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Rêve de gosse et carrière sans faute pour un pilote, trahi par son F-35 - Heidi.news

Tony Bartelme

Publié le 03 août 2026 à 16:08. / Modifié le 04 août 2026 à 09:07.

Charles Del Pizzo a toujours voulu voler. De vieilles photos en sont la preuve. Elles s’affichent sur l’écran de l’ordinateur portable ouvert sur le plan de travail d’une maison encore vide, près de Washington, D.C.

Le voilà sur un cliché défraîchi par le temps, âgé de 2 ou 3 ans, souriant dans le cockpit d’un A-4 Skyhawk désaffecté, sur une base aérienne de Floride, l’avion que son père pilotait au Vietnam. Un immense casque blanc recouvre les cheveux rouge vif du petit garçon.

Ce vendredi 31 juillet 2026, un autre F-35B américain s’est écrasé près de la base aérienne de Miramar, à San Diego. Le pilote est aussi parvenu à s’éjecter, à la dernière seconde, à 30 mètres du sol. Cet accident, dont les causes ne sont pas encore éclaircies, s’inscrit dans le sillage de l’histoire que nous publions ici: le crash, en septembre 2023, d’un F-35B en Caroline du Sud.

Sur un autre cliché, à peu près au même âge, il semble minuscule à côté de la chemise d’uniforme kaki de son père, ornée de ses insignes de la Marine et de ses rubans. Et là, sur une troisième photo, il sourit encore plus largement dans la veste de cérémonie de la Marine de son père, tandis que celui-ci le tient dans ses bras, souriant lui aussi.

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Dès l'âge de 2 ou 3 ans, Charles «Tre» Del Pizzo rêvait de voler. | DR

Retraite et déménagement forcés

Del Pizzo détourne les yeux de son ordinateur portable. Autour de lui, la maison résonne de cet écho propre aux maisons vides. Lui et sa famille vont bientôt y apporter leurs affaires. Après 31 ans passés dans les Marines, il a été mis à la retraite. Il est arrivé ce matin-là de Yuma, dans l’Arizona, après avoir conduit un camion de location U-Haul sur près de 4000 km, sa Jeep remorquée à l’arrière.

Del Pizzo est un homme mince aux cheveux roux, épais. Il ne correspond pas au cliché du pilote arrogant des films américains. Il est sûr de lui, mais lance de temps en temps des blagues d’autodérision. Il parle plus facilement des gens de son entourage que de lui-même. Et notamment de son grand-père.

À côté de son ordinateur, dans la cuisine, se trouve la tasse en métal que son grand-père avait emportée pendant toute la Seconde Guerre mondiale, gravée à la main des noms des pays européens qu’il avait traversés sous le commandement du général George Patton. «Mon grand-père, c’était un jeune Italien pauvre de Philadelphie qui avait épousé une riche Irlandaise rencontrée à l’église. C’était un de ces types capables d’entendre une chanson une seule fois et de la rejouer au piano sans avoir pris de cours.»

Dans les pas du père

En grandissant, Del Pizzo pensait qu’il finirait dans la Navy, comme son père. «Mon père savait réparer n’importe quoi sur une voiture. Vous savez, c’est drôle ce qu’on perd au fil des générations – par exemple, je ne parle pas italien et je ne sais pas réparer de voitures. Mais je suppose que j’ai hérité du gène de pilote.»

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La tasse que portait, pendant la Seconde Guerre mondiale, le grand-père de Charles «Tre» Del Pizzo. | Robert Scheer / Post & Courier

Après la guerre du Vietnam, son père a piloté des avions à réaction pour la compagnie Eastern Airlines, aujourd’hui disparue. La famille a déménagé à Atlanta, une plaque tournante majeure du trafic aérien.

«J’étais un enfant de la compagnie. Mon père adorait voler, et je ne me souviens pas d’une seule période de mon enfance où je n’ai pas rêvé de piloter des avions à réaction, tout comme mon père.»

