Reportage. Mobilisation lycéenne : « La jeunesse ne se laisse jamais éteindre »… les manifestants maintiennent la pression
« On ne lâchera rien. » Dans le cortège de tête de la manifestation parisienne des lycéens et des étudiants, Ryad Rani, le président de l’Union syndicale lycéenne, est toujours aussi déterminé. « Il n’y a toujours rien de concret du côté du gouvernement, donc on appelle à continuer les blocages », explique-t-il, confirmant qu’il sera reçu jeudi par le ministre de l’Éducation, avec d’autres représentants d’organisations lycéennes.
Certes, les cortèges semblent un peu moins denses que la semaine précédente, le ministère de l’Intérieur recensant 161 500 manifestants en France, contre 266 000 mardi dernier et 41 500 à Paris, contre 56 000 mardi dernier. Mais l’intersyndicale, elle, assure qu’ils sont 480 000 ce mardi. Et dans les cortèges, les manifestants ont l’air toujours aussi résolus à poursuivre leur action, à l’instar de ce groupe d’étudiants de l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales) : « On a déjà tellement sacrifié de cours, qu’on ne va abandonner maintenant », explique l’une d’eux. « Ça fait des années qu’on nous jette des miettes, maintenant, on veut une réforme complète de l’Éducation nationale », ajoute son ami. « Le fait que le gouvernement n’annonce rien ne fait que renforcer notre détermination », indique un troisième, avant de partir battre le pavé.
Signe que la mobilisation est loin de s’essouffler : de nouveaux établissements sont entrés récemment dans la danse. Comme le lycée privé de Mahault, en terminale à Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui défile avec ses camarades. « Il a connu le premier blocus de son histoire cette semaine », raconte-t-elle. Dans l’Enseignement supérieur aussi, de nouvelles écoles et universités ont été perturbées cette semaine, d’où la présence de nouveaux manifestants ce mardi. « Cela montre bien que le mouvement est en train de prendre de l’ampleur. Le gouvernement sera obligé de céder à nos revendications », assure Suzanne Nijdam, présidente de la Fage, qui défile dans le carré de tête. « Des blocages, Macron dégage », scande la foule.
« Le gouvernement essaie de faire taire ce mouvement »
Dans les cortèges, on ironise sur les propos du jour du ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, qui a évoqué sur France Inter une « décrue par rapport aux semaines précédentes », avec 214 fermetures d'établissements scolaires, contre 800 mardi 6 octobre. Autre bataille de chiffres : alors que le ministère de l’Enseignement supérieur évoquait 35 % des établissements sous sa tutelle perturbés mardi, l’Union étudiante affirmait, elle, que 90 % des quelque 70 universités françaises étaient « bloquées » ou « fermées ».
« Le gouvernement essaie de faire taire ce mouvement, mais la jeunesse ne se laisse jamais éteindre », assure Ryad Rani. Dans la foule, de nombreux enseignants sont aussi venus prêter mains fortes aux jeunes. « Concernant l’annonce des 3 000 remplaçants qui devaient être envoyés dans les lycées les plus critiques, on est très loin du compte. Et ceux qui ont été mobilisés ne correspondent pas toujours aux matières dont les lycées ont besoin », indique Sophie Vénétitay, porte-parole du Snes-FSU.
L’appel à rejoindre le mouvement social du 17 octobre
Chacun s’interroge sur la manière de faire perdurer le mouvement alors que les vacances scolaires démarrent ce vendredi soir pour les trois zones. « Les étudiants vont continuer à prendre le relais des lycéens pour que la mobilisation continue », indique Suzanne Nijdam. Les manifestants espèrent aussi faire la jonction avec les manifestations contre « la vie chère », prévues samedi au premier jour des vacances. « On appelle tous les lycéens à rejoindre le mouvement des gilets jaunes. Car c’est la colère sociale du pays qui s’exprime et on voit qu’aujourd’hui, il y a une large convergence », estime Ryad Rani.
De son côté la secrétaire générale du syndicat enseignant SE-Unsa, Élisabeth Allain-Moreno, pense « qu’il y aura sans doute un moment d’essoufflement de la mobilisation chez les lycéens qui doivent préparer le bac. Mais cela ne veut pas dire que la colère sera retombée », estime-t-elle. Mahault, elle, n’envisage pas de renoncer. « Après les vacances, si on n’a toujours rien obtenu, on continuera les blocages. »