'Repenser aux machines qui s’en vont me fait toujours aussi mal' : dix ans après la fermeture de Caterpillar, les souvenirs des travailleurs restent intacts - RTBF Actus
Puis arrive le 2 septembre 2016. Marc apprend que l’usine va fermer. Une restructuration avait bien été évoquée, après celle de 2013, mais "on ne s’attendait pas du tout à ce genre d’annonce."
Dix ans plus tard, un souvenir suffit à faire remonter l’émotion : "Les dernières machines qui s’en vont… Ça, c’est dur. Ça me fait toujours aussi mal." Marc s’interrompt le temps de reprendre ses esprits. Les larmes lui montent encore aux yeux lorsqu’il raconte ces derniers jours. "On pensait finir notre carrière là-bas."
Après la fermeture, il passe par la cellule de reconversion, reprend une formation puis retrouve du travail. Aujourd’hui, il travaille sept mois par an à la patinoire de Charleroi. Mais Cat n’est jamais très loin. "Quand je croise un camion avec une excavatrice, ça fait quelque chose. Je me souviens même encore des numéros de certaines machines."
Son père, lui, préfère ne conserver que le meilleur de ses trente années à Gosselies. Dans son album comme dans sa mémoire.
"Les mauvais souvenirs, ils sont derrière moi. Je ne garde que le bon. Et du bon, je peux vous dire qu’il y en a eu !"
Jacques, le père, se souvient évidemment aussi de l’annonce de la fermeture : "C’est un peu triste quand même parce que c’était une usine qui avait engagé un bon nombre de personnes et ces gens-là se sont retrouvés du jour au lendemain à la rue.
Il suffit de parler avec quelqu’un pour qu’on vous dise 'Ah, j’ai un tel ou un tel qui a travaillé chez Cat'
Après la fermeture, Marc, son fils, passe par une cellule de reconversion et retourne en formation dans son métier de tourneur-fraiseur-ajusteur. Environ 1600 anciens travailleurs sont passés par ces cellules mises en place jusqu’en 2019. Un bon millier a pu retrouver un emploi, dont Marc. Mais la situation reste fragile : aujourd’hui, il ne travaille que sept mois par an dans une autre entreprise carolo.
Et si Caterpillar revenait demain ? Marc ne tergiverse pas : "Je sais que ça n’arrivera pas, mais j’y retournerais les yeux fermés. Même sans les bannières et quel que soit le projet qui aboutira un jour à Gosselies, ça restera pour moi le site de Caterpillar."