Ravitaillement des pompiers, bornes incendies à éviter, Argens en état de sécheresse : l’incendie de Pontevès révèle les tensions autour de la ressource en eau
Un sentiment de délivrance. Un incommensurable soulagement. Ce mardi soir, quand les pompiers ont annoncé que le feu de Pontevès était enfin fixé, ce fut comme un profond soupir.
« C’est une grande satisfaction d’avoir participé à ce sauvetage, confie Olivier Degioanni, un vigneron parmi des dizaines d’agriculteurs qui se sont transformés en porteurs d’eau pour les soldats du feu. Tout l’après-midi [de mardi], on a encore été sur le terrain et même éteint une reprise et deux points chauds. »
Mais il y a eu du grabuge. À l’arrière du front, là où s’organise le soutien aux pompiers qui sont en première ligne. Entre les agriculteurs, mobilisés à fond pour aider au ravitaillement en eau, et la préfecture du Var qui leur avait demandé de se retirer.
Le QG d’un réseau informel
À Barjols, le lieu-dit les Mareliers est devenu le QG de ce réseau informel, capable de remonter des milliers de litres sur un champ jauni et surchauffé. Une eau mise à disposition des fourgons de pompiers et des hélicoptères bombardiers d’eau.
ESCOFFIER FLORIAN / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP
Ce mardi soir, les remorques pleines à ras bord ont été « laissées sur place ». Juste le temps de se retourner, avant de les récupérer pour préparer les vendanges.
C’est ici que s’est joué un coup de tension entre le monde local agricole et la préfecture. « C’est un truc de fou, voyez l’aberration de la situation, s’était indigné Stéphane Arnaud, le maire de Seillons-Source-d’Argens. Quand on nous a dit que le préfet ne voulait plus de nous, les pompiers ont eu encore besoin qu’on remplisse leurs camions ! »
La sous-préfète de Brignoles s’est rendue sur place. « Avec l’arrivée de la nuit [de lundi à mardi], grâce à un fort taux d’humidité, on a considéré qu’on avait plus besoin de ce soutien, défend-elle. Il était plus opportun d’aller se reposer. »
« Ils ont été un appui considérable »
Consciente que le message est très mal passé, Anne-Cécile Vialle ajoute : « Depuis le début de l’incendie, les agriculteurs, chasseurs et autres ont été un appui considérable, notamment sur les points difficiles d’accès. Nous en sommes bien conscients. »
Pendant quatre jours et nuits, ils se sont relayés. Alors, leur demander de rentrer chez eux ? « La colline c’est chez nous. Pourquoi on arrêterait de vouloir sauver notre colline ? », avait vertement répondu Stéphane Arnaud.
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Une porte de sortie s’est dessinée. « Il y a eu cette crispation et dans la foulée, on a mis en place une nouvelle organisation, plaide Anne-cécile Vialle. Une “cellule logistique eau” a été ouverte, au poste de commandement. » Composée d’un lieutenant sapeur-pompier, d’un coordinateur des agriculteurs, « qui est lui-même pompier volontaire et désigné par la chambre d’agriculture », ainsi qu’un capitaine de gendarmerie.
Leur mission : « Coordonner l’approvisionnement en eau, aux quatre coins du périmètre de l’incendie. Amenée par les petits comme les plus gros moyens. » Mais aussi gérer l’origine de cette eau.
L’Argens, en alerte sécheresse
Un incendie qui dure comme le feu de Pontevès est synonyme de très grands besoins. Qu’ils soient au sol ou dans l’air, les pompiers puisent dans les réseaux existants. Si le canadair écope dans une retenue d’eau plus lointaine, les hélicoptères bombardiers ont besoin d’un approvisionnement aussi proche que possible de leur lieu de largage.
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Quant aux équipes au sol, elles devront encore « noyer les points chauds » pendant des jours. Forcément à grande eau.
« Depuis quatre jours, le cours d’eau Argens est en alerte sécheresse. Cela nous impose de prioriser les usages », alerte la préfecture. Évidemment, éteindre un incendie est une priorité, mais la « cellule logistique eau » a une connaissance du terrain qui permet d’identifier s’il existe des alternatives.
Aller vers les canaux d’irrigation
« Nous sommes dans un secteur où il existe historiquement des canaux d’irrigation. Ils sont utilisés par les agriculteurs, ou les particuliers pour les jardins, poursuit la sous-préfète. Pour éviter de se mettre davantage en difficulté, il faut qu’on aille plutôt vers les canaux d’irrigation, que vers les cours d’eau. »
La commune de Pontevès en a fait l’expérience. « Les pompiers évitent, dans la mesure du possible de prendre de l’eau aux bornes incendies. Je dis bien dans la mesure du possible », avait expliqué le maire Frank Panizzi, au quatrième jour de l’incendie. Sous pression, le réseau potable communal avait fortement baissé, au point que l’eau était devenue turbide et impropre à la consommation.