, le trafic pétrolier et gazier dans le détroit d'Ormuz, point de passage essentiel pour les approvisionnements mondiaux en énergie, a été très fortement perturbé ces derniers mois.
"La Norvège décide de ses ressources, pas l'UE", a rappelé lundi le ministre norvégien de l'Energie, Terje Aasland, dans un courriel envoyé par ses services.
"Sans les livraisons norvégiennes, la situation énergétique en Europe serait bien plus difficile. La Norvège est un fournisseur stable et fiable de pétrole et de gaz, et cela vaut aussi pour notre production en mer de Barents", a-t-il ajouté.
Plusieurs organisations de défense de l'environnement et acteurs de la finance durable ont salué l'annonce de Bruxelles. "Même dans un contexte de grave crise énergétique et de lobbying intense du gouvernement norvégien, l'UE donne la priorité au climat et à la nature arctique. Cela mérite un grand respect", a déclaré Fredric Hauge, fondateur de l'ONG norvégienne Bellona.
La Norvège continue cependant d'ouvrir de nouvelles zones à l'exploration pétrolière et gazière, y compris en mer de Barents.
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