Sanctions russes : une fermeté en trompe-l'œil
Coup sur coup, quelques jours après le bouclage au forceps d'un nouveau paquet de sanctions contre la Russie par les Européens fin juillet – le 21e… -, on apprend par l'agence de presse Bloomberg que le mois dernier, la Belgique, à l'instar d'autres pays européens, a à peine réduit ses importations de gaz russe. Quant au 21e train de sanctions, cette fois centré sur le gel du prix du pétrole russe, il est facilement contournable, explique un expert des marchés de l'énergie dans nos colonnes. Ces contradictions sont assez représentatives du fonctionnement ordinaire des sanctions européennes. Chaque nouveau paquet est présenté comme un tournant décisif, avant d'être aussitôt assorti de dérogations obtenues au terme d'âpres négociations nationales. La Grèce défend son armateur, le Portugal son cabillaud, l'Allemagne son industrie agroalimentaire, d'autres leurs banques ou leur tourisme. Les intérêts nationaux ne sont pas illégitimes ; ils sont même prévisibles. Ce qui l'est davantage, c'est de continuer à présenter ces compromis comme une démonstration de fermeté absolue.
L'UE alloue 1,4 milliard d'euros issus des avoirs russes gelés à l'UkraineLe même décalage apparaît donc aussi dans le mécanisme de plafonnement du pétrole russe. Sur le papier, l'outil est sophistiqué. Dans les faits, il repose largement sur des attestations difficilement vérifiables, tandis que la flotte fantôme russe continue de contourner massivement le dispositif, malgré les annonces régulières d'arraisonnements de bateaux. Les enquêtes se multiplient ; les sanctions, elles, demeurent rarissimes.
Personne ne prétend que sanctionner une puissance exportatrice d'énergie soit simple, surtout dans un contexte de guerre au Moyen-Orient. Personne n'ignore non plus qu'une rupture brutale aurait un coût pour les économies européennes. Mais alors il faut renoncer à une communication qui laisse croire que chaque nouveau train de sanctions rapproche mécaniquement la fin de la guerre. Parce que les victimes ne cessent de s'amonceler. Ces 24 dernières heures, près de 20 personnes sont encore tombées à Kiev. Les Ukrainiens continuent de payer chaque jour le prix d'une guerre que les sanctions devaient contribuer à écourter. Une politique publique peut être imparfaite ; elle ne devrait jamais devenir un exercice de communication. Car à force de proclamer une fermeté que les faits démentent, l'Europe continue de fragiliser sa crédibilité sur la scène internationale. Et à l'égard du Kremlin.
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