Revalidation des toxicomanes : "La capacité d'accueil est restée inchangée pendant 3 ans !" Seulement 63 places en centres d'hébergement agréés par Bruxelles
Le constat est clairement partagé par les acteurs de la sécurité. "Bruxelles traverse une crise majeure liée à la drogue. Dans ce contexte, il ne suffit pas de parler uniquement de police, de sécurité et de nuisances. La prévention, l'accueil, les soins, le traitement et le logement… sans cela, il est impossible d'apporter une réponse structurelle à la crise de la drogue." Le député, Benjamin Dalle (CD & V), soutien de la majorité actuelle, a donc interrogé les ministres en charge de la santé et de l'action sociale à la Cocom, Ahmed Laaouej (PS) et Dirk De Smedt (Anders), sur les centres de revalidation pour toxicomanes. Et selon le député, les chiffres apportés montrent que "la chaîne de prise en charge de la toxicomanie se grippe à des moments cruciaux".
Neuf places de crise
Il existe plusieurs dispositifs de "revalidation et de réadaptation pour toxicomanes" et parmi eux, on trouve surtout les centres d'hébergement qui permettent donc un suivi plus soutenu. Dans les centres conventionnés ou subsidiés par Iriscare (organisme d'intérêt public qui gère la protection sociale et la santé), la capacité d'accueil n'a pas évolué au cours des années 2023, 2024 et 2025… On compte 63 places pour la Région. Et à la connaissance d'Iriscare, il n'existe pas d'autre organisme qui agrée ce type d'hébergement à Bruxelles.
Vague de fusillades à Bruxelles, les brigades antigang et canines sous un commandement unique : "Quasi 100 % des auteurs sont arrêtés"Parmi elles, 9 sont destinées à des situations dites "de crise" (maximum deux semaines de séjour), 10 sont réservées pour des séjours courts (trois mois maximum) et 44 pour un séjour de longue durée.
En 2027, 24 places d'hébergement d'urgence (abris) ouvriront à LinkUp dans un espace commun avec la salle de consommation à moindre risque de Ribaucourt, et 15 autres sont prévues pour 2028 via le projet La Cabane.
Et chaque organisme qui propose des places a ses spécificités. Par exemple, La Pièce (séjour long) est spécialisée dans le suivi de personnes présentant des difficultés psychiques importantes associées à une consommation de produits illégaux.
Les profils des toxicomanes étant très diversifiés, les dispositifs doivent l'être aussi.
Ces places d'hébergement sont complétées par des cures de sevrage proposées par certaines unités spécialisées du secteur hospitalier (Unité 73 du CHU Brugmann, La Ramée de la clinique privée Epsylon). Ici on traite surtout le sevrage physique.
Ces cures intensives et courtes ne conviennent pas à tous les publics et ne peuvent pas suivre l'évolution des patients sur du plus long terme. De plus, certaines unités hospitalières refusent des patients si aucun parcours post-cure n'est prévu afin d'éviter que la personne ne retombe dans sa consommation juste après.
Les centres d'hébergement peuvent donc parfois servir de lieux post-cure pour un sevrage psychologique, gérer les difficultés qui refont surface sans la drogue et entamer une réinsertion sociale (certains centres n'acceptent pas les consommateurs actifs), tandis que d'autres peuvent être la porte d'entrée vers une cure voire proposer une cure, eux-mêmes, hors cadre hospitalier (places de crise) ce qui convient mieux dans certains cas.
Notons que des centres proposent aussi un accueil et un suivi de jour comme L'Orée (18 places) et Enaden (10 places).
Pour l'accompagnement des toxicomanes, on trouve aussi des dispositifs "bas seuil", autrement dit des espaces qui doivent accueillir tous les demandeurs sans condition stricte d'accès. Ici, on retrouve La M.A.S.S. (Maison d'Accueil Socio-Sanitaire) de Bruxelles et le Projet Lama. En 2024, la première accueillait déjà 63 patients par jour en moyenne. Pour le Projet Lama, on parle de 24 personnes par jour, en 2023. Ici, il ne s'agit donc pas d'hébergement.
"Un recul de 25 ans", "une explosion des maladies infectieuses" : le couperet est tombé pour les associations du secteur de la prévention à BruxellesPour Benjamin Dalle, le constat est frappant : "Le nombre de personnes qui se présentent en une seule journée dans un seul centre à bas seuil d'accès est équivalent au nombre total de places résidentielles disponibles dans toute la Région," déplore le député bruxellois.

"Nous perdons de précieuses occasions d'aider durablement des personnes"
Résultat : des taux d'occupation des centres d'hébergement qui crèvent le plafond. Pour les places de crise on navigue entre 108 % et plus de 113 % de taux d'occupation. 99 % pour les centres de jour et le centre de séjour court d'Enaden. 103 % pour le centre longue durée "C.A.T.S". La conséquence est directe : des durées d'attente interminables pour accéder à une place alors même que la démarche d'entrée dans un accompagnement de sortie de la toxicomanie n'est pas aisée pour les personnes touchées par des problématiques d'assuétudes.
Pour l'accueil de crise, au centre Enaden, il faut compter… 2 mois, pour un hébergement de deux semaines. Toujours chez Enaden, il fallait attendre 10 mois pour un séjour court en 2025, contre 7 en 2023. Pour un suivi en centre de jour, le délai d'attente peut atteindre 12 mois.
Drogue : la salle de consommation à Molenbeek est un projet "totalement inapproprié" selon des riverains, mais un moyen "d'apaiser" le quartier pour Transit"Cela signifie que, lorsque les personnes demandent de l'aide, elles n'y ont souvent tout simplement pas accès. Et nous ne savons même pas combien de personnes se voient refuser une place, puisque personne ne les comptabilise. Nous perdons ainsi de précieuses occasions d'aider durablement des personnes à sortir de la spirale de l'addiction," dénonce Benjamin Dalle.
"Les travailleurs de terrain se heurtent trop souvent à un mur"
Il reconnaît que "des investissements ont été réalisés dans la réduction des risques et le travail d'outreach" (aller proactivement à la rencontre du public cible).
On peut notamment citer ici le travail des équipes Sublink qui ont effectué plus de 6 300 interventions en 2025 auprès du public sans-abri présent sur le réseau de la Stib, ou de l'équipe Cover qui a proposé 1 124 suivis individuels entre janvier 2024 et mars 2025. Le projet Cores'ponsabilités a aussi mis en place 1 454 consultations médicales, 2 126 entretiens psychosociaux et a rencontré 2 082 usagers lors de maraudes. Des dispositifs qui sont davantage sous la coupole de Vivalis (l'Administration de référence en matière sociale-santé à Bruxelles).
On trouve aussi les deux salles de consommation à moindre risque (LinkUp et GATE), qui offrent elles aussi une porte d'entrée vers une trajectoire de soins. Plus de 30 200 passages ont été enregistrés chez GATE en 2024. L'ASBL Transit, qui gère GATE et LinkUp, propose aussi 22 lits (limités à 14 nuitées) réservés à un public consommateur de drogues licites ou illicites : alternative pour la police qui arrête une personne sous influence, accueil de congés pénitentiaires, personnes sans papiers… Ici, on ne met pas en place une cure ou une post-cure, mais on oriente vers les acteurs compétents en fonction des besoins des personnes.
"Il ne servira à rien": la création d'un futur commissaire régional aux drogues ne convainc pas les bourgmestres bruxellois"Ces investissements sont importants, concède Benjamin Dalle. Mais l'outreach et la réduction des risques ne peuvent fonctionner que si, derrière cette première ligne, des solutions réelles d'accueil, de stabilisation, de traitement et de logement sont disponibles. Aujourd'hui, les travailleurs de terrain se heurtent trop souvent à un mur : ils parviennent à entrer en contact avec les personnes, mais ne peuvent pas les orienter suffisamment rapidement vers une structure où elles pourront être accompagnées durablement, tout simplement parce qu'il n'y a pas de place."
La solution se résume souvent, en cas d'extrême urgence a placé une personne aux urgences classiques ou sur un lit d'un service psychiatrique non-spécialisé.
Pour le député, "le précédent gouvernement a trop peu investi dans les capacités structurelles d'accueil et de traitement. Il faut aujourd'hui corriger le tir. Le nouveau gouvernement bruxellois et le Collège réuni disposent de moyens supplémentaires : 2,5 millions d'euros cette année et 5 millions d'euros de manière structurelle à partir de l'année prochaine pour lutter contre les addictions et le sans-abrisme. Une part substantielle de ces moyens doit être consacrée à des capacités supplémentaires d'accueil et de soins, précisément aux maillons où le système est aujourd'hui bloqué".
En ce qui concerne Iriscare, le budget annuel s'élève à environ 12,84 millions d'euros pour les centres de revalidation agréés pour adultes présentant une problématique d'addiction.
Reste qu'un simple passage en revue des acteurs de la lutte contre les assuétudes à Bruxelles montre aussi une autre problématique. "Aujourd'hui, les compétences, les budgets et les structures de concertation sont beaucoup trop fragmentés. Bruxelles a besoin d'un pilotage clair et unifié, fondé sur des objectifs concrets, des données fiables et un suivi précis des capacités." Pour Benjamin Dalle, cela confirme "la nécessité de désigner un commissaire bruxellois à la drogue." Cette nomination est prévue dans les prochaines semaines.
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.