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Québec solidaire se place à contre-courant de ses rivaux

À contre-courant de ses adversaires politiques, Québec solidaire (QS) s’est engagé jeudi à taxer les fortunes des près de 4000 ménages québécois les plus riches.

Si elle est portée au pouvoir le 5 octobre, la formation politique de gauche mettra en place une taxe de 1 % sur la valeur des grandes fortunes de 25 millions de dollars et plus. Cette taxe atteindra 2 % pour les foyers possédant une fortune de 100 millions et plus.

« Le prochain gouvernement, peu importe sa couleur politique, aura […] un choix à faire », a soutenu la porte-parole solidaire Ruba Ghazal jeudi. « Couper encore plus dans nos services publics ou aller chercher l’argent. »

Avec sa taxe sur les grandes fortunes, qui vise à « réparer » l’école publique, QS devient le premier parti en plus d’une semaine de campagne à proposer de rehausser le fardeau fiscal de certains contribuables.

À l’inverse, la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti québécois (PQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ) ont plutôt opté jusqu’ici pour des congés fiscaux s’adressant aux entreprises ou aux particuliers. Pour rembourser leurs dépenses, les quatre partis projettent d’imposer des mesures d’« efficacité de l’État ».

Aides financières pour l’âge d’or

Jeudi, à Roxton Pond, la cheffe caquiste, Christine Fréchette, a justement annoncé qu’elle souhaitait bonifier le crédit d’impôt remboursable pour les aînés de 70 ans et plus à revenu modique afin de le faire passer de 2000 $ à 2200 $. Le coût de la mesure est évalué à entre 180 et 191 millions de dollars par année.

La première ministre sortante s’engage aussi à exempter jusqu’à 35 000 $ de revenu d’emploi du calcul de l’impôt. Cela, pour les travailleurs de 65 ans et plus qui exercent une profession en pénurie : les enseignants, les éducatrices en CPE, les infirmières et les préposés aux bénéficiaires. Elle réserve 80 millions de dollars par an pour cette promesse.

Pour réduire le fardeau fiscal tout en tenant à flot les finances du Québec, Mme Fréchette a déjà dit vouloir transférer certains services publics vers le privé en plus d’abolir 2900 postes de fonctionnaires grâce à un programme de départs hâtifs à la retraite. Elle dit ainsi user d’un « scalpel » pour réduire la taille de l’État plutôt que la « tronçonneuse » que promet d’utiliser à ses yeux le chef conservateur, Éric Duhaime.

Plus tôt dans la campagne, ce dernier a promis de supprimer 20 000 postes de fonctionnaires et de réduire massivement les subventions aux entreprises. Ce « plan de dégraissage » permettrait, affirme-t-il, de récupérer 47 milliards de dollars à l’intérieur d’un mandat. En effectuant ces économies, le candidat conservateur au poste de premier ministre entend financer des baisses d’impôts « historiques » pour les particuliers et les petites et moyennes entreprises.

Les enfants à la maison

M. Duhaime a par ailleurs promis jeudi le lancement d’une allocation de 100 $ aux parents qui gardent leurs enfants à la maison. Cette mesure, chiffrée à 93 millions de dollars annuellement, se ferait à « coût nul », affirme le PCQ, puisqu’elle épargnerait la facture du programme de conversion de places non subventionnées inscrite au dernier budget.

Or, qu’elle soit autofinancée ou non, la promesse conservatrice ne convainc pas Christine Fréchette. Devant les médias, la cheffe caquiste a fustigé Éric Duhaime, l’accusant de vouloir garder les femmes à la maison. « Son autonomie, ça s’arrête aux femmes », a-t-elle lâché.

« Je pense qu’il y a là, derrière cette intention, une volonté de défaire le réseau des [centres de la petite enfance]. C’est malheureux, parce que c’est quelque chose qui est précieux, qui a permis aux femmes d’intégrer le marché du travail comme nulle part au Canada. »

En mode attaque, la première ministre sortante a également égratigné le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, qui lui avait reproché de faire affaire avec un organisme qui veut freiner la montée du sentiment souverainiste au Québec, Mission Leadership Québec. « Il vit dans son monde imaginaire, il veut un pays imaginaire et voilà, il amène des arguments sur des stratégies qui n’ont pas d’écho chez nous », a-t-elle pesté.

La CAQ « opportuniste », dit Milliard

Au moment où caquistes et péquistes s’attaquaient l’un et l’autre, le chef du PLQ, Charles Milliard, s’est présenté comme l’unique fédéraliste dans la course. « La CAQ, une semaine, est conservatrice ; une semaine, est souverainiste ; une semaine, est fédéraliste. Je suis le seul fédéraliste, PSPP est souverainiste et Christine Fréchette est opportuniste », a-t-il lancé, en critiquant l’ouverture de la CAQ pour le privé en santé.

L’aspirant premier ministre procédait justement à une annonce sur la télésanté, jeudi. « On croit profondément au réseau public de santé au PLQ », a-t-il lancé, promettant de ne pas laisser davantage de place au privé dans le réseau de soins.

Charles Milliard table sur un état plus « efficace » et sur le développement économique pour financer les promesses qu’il annoncera d’ici la fin de la campagne électorale. Il n’a pas encore indiqué combien de postes il pourrait retrancher dans la fonction publique, mais assure que la santé, l’éducation et la culture seraient épargnées.

Quant au chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, il a promis dès l’ouverture de la période électorale de réduire le fardeau fiscal des petites et moyennes entreprises. Sa mesure se ferait toutefois à coût nul, indique-t-il, parce qu’il fermerait le « bar ouvert » des subventions aux multinationales étrangères.