À 17 ans, il suit un camp d’entraînement à Parris Island, en Caroline du Sud, mais il pense toujours qu’il finira dans la Navy, comme son père. Après ce camp, il entre à l’université d’Auburn, conciliant ses études et l’entraînement militaire pendant les étés. Il change également de cap. Les Marines lui ont proposé un parcours plus rapide vers le pilotage d’avions à réaction que la Navy. Après avoir obtenu son diplôme en droit pénal, il s’inscrit directement à l’école de pilotage de Pensacola, en Floride.

À cette époque, il possède déjà sa licence de pilote, et son amour du vol ne fait que grandir à mesure qu’il accumule des heures de vol: ces ciels nocturnes mystérieux, ces aubes où l’on perce la couche nuageuse pour apercevoir le soleil levant posé à son sommet. Il pouvait pleuvoir et faire sombre en dessous, mais là-haut, c’était merveilleux.

«Quand je suis dans les airs, j’ai l’impression que c’est là que je suis censé être. Et quand je ne suis pas dans les airs, j’ai envie d’y retourner.»

Première expérience de combat

À 25 ans, il pilote des Harriers, ces avions britanniques trapus et musclés qui furent les premiers chasseurs à décoller et atterrir à la verticale, à la manière d’un hélicoptère. Son surnom est alors «Cheez», qui rime vaguement avec la façon dont il prononce Del Pizzo (Peezo). La capacité du Harrier (busard, en français) à voler en stationnaire permettait aux pilotes d’atterrir sans piste. Mais ces appareils étaient de véritables monstres à piloter.

L’armée suisse attend la livraison de ses F-35A. Le 30 juin 2021, le Conseil fédéral a finalement choisi Lockheed Martin comme fournisseur de ses nouveaux avions de combat. Le contrat est signé le 19 septembre 2022. La commande initiale de 36 appareils pour 6 milliards de francs a été baissée à 30 en raison de la hausse du prix. L'assemblage du premier caisson de voilure a débuté en mai 2026, en Géorgie. Les premiers avions devraient atterrir sur le sol helvétique à partir de la mi-2028. Mais une initiative populaire «Non aux F-35» a été lancée au printemps 2026 et doit récolter ses signatures avant le 28 octobre 2027.

Au cours des deux premières décennies de service du Harrier, au moins 45 Marines ont trouvé la mort dans des accidents hors combat, ce qui en a fait l’un des avions les plus dangereux à piloter. Au fil du temps, les Marines ont procédé à des ajustements et amélioré leurs procédures, et le taux d’accidents a diminué. Mais l’armée a continué à sélectionner les pilotes les plus chevronnés pour piloter ces appareils capricieux.

En 2003, Del Pizzo est déployé au Moyen-Orient dans le cadre de l’opération «Liberté pour l’Irak». Cela sera sa première expérience de combat. Son père est venu le voir juste avant son départ. Ils n’avaient jamais vraiment parlé du Vietnam. Charles a donc été un peu surpris lorsque son père l’a pris dans ses bras et lui a dit: «Tu sais, je suis parti à la guerre pour que tu n’aies pas à le faire.»

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Charles Del Pizzo (deuxième à partir de la droite) à la tête d'une escadrille de Harrier au-dessus de l'Irak en 2016, en route vers Mossoul. Les Harriers étaient les avions à réaction les plus dangereux de l'armée. | DR

Peu après, Del Pizzo pénètre dans l’espace aérien irakien avec 11 autres Harriers et des centaines d’appareils américains et alliés. Le soleil vient de se coucher. Le ciel qui s’assombrit est rempli d’obus d’artillerie irakienne à longue portée qui volent au-dessus d’eux. Des missiles balistiques se dirigent vers eux. Il voit des explosions au-dessus d’une colline où des Marines au sol ont percé une ligne de défense. Mais au moment de larguer sa bombe de deux tonnes, celle-ci refuse de se détacher, bloquée par un élément trop serré. C’est l’heure de la boucle OODA. Observer: la bombe est toujours là. Orienter: l’avion est en bon état. Décider, agir: poursuivre la mission et ramener l’avion à la base.

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