"S’il n’y a ni confiance ni plaisir entre l’homme et le chien, cela ne marchera pas" : dans le Lot, cet éducateur comportementalisme canin transmet sa passion
l'essentiel Fils d’un ancien maître-chien de la gendarmerie, Florent Vanhuffel a toujours vécu entouré de chiens. À 44 ans, ce Figeacois, salarié chez Ratier-Figeac, a créé Ô my Dog. Éducateur comportementaliste canin diplômé, il accompagne chiens et maîtres avec une priorité : comprendre l’animal avant de vouloir le faire obéir.
"Le premier truc que j’ai fait quand je suis parti de chez mes parents, c’est prendre un chien." Chez Florent Vanhuffel, la passion remonte à l’enfance. Son père était maître-chien dans la gendarmerie, formé au Centre national d’instruction cynophile de Gramat. Florent attendra pourtant ses 18 ans pour avoir son premier compagnon, une femelle doberman. "C’était vraiment fusionnel." Des rottweilers suivront. "C’est un chien puissant, mais qui sait aussi être un chien de canapé. Il aime l’activité mais sait s’arrêter. Un peu comme moi !"
Il n’imagine pas encore en faire une activité professionnelle. Électricien de formation, passé par le commerce, Florent vit dix ans à Toulouse avant de revenir dans le Lot. "Je ne supportais plus la ville. Dès que je suis revenu ici, je me suis senti apaisé." Il intègre ensuite Ratier-Figeac, où il travaille toujours. En parallèle, le projet canin prend forme. "J’avais besoin d’avoir une activité passion. Mon père était maître-chien, j’ai toujours eu des chiens. Quand j’ai trouvé ce que je voulais faire, je me suis dit : pourquoi je n’y ai pas pensé avant ?"
Grâce à un projet de transition professionnelle, il suit dix mois de formation au CFPPA du Lot. "C’est une formation diplômante reconnue par l’État. On apprend l’éthologie, comment le chien grandit, mémorise et apprend. En gros, on essaie de se mettre dans sa peau. On apprend beaucoup de théorie, puis il faut savoir l’appliquer à chaque situation." Car l’éducation concerne aussi celui qui tient la laisse. "Un bon éducateur doit être autant à l’aise avec les chiens qu’avec les humains. Parfois, il faut faire comprendre à quelqu’un que le problème ne vient pas forcément de son chien."
"Le assis-couché n’est pas la priorité"
Sur son terrain à Ceint-d’Eau, Florent privilégie les cours collectifs et accueille les chiots dès deux mois. "Quand les gens arrivent avec un chiot, ils veulent tout de suite du assis et du couché. Ce n’est pas la priorité. Ce qu’on travaille d’abord, c’est la socialisation."
Rencontrer d’autres chiens, apprendre leurs codes, découvrir différents environnements : les premières semaines sont déterminantes. "Il faut laisser les chiens communiquer. Si un chiot est trop turbulent, on l’écarte, on attend qu’il se calme puis on le remet dans l’interaction. Sans violence."
"L’odeur est aussi importante que la balade"
Chez Ô my dog, le fil rouge reste le plaisir. "Le travail doit être agréable pour le chien et pour l’humain. S’il n’écoute plus, on lui demande quelque chose de simple, on récompense et on arrête. On veut un chien capable de se contrôler, mais pas fabriquer des robots. On n’est pas là pour faire des chiens militaires."
Et les cours collectifs ne se limitent pas au terrain. Randonnées et exercices de recherche complètent les séances. "On pense à la dépense physique du chien, pas suffisamment à sa dépense mentale. L’odeur est aussi importante que la balade. Ça les fatigue différemment." Ces activités peuvent aussi aider les chiens réactifs. "Concentrés sur une recherche olfactive, ils ont tendance à oublier un peu les congénères autour d’eux." En randonnée, l’observation reste essentielle. "Je ne mets pas les chiens dans n’importe quel ordre. Un chien craintif, je vais plutôt le placer derrière. Au milieu, il peut se sentir coincé." Florent travaille autant sur la confiance du propriétaire que sur le comportement de son compagnon. "Une personne stressée, qui imagine toujours le pire, va transmettre quelque chose à son chien. Je suis aussi là pour rassurer les gens et leur apprendre à refaire confiance."
L’accompagnement peut même commencer avant l’arrivée du chien. "On choisit souvent une race parce qu’elle est belle, sans connaître ses besoins. Il faut regarder son rythme de vie, le temps qu’on peut lui consacrer et ce qu’on attend de lui." Derrière toutes les méthodes, Florent revient au même principe. "S’il n’y a aucune notion de confiance et de plaisir entre l’homme et l’animal, cela ne marchera pas."
Au fil des mois, Ô my dog est aussi devenu un réseau. Plus d’une centaine de personnes suivent le groupe WhatsApp où circulent rendez-vous, conseils et questions, avec même des achats groupés de croquettes. Florent, désormais épaulé par l’éducatrice canine Audrey Duvant, développe des événements, comme le Cani Christmas prévu en novembre à Alvignac qui réunira propriétaires de chiens et professionnels autour d’ateliers et d’activités canines. Au printemps, il proposera une formation pour accompagner les propriétaires de chiens LOF vers les expositions et concours. "Il y a un vide entre le particulier et le monde des professionnels." Autant d’occasions de faire vivre autour du chien une communauté qui ne cesse de grandir.