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Restrictions d’eau: les resquilleurs en ligne de mire?

« Depuis juillet, on le voit arroser sa pelouse, ou nettoyer son camping-car. C’est fou ! » Ce Breton domicilié dans la métropole brestoise s’exaspère de voir son voisin braver les interdits préfectoraux et les alertes et messages de sensibilisation d’Eau du Ponant, la régie de l’eau locale.

Et ce n’est pas la peur du contrôle qui devrait faire évoluer l’absence de civisme de son voisin. Rien n’incite aujourd’hui la mesure fine de la consommation d’eau des usagers (75 % de l’eau publique consommée en Bretagne), et le déclenchement de contrôles et d’amendes.

Obstacles techniques et juridiques

« Les raisons sont d’abord techniques et juridiques », résume un élu breton. Techniquement, il faudrait que les compteurs d’eau soient télérelevables, comme Linky pour l’électricité.

Leur déploiement reste pour l’heure plutôt confidentiel, même si certaines agglomérations ont déjà lancé cette transformation, à Vitré, Vannes, Lorient, Rennes, Dinard, Guingamp-Paimpol, Saint-Brieuc, Concarneau… À Brest métropole, les compteurs sont toujours mécaniques à une écrasante majorité, et « relevés manuellement, une fois par an », informe Arnaud Bechennec, directeur général adjoint en charge des opérations à Eau du Ponant.

Qui relève : « Même avec les compteurs de nouvelle génération, si une consommation suspecte était détectée, difficile de l’attribuer à un arrosage ou à tout autre usage non autorisé. » Les causes peuvent être nombreuses, et parfaitement licites : des invités à la maison, une fuite, des douches supplémentaires quand il fait très chaud…

Légalement, d’autres obstacles se dressent : interdiction de pénétrer dans une propriété privée, même par des agents assermentés, sans accord de l’occupant ou sans autorisation judiciaire ; éventuels contrôles par les airs (drones, etc.) mais difficiles à mettre en œuvre en raison de la législation ; complexité et longueur procédurales…

« Il faut plus de pédagogie sans doute »

Et les délations ? À Concarneau, l’une des villes bretonnes où la situation est la plus critique, les services de l’État ont reçu de tels signalements. À Brest, « très peu de cas », selon les autorités concernées, qui indiquent qu’« aucune suite n’est donnée quand les témoignages sont anonymes ».

Seuls deux agents de l’Office français de la biodiversité (OFB) assurent les contrôles dans le Finistère. « Ils seraient 100, cela changerait quoi ? Il faudrait qu’ils puissent constater l’infraction au moment pile où ils passent… », souffle une source administrative, qui estime que « les contrôles ne sont pas la solution ».

« Les comportements commencent à changer, estime pour sa part Benoît Bellec, directeur général des services (DGS) de Concarneau Cornouaille Agglomération. Il faut plus de pédagogie sans doute. » Douches (40 % de la consommation) plus courtes, chasse d’eau pleine à éviter (5 à 6 litres d’eau), mousseurs sur les robinets et pommeaux de douche (consommation divisée par deux), etc.

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Quant aux contrôles à distance, « il faudrait les outils, l’arsenal juridique et l’adhésion de la population. Et là, c’est un sujet sensible, comme pour les compteurs Linky », constate le DGS. « Nous débrieferons en septembre et réfléchirons à tout cela car, c’est certain, ce type de crise va se répéter. » Dans l’attente, la situation reste « tendue » à Concarneau. « C’est limite. Il faut vraiment qu’il pleuve », résume Benoît Bellec.