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Romain Lacotte, apiculteur: «Cette année nous avons déjà perdu 40% de notre production de miel» à cause de la chaleur

Les vagues de chaleur en série et la sécheresse persistante qui sévissent cet été en Europe affectent lourdement les populations d'abeilles. Résultat: les professionnels du secteur sont inquiets pour leurs colonies et la récolte de miel. Romain Lacotte est apiculteur en Haute-Corrèze, un territoire du centre de la France considéré comme l'un des châteaux d'eau du pays, où sa famille possède mille ruches. Mais même ici, le manque de pluie et la chaleur se font sentir... 

Publié le : 14/08/2026 - 20:53Modifié le : 14/08/2026 - 20:58

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RFI : À partir de quelle température vos abeilles souffrent-elles de la chaleur ?

Romain Lacotte : La chaleur affecte surtout la colonie, c’est-à-dire la ruche avec, à l'intérieur, les abeilles. La colonie a besoin d’une température de 35 degrés dans la ruche. Quand celle-ci grimpe au-delà, les abeilles peuvent la régler par ventilation : il y aura alors des abeilles devant l’entrée de la ruche qui ventilent avec leurs ailes afin de provoquer un cycle d’air. D’autres vont y poser des gouttes d’eau afin de créer de l’humidité, ce qui réduira la température à l’intérieur de la colonie.

Quel est ce phénomène qu’on appelle « faire la barbe devant la ruche » ?

C’est le signe que les abeilles ont chaud dans la ruche. Elles vont donc en sortir pour y laisser plus d’air parce qu’à l’intérieur, l’espace entre deux cadres correspond pile à l’épaisseur de deux abeilles. Quand il fait froid, elles arrivent à régler la température en se serrant les unes aux autres. Mais quand il fait très chaud, elles ont du mal à supporter cette promiscuité, raison pour laquelle les abeilles sortent de la ruche. Elles libèrent alors de l’espace pour laisser ventiler la ruche. Et quand les abeilles sont toutes dehors et s’agrippent devant l’entrée, cela ressemble à une barbe, d’où l’expression.

Au-delà de la chaleur, quels sont les effets de la sécheresse sur vos abeilles ?

En raison de la sécheresse et de la chaleur, les plantes ont toutes fleuri plus tôt que d’habitude cette année. Celles qui fleurissent habituellement en août étaient déjà en fleurs en juin, ce qui crée aujourd'hui des pénuries. Les colonies d’abeilles n’arrivent plus à trouver assez de provisions. À cause de l'assèchement des plantes, il y a moins de nectar. Et sans nectar, les abeilles meurent de faim.

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Dans un premier temps, la famine chez les abeilles se traduit par une diminution de leur activité. Elles ne se déplacent plus et restent dans leur ruche. Elles ne peuvent plus voler. Normalement, une butineuse, avant de partir, va se gorger en provisions afin d’avoir assez d’énergie pour supporter son vol. Une fois son nectar collecté, elle en consommera une partie sur son chemin de retour et ce qui lui restera sera mis au profit de la colonie pour créer le miel. Mais sans ressources, les abeilles ne sont plus capables de voler. Dans la seconde phase de la famine, elles vont commencer à faire du cannibalisme et à manger leurs propres larves ainsi que ce qu'il y a à l'intérieur des cellules, à savoir toute la bouillie larvaire qu'elles avaient donnée initialement pour que les larves se transforment en abeilles. C’est leur dernier recours.

Avez-vous le moyen de les sauver ?

Nous sommes obligés de les nourrir : on leur donne du sirop, un mélange d'eau et de sucre. Mais cela nous impacte aussi, nous, apiculteurs, parce que cela conduit à l'augmentation de nos charges. Certains apiculteurs des départements du sud de la France - où tout fleurit très vite puis sèche très vite et où, par conséquent, les colonies meurent de faim - emmènent des centaines, voire des milliers de ruches dans d’autres régions plus propices, comme la nôtre, pour que leurs colonies puissent profiter d’autres ressources. Mais cela crée une concurrence : nous, on se limite à des ruchers - des emplacements - de vingt-quatre ruches. Un apiculteur en transhumance peut, lui, poser quatre-vingts ruches au même endroit, ce qui crée d’un seul coup une surpopulation, une concurrence pour les abeilles des ruches autour mais aussi pour les autres insectes polinisateurs. Notre région a été victime de ce genre de pratiques, certains posant des centaines de ruches, ce qui affecte le milieu naturel et nous-mêmes.

Quel est l’impact de la sécheresse et de la chaleur sur votre production de miel cette année ?

Nous constatons une diminution de plus de 40% de notre production par rapport à ce qu'on a fait depuis 30 ans.

Ces jours-ci, nous avons eu quelques pluies en Corrèze qui ont permis la floraison d’autres plantes, comme la reine des prés ou la verge d’or, des ressources que nos abeilles peuvent collecter un petit peu. Puis nous allons continuer de les accompagner pour être sûrs qu’elles aient assez de provisions pour pouvoir passer l’hiver et être prêtes pour le printemps.

À lire aussiAura-t-on encore du miel et des abeilles à l’avenir?

L’année dernière a été fructueuse, mais il y a deux ans, c’était déjà catastrophique, alors qu’auparavant, on avait des miellées [période durant laquelle les abeilles trouvent du nectar en abondance dans leur environnement et produisent du miel, NDLR] plus franches qui nous permettaient d’avoir notre quota de miel pour vivre et payer nos charges. Aujourd’hui les miellées se déroulent sur des périodes très courtes, tout s’enchaine très vite. Et il n'y a pas que la sécheresse et la chaleur qui nous affectent, il y a aussi la déforestation. Les bois naturels, qui offrent beaucoup de ressources aux abeilles, disparaissent de plus en plus. Tout devient plus incertain.