Réseaux sociaux : comment les bulles algorithmiques enferment lycéens et parents dans des réalités opposées
Nouvelle semaine de mobilisation dans les lycées. Un mouvement qui se passe beaucoup sur les réseaux sociaux. Et nous parlons des bulles algorithmiques dans lesquelles nous sommes enfermés sur ces réseaux. Celle des lycéens et celle de leurs parents…
Devant le lycée Jacques-Decour, dans le nord de Paris, Lina, 17 ans, en terminale, fait défiler son fil TikTok. Depuis le début du mouvement, elle ne voit presque que ça : des vidéos de blocus, de CRS, de lycéens qui dénoncent les violences policières. « Ce sont souvent des vidéos qui visent à prendre parti », reconnaît-elle.
Sur Facebook, ses parents vivent une tout autre réalité. Eux reçoivent des images de casseurs et de dégradations, qu’ils lui transfèrent avec un avertissement : « Attention si tu vas aux blocus. » Même chose pour Elwan, l’une des figures du mouvement : Lina voit surtout des vidéos qui lui sont favorables, ses parents celles où il s’énerve ou dit une bétise à la télévision.
Le « fossé de perception »
Ce phénomène est documenté. David Chavalarias, chercheur au CNRS et auteur de Toxic Data, parle de « fossé de perception » : « Ce que vous voyez du camp d’en face, ce sont souvent des caricatures des personnalités du camp d’en face. »
Peut-on en sortir ? En partie. Premier conseil de Thibault Philippette, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’UCLouvain, en Belgique : ne pas rester passif. « Plus on est passif, plus l’algorithme va nous recommander les mêmes contenus. » Il faut donc chercher activement l’information, plutôt que de laisser l’algorithme décider à notre place.
Et un parent qui voudrait voir ce que voit son enfant en likant des vidéos lycéennes ? Peine perdue, selon le chercheur. Un algorithme nourri pendant des années de contenus conservateurs ne bascule pas comme ça vers un fil « jeune de gauche ». Traverser cette rivière prend du temps, et dans la plupart des cas, cela n’arrivera jamais.
Changer de réseau, changer d'algo
Reste une solution plus radicale, défendue par David Chavalarias : quitter les plateformes qui polarisent pour des réseaux conçus pour éviter ces travers, comme Mastodon, Bluesky ou Eurosky. Des réseaux encore confidentiels face aux géants TikTok ou Instagram. Logique : ils sont beaucoup moins addictifs